JORDANIE

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Nom officielRoyaume hachémite de Jordanie (JO)
Chef de l'État et du gouvernementle roi Abdallah II (depuis le 7 février 1999). Premier ministre : Bisher al-Khasawneh (depuis le 12 octobre 2020)
CapitaleAmman
Langue officiellearabe
Unité monétairedinar jordanien (JOD)
Population10 934 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)88 794

Le poids du passé

Le passé est partout présent sur les deux rives du Jourdain. C'est dans le désert de Ram, où l'on a retrouvé des sites de villages néolithiques (VIe et VIIe millénaires), que l'homme s'est d'abord fixé, menant une vie sédentaire. Au IIe millénaire, autour des points d'eau, au sud-ouest de Maan, il pratique une agriculture déjà élaborée. C'est l'époque d'Abraham, établi avec ses compagnons dans la forêt de Mambré (l'actuel Ramet al-Khalīl, au nord d'Hébron). Aujourd'hui, une très belle enceinte hérodienne marque la place occupée par la grotte de Macpèla, la caverne sépulcrale des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, explorée en 1119 et depuis interdite. Dans le Sud, les mines de fer du Wādi Araba et de Maan fournissent du minerai aux fonderies de Feynān sur le golfe d'Akaba.

C'est au xiiie siècle avant J.-C. que dans le village de Rabbath Ammon (qui deviendra Amman) s'établit la capitale des Ammonites, ces Araméens venus, par la Mésopotamie, du nord de l'Arabie. En 1250, Moïse, conduisant les tribus israélites hors d'Égypte, remonte, à partir d'Eilath, le wādi Araba et fonde les trois royaumes d'Emon, de Moab et d'Ammon. David (1006-966), sacré roi à Hébron, réunit Juda à Israël et fait le siège de Rabbath Ammon qu'il occupe. Après avoir soumis les Ammonites, les Moabites et les Édomites, il fait de Jérusalem la capitale politique d'un grand État palestinien. Sept siècles après David, les Nabatéens, une tribu arabe, fondent leur royaume dans le pays de Moab et d'Édom et installent à Pétra leur capitale. Ses ruines, impressionnantes, découvertes en 1812, sont magnifiquement conservées. L'empire nabatéen, qui a poussé ses marchands jusqu'aux Indes, s'étend ainsi de Damas (en 87) jusqu'aux portes de l'Égypte. Devenue ensuite l'Arabia Petrae de l'empereur Trajan (106 après J.-C.), cette province prospère sombrera progressivement dans l'oubli : Pétra restera ainsi inhabitée pendant des siècles.

La Palestine se trouve incorporée dans l'Empire romain. Des postes fortifiés (Azzak, Rabba, Lejjūn) la mettent à l'abri des incursions nomades venues de l'Est. Amman est rattachée à cette province en 106 après J.-C. Mais c'est à Jérash, enfouie sous les sables jusqu'en 1925, que subsistent les plus beaux vestiges de cette époque gréco-romaine. Alexandre le Grand l'aurait fondée. La ville atteint son apogée au iiie siècle, après la destruction de sa rivale du Nord, Palmyre la Syrienne. Arrive alors le temps des grandes invasions : d'abord celle des Perses sassanides (611-629) qui s'emparent de la vraie Croix et détruisent Jérusalem (614), puis celle des Arabes venus du Sud. Cette deuxième conquête est portée par l'élan donné par l'Islam. C'est Khalil ibn-Walid qui, après la mort du Prophète (632), va entreprendre la conquête de la Palestine (batailles de Beysan et de Fahl). En 638, sous le deuxième calife Omar, Jérusalem est enlevée. Le calife Abd al-Malik (685-705) y fait élever le fameux dôme du rocher (mosquée d'Omar) et la mosquée al-Aksa est construite. Jusqu'à l'époque des croisades, la région est divisée en deux circonscriptions militaires : Filastin (Palestine) et Urdun (Jordanie). C'est une ère de prospérité et d'immense rayonnement, les princes arabes de Damas bâtissant aux portes du désert de somptueux châteaux (Qasr-Mushatta, Qasr-Azrak, Qasr-Hamra).

Sous la dynastie des Abbassides (750-1258), dont le siège est à Bagdad, l'empire se disloque. En 1009, le calife al-Hakim occupe Jérusalem et sa région, qui deviennent une province des Fatimides dont la dynastie a été fondée au Caire. Les croisés se saisissent de la Ville sainte en 1099 et créent en Palestine un royaume franc mais Salah al-Din (Saladin), sultan d'Égypte, reprend lui-même Jérusalem en 1187. Après la chute du califat de Bagdad (1258) et la destruction de l'empire de Byzance par les Turcs (1453), le sultan ottoman Selim Ier devient maître de la Syrie, divisée en trois pachaliks dont celui de Damas qui comprend la Palestine et la Jordanie. En 1525, François Ier signe les « capitulations » avec Soleiman, dit le Magnifique, qui font de la France la protectrice des Lieux saints. En 1799, Bonaparte, venu d'Égypte, assiège Saint-Jean d'Acre mais la peste l'oblige à se retirer. En 1832, Ibrahim, fils de Méhémet Ali, vice-roi d'Égypte soulevé contre le sultan, conquiert la Syrie. Quelques années plus tard, en 1840, l'Égypte est contrainte, par les grandes puissances, d'abandonner son empire oriental. Avec le retour des Ottomans, très peu de Turcs s'installent à l'est et au sud du Jourdain. Après 1864, la Syrie ne comporte plus que deux villayets, Alep et Damas. Ce dernier s'étend jusqu'à la mer Rouge. L'arrivée des Jeunes Turcs au pouvoir (1908) n'améliore guère la situation de ces provinces lointaines et délaissées. En 1912 pourtant, l'émir Abdallah est désigné pour siéger comme député de La Mecque au Parlement ottoman qui vient d'être formé. Il en sera même le vice-président, tandis que son frère, Fayçal, le futur roi d'Irak, y représente Jeddah. Cependant, les sentiments nationalistes se développent chez les chrétiens comme chez les musulmans, prenant comme cible l'occupation turque. La Première Guerre mondiale va donner à beaucoup l'occasion de participer aux combats contre les Turcs, avec l'espoir de voir leurs sacrifices récompensés.

L'émirat de Transjordanie (1914-1921)

Lorsque se précisent les menaces de guerre, la Grande-Bretagne saisit tout l'intérêt qu'elle peut tirer, sur les plans militaire et politique, de cette fièvre nationaliste qui agite alors les Arabes sous domination ottomane. Tandis que, à Londres, l'Indian Office (Bombay) suggère le nom d'Ibn Saoud, le roi de Nedj, pour former une nation arabe indépendante, l'Arab Office (Le Caire) est favorable au chérif Hussein. Descendant du Prophète par sa fille Fatima et son petit-fils Hassan, il est le chef des puissants Beni-Hachem auxquels a été confiée, depuis huit siècles, la garde des Lieux saints de La Mecque. Le chérif Hussein en est le gouverneur depuis 1908 et il ne manifeste guère de soumission à Constantinople. En février 1914, l'un de ses trois fils, l'émir Abdallah, vient solliciter à Londres le secours de la Grande-Bretagne. Un accord est obtenu qui se traduit par un échange de correspondance secrète avec lord Kitchener (31 oct. 1914) et sir Henry Mac Mahon (juill. 1915-mars 1916). Les Britanniques consentent, sous des formes il est vrai ambiguës, à l'indépendance des pays arabes énumérés par le [...]

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Jordanie : carte physique

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Camp de réfugiés palestiniens

Camp de réfugiés palestiniens
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Glubb Pacha, 1951

Glubb Pacha, 1951
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Écrit par :

  • : professeur des Universités en science politique, Institut d'études politiques, Grenoble
  • : docteur en sociologie politique des relations internationales

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Pour citer l’article

Philippe DROZ-VINCENT, Philippe RONDOT, « JORDANIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jordanie/