IRONIE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Figure de rhétorique et forme de plaisanterie, l'ironie se situe d'emblée dans un champ intentionnel par l'implicite qu'elle renferme et qui détermine sa propre condition d'existence. Si elle consiste communément à faire entendre à l'interlocuteur le contraire de ce qu'énonce l'auteur, elle se démarque de l'humour par la visée qu'elle soutient vis-à-vis du monde extérieur et la notion de sérieux qui s'y rattache.

Les romantiques allemands y ont été particulièrement sensibles lorsque, après l'exaltation des fantaisies de l'imagination (L. Tieck), ils traduisirent la défaite de celle-ci par la réalité, sous la forme d'une vaste moquerie jetée par le monde à la face de l'humanité (F. Schlegel, Solger). Le sérieux dont ils font preuve réside dans leur identification avec ces désordres extérieurs ou, au contraire, dans l'attitude d'opposition qu'ils adoptent envers eux ; c'est alors le triomphe de la nature vengeresse sur la folie des présomptions humaines qui induit les romantiques à présenter leurs convictions sous des apparences contraires et à savourer cette duplicité.

Étudiant ce renversement, Kierkegaard décrit l'ironie comme une figure de style pour laquelle le phénomène, telle la parole (ordet), n'est pas l'essence (vaesenet) mais son contraire ; c'est une conception du monde, dit-il, qui vise à mystifier l'entourage, non pas tant pour passer inaperçu que pour inciter les autres à se démasquer. Voilà une définition de l'ironie qui veut dépasser le plaisir de la résignation des romantiques jusqu'à l'exigence d'idéalité de Socrate, rétrospectivement. C'est pourtant sur ce dernier que s'appuie Kierkegaard dans la mesure où Socrate a donné l'occasion, pour la première fois, à la subjectivité de se manifester par rapport au déroulement historique universel, que les romantiques ont repris à leur compte. L'exclamation de Thrasymaque sur « l'ironie habituelle de Socrate », qui interrogeait en feignant l'ignorance, n'a pas tant inspiré Kierkegaard sur la mise en scène de l'intention vis-à-vis de [...]

Kierkegaard

Photographie : Kierkegaard

Photographie

Le philosophe danois Soren Kierkegaard (1813-1855). Son influence fut grande sur de nombreux philosophes contemporains et on le considère comme le père de l'existentialisme. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Afficher


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  IRONIE  » est également traité dans :

AFRIQUE NOIRE (Culture et société) - Littératures

  • Écrit par 
  • Jean DERIVE, 
  • Jean-Louis JOUBERT, 
  • Michel LABAN
  •  • 16 604 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le roman africain »  : […] Le roman historique avait eu un précurseur avec Doguicimi (1938) de Paul Hazoumé, qui racontait les débuts (vers 1820-1830) du roi Guézo d'Abomey, dans l'actuel Bénin ; bien que le romancier ait eu manifestement l'intention d'opposer les cruautés païennes aux bienfaits apportés par le christianisme, la force épique de son récit donnait une image exaltante de l'Afrique ancienne. Le roman historiq […] Lire la suite

ALLEMANDES (LANGUE ET LITTÉRATURES) - Littératures

  • Écrit par 
  • Nicole BARY, 
  • Claude DAVID, 
  • Claude LECOUTEUX, 
  • Étienne MAZINGUE, 
  • Claude PORCELL
  •  • 22 521 mots
  •  • 18 médias

Dans le chapitre « Les romantismes »  : […] Aucune définition ne peut rendre compte de ce que voulut être et de ce que fut le romantisme, tant il revêtit de formes diverses. D'un groupement éphémère à l'autre, d'Iéna à Berlin, à Dresde ou à Heidelberg, il change sans cesse de cap et d'intentions. Mieux vaut mettre le mot au pluriel et décrire une histoire plutôt que de définir un concept insaisissable. Lorsque paraissent en 1795 Les Années […] Lire la suite

LA CONSCIENCE DE ZENO, Italo Svevo - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Gilbert BOSETTI
  •  • 986 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Un roman labyrinthique »  : […] La Conscience de Zeno n'est donc pas le roman d'une psychanalyse, mais le jeu de masques d'un névrosé habile à brouiller les cartes. Le mérite de Svevo est d'avoir aboli l'illusion d'un narrateur omniscient et objectif et de nous avoir dérouté, comme Pirandello à la même époque mais d'une autre manière, dans le dédale de l'intersubjectivité. La Conscience de Zeno est aussi un texte subtilement c […] Lire la suite

DON JUAN (G. G. Byron) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Marc PORÉE
  •  • 867 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Une esthétique de la dérision »  : […] En rapprochant, pour mieux travestir les premiers, les idéaux et les réalités les plus sordides, Byron s'inscrit dans la grande tradition de la satire et de l'ironie chère au xviii e  siècle, époque dont il se sent intellectuellement proche. Caustique et sans pitié, il dégonfle les idéaux – ceux de la guerre noble, par exemple, mais aussi de l'amour –, souligne l'écart entre les platitudes creuses […] Lire la suite

ESTHÉTIQUE - Histoire

  • Écrit par 
  • Daniel CHARLES
  •  • 11 893 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Kierkegaard »  : […] De la pensée de Kierkegaard , on peut dire qu'elle s'oppose à celle de Hegel avec autant d'âpreté que celle de Nietzsche s'oppose à celle de Kant. Dans l'esthétisme tel que le dépeint l'auteur d' Ou bien... ou bien (1843), l'histoire devient mythe : la subjectivité ne rejoint pas la totalité, mais s'émiette en instants discontinus ; il y a là un style de vie, comparable aux perspectives nietzsch […] Lire la suite

FLAUBERT GUSTAVE

  • Écrit par 
  • Pierre-Marc de BIASI
  •  • 9 805 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le « système » de Flaubert »  : […] La nouvelle poétique inaugurée par Flaubert n'est pas fondée sur les présupposés d'une doctrine ou d'une école littéraire, ni sur une vision du monde singulière qui serait celle de l'auteur. Elle résulterait plutôt d'une série passablement formelle de « contraintes » que Flaubert s'est progressivement donnée pour écrire et qui ont fini par se traduire en termes de méthodes de travail. Impersonnali […] Lire la suite

LAUTRÉAMONT ISIDORE DUCASSE dit COMTE DE (1846-1870)

  • Écrit par 
  • Jean-Luc STEINMETZ
  •  • 3 193 mots

Dans le chapitre « « Les Chants de Maldoror » »  : […] Les Chants de Maldoror obéissent à une structure à laquelle l'auteur s'est employé à rester fidèle, malgré l'évidente évolution dont témoigne leur contenu. La publication de 1868 (le seul premier Chant ) présentait, en effet, certaines parties dialoguées avec indications scéniques qui furent supprimées par la suite. Elles portent la marque des textes où, pour commencer, Lautréamont puisa son insp […] Lire la suite

PARODIE, littérature

  • Écrit par 
  • Daniel SANGSUE
  •  • 5 268 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La parodie comme réflexion en acte »  : […] Les formalistes russes, dans les années 1920, jugeront à l'inverse que la parodie, comme toutes les pratiques qui mettent un texte en relation avec un autre texte (relation à laquelle Julia Kristeva donna par la suite le nom d' intertextualité ), témoigne de la vitalité d'une littérature et constitue un facteur de « l'évolution littéraire ». Pour Iouri Tynianov, en « détruisant » l'ensemble ancien […] Lire la suite

PROUST MARCEL (1871-1922)

  • Écrit par 
  • Jean-Yves TADIÉ
  •  • 7 259 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Un langage à réinventer »  : […] Le déplacement que subit l'intrigue de la Recherche est compensé par l'importance accordée au langage des personnages et d'abord à celui du premier d'entre eux. L'immense discours du narrateur, compte rendu de toute une vie, porte ceux des personnages, qui parlent plus qu'ils n'agissent, et se dévoilent dans leurs paroles, à condition de les analyser. Proust entend ses héros autant qu'il les voit […] Lire la suite

RESNAIS ALAIN (1922-2014)

  • Écrit par 
  • Jean-Louis LEUTRAT
  •  • 3 822 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le principe d'ironie »  : […] À la différence de Jean-Luc Godard, Resnais ne fait pas du cinéma le lieu d'enjeux essentiels. Pour lui, il n'est rien de plus qu'un moyen d'expression parmi d'autres. Il n'y a pas de mystique du cinéma chez Resnais, sa pratique à la fois passionnée et lucide ne cherche pas à en faire accroire, mais a néanmoins son ambition qu'il faut découvrir dans l'invisible relatif produit par ce moyen d'expre […] Lire la suite

Les derniers événements

France. Reprise du dialogue entre le P.S. et le P.C.F. 6 juin 1991

Un déjeuner réunit, dans les locaux du Parti socialiste, Georges Marchais et Pierre Mauroy. Ce premier sommet socialo-communiste depuis plus de deux ans confirme la volonté du P.C.F. et du P.S. de renouer le dialogue, à deux ans des élections législatives, ce qui suscite l'ironie de l'opposition de droite. […] Lire la suite

France. Protestation des syndicats d'instituteurs contre le nouveau statut de maître-directeur. 2-12 février 1987

syndicats, en un cortège coloré et plein d'ironie. Le 12, une rencontre entre le ministre de l'Éducation nationale et une délégation de la F.E.N. ne donne aucun résultat, chacun restant sur ses positions. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Marie-Claude LAMBOTTE, « IRONIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ironie/