MONOCHROME, peinture

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Une monochromie bigarrée

Pol Bury (1922-2005) fit paraître en 1991 un petit ouvrage distrayant intitulé Le Monochrome bariolé. Il prenait clairement le parti de se gausser des prétentions artistiques d'œuvres dont les menues différences donnent lieu à des interprétations profondément divergentes. Les unes aspirent à la beauté, les autres au sublime, d'autres encore relèvent du spiritualisme, du matérialisme, de l'ironie critique ou du désespoir. Il en est de toutes les couleurs, et encore des blanches, des noires. On en rencontre des petites et des grandes, des lisses et des fripées, des rugueuses, des chaotiques, des brillantes, des mates et des satinées. Elles peuvent être peintes à l'huile, à l'acrylique, à la détrempe, avec un pinceau, une brosse, un rouleau ou un pistolet. Les unes sont exécutées par l'artiste en personne, d'autres, plus rares, il est vrai, par ses assistants du moment. Bref, il en est de toutes sortes, et le genre, si étroit qu'il paraisse a priori, n'en offre pas moins d'inépuisables possibilités d'invention aux artistes imaginatifs qui mettent ainsi à l'épreuve la sagacité des commentateurs. Bien entendu, leurs commentaires, lorsqu'ils sont sérieux, s'appuient sur les caractéristiques visuelles des œuvres. Loin d'être uniforme ou monotone, l'univers du monochrome, riche en surprises, se révèle bigarré.

Arthur Danto, dans un livre paru en 1997, After the End of Art. Contemporary Art and the Pale of History, consacre un chapitre à un hypothétique « musée historique de l'art monochrome ». Il y affirme : « L'histoire de la peinture monochrome reste à écrire : Kazimir Malévitch, Alexandre Rodtchenko, Yves Klein, Mark Rothko, Ad Reinhardt, Robert Rauschenberg ainsi que Steven Prina y occuperont des chapitres séparés, et la bande de peintres monochromes ayant Marcia Hafif comme chef d'école donnera lieu à un chapitre précieux, situé juste avant celui sur les peintres monochromes de Philadelphie. Quant à Robert Ryman (1930-2019), il mérite bien entendu un chapitre pour lui tout seul. » Robert Ryman explore les ressources du tableau blanc depuis le milieu des années 1960 et il s'est imposé comme un des peintres américains les plus importants de sa génération.

Naomi Spector, critique d'art, avait précisé en ces termes l'orientation prise par Ryman à partir de 1965 : « Désormais son travail concerne la nature de la peinture : celle-ci est tout ensemble la forme et le contenu des tableaux. Ils ne tirent plus sens que de la peinture, de son support, de l'histoire de son procès d'application. Il s'agit de peindre la peinture ». Au cours de la décennie suivante, la « peinture analytique », réflexive et parfois dite « fondamentale » parce que l'art de peindre était son sujet essentiel, faisait une large place à la monochromie. Ainsi, parmi les dix-huit artistes retenus pour l'exposition Fundamental Painting (Stedelijk Museum, Amsterdam, 1975), plusieurs utilisaient volontiers, voire exclusivement, une forme plus ou moins radicale de monochromie, notamment, outre Robert Ryman, Alan Charlton (né en 1948), Raymond Girke (1930-2002), Robert Mangold (né en 1937), Brice Marden (né en 1938), Agnes Martin (1912-2004), Gerhard Richter (né en 1932), Marthe Wéry (1930-2005) ou Jerry Zeniuk (né en 1945).

La plupart de ces artistes se retrouvaient, avec beaucoup d'autres, dans l'exposition organisée à Lyon en 1988, La Couleur seule. L'expérience du monochrome. Ce panorama considérable d'œuvres d'une centaine d'artistes qui, depuis les années 1910, ont approché ou exploré la monochromie radicale, réservait une place à un autre aspect du genre, longtemps sérieux ou réputé tel : l'humour, voire le comique.

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  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Denys RIOUT, « MONOCHROME, peinture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/monochrome-peinture/