NABATÉENS

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Les Nabatéens sont un peuple que le monde savant s’accorde à considérer comme « arabe », à la fois parce qu’il est désigné comme tel dans les sources, y compris grecques et latines, et parce que ses membres parlaient sans doute une forme antique de la langue arabe. Ils ont développé une civilisation moins connue que celle d’autres peuples antiques du Proche-Orient tels que les Phéniciens, mais ont laissé derrière eux des vestiges d’autant plus impressionnants qu’ils sont pour partie, notamment les tombeaux, taillés dans la roche. Il s’agit donc de monuments rupestres dont l’état de conservation est si satisfaisant qu’ils ont traversé les siècles sans autres dommages que ceux dus à l’érosion naturelle de la roche. C’est le cas, par exemple, des tombeaux taillés dans les falaises de grès de Pétra (en Jordanie), siège de leur capitale, et de Hégra (aujourd’hui en Arabie Saoudite), l’un des sites nabatéens les plus importants après Pétra, dont l’exploration a réellement commencé au début des années 2000 alors que les premières fouilles faites à Pétra remontent à 1929.

Un autre élément notable de l’héritage laissé par les Nabatéens relève du domaine de l’écriture, car l’écriture nabatéenne est à l’origine de l’écriture arabe telle qu’elle est utilisée de nos jours par plusieurs centaines de millions de personnes dans le monde. Cette dernière est en effet le résultat d’une évolution progressive des lettres de l’alphabet nabatéen vers celles de l’alphabet arabe, qui a lieu entre la fin du iiie et la fin du ve siècle.

Les Nabatéens ont formé un royaume indépendant, le royaume de Nabatène, qui a commencé à battre sa propre monnaie à la fin du iiie-début du iie siècle av. J.-C., à la fois en marge des grands empires, hellénistiques puis romain, et des royaumes voisins tels que les royaumes asmonéen puis hérodien. Il est resté indépendant jusqu’en 106 apr. J.-C., date à laquelle il a été annexé sur ordre de l’empereur Trajan pour devenir une nouvelle province romaine, celle d’Arabie. Il a par la suite étendu sa domination, avec des variations au cours de ses quatre cents ans d’existence, de Damas (auj. en Syrie) au Hedjaz (en arabe Ḥidjâz), région montagneuse du nord-ouest de l’Arabie Saoudite, et du Néguev (auj. le sud d’Israël, au désert syroarabique) au moins jusqu’à l’oasis d’al-Jawf, l’ancienne Dûmat al-Jandal. La présence de Nabatéens est également attestée, en particulier par les inscriptions, dans la péninsule du Sinaï et dans le désert oriental égyptien, entre le Nil et le littoral de la mer Rouge.

Le royaume nabatéen

Dessin : Le royaume nabatéen

D'abord indépendant par rapport au monde hellénistique puis romain, le royaume nabatéen est annexé par Trajan en 106 apr. J.-C. et devient alors la province romaine d'Arabie. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Les Nabatéens, des Arabes

Les sources antiques désignent les Nabatéens comme des Arabes. C’est le cas de Diodore de Sicile qui, au ier siècle av. J.-C., décrit les Nabatéens à des époques plus anciennes, notamment à la fin du ive siècle, où ils seraient déjà considérés comme les Arabes les plus riches du désert (Bibliothèque Historique, xix, 94-100). Au iie siècle, toujours d’après Diodore (iii, 43, 4-5), « les Arabes appelés Nabatéens » occupent de nombreux villages le long du golfe d’Aqaba et pratiquent la piraterie. D’autres sources, de Flavius Josèphe l’historien juif du ier siècle à Procope de Césarée, au vie siècle, en passant par les deux Livres des Maccabées, écrits en grec et intégrés dans la Bible des Septante, les qualifient d’Arabes. Dans le IIe Livre des Maccabées (v, 8), il est ainsi question d’un roi nabatéen, Arétas, baptisé « tyran des Arabes », auprès duquel, en 168 av. J.-C., l’ancien grand prêtre Jason, partisan du clan favorable à l’hellénisation des Juifs, a trouvé refuge. Selon Flavius Josèphe (Antiquités juives, xiii, 10 et I Macc. ix, 35), Jonathan Maccabée, un des acteurs de la révolte juive contre les autorités hellénistiques en Judée, a envoyé son frère, vers 160 av. J.-C., chez les « Arabes nabatéens, ses amis, afin d’y laisser ses bagages qui étaient considérables ». Quant à Procope (Guerres de Justinien, I, xix, 19-20), il rappelle que « le roi des Arabes », dans les temps anciens, avait son palais à Pétra.

Un autre argument utilisé pour dire que les Nabatéens étaient des Arabes réside dans le fait qu’un certain nombre de leurs noms propres sont arabes parce qu’ils sont composés de mots étymologiquement arabes ou parce qu’ils contiennent l’article employé en arabe, al-. Cet argument doit cependant être manié avec précaution, car le lien entre le nom propre porté par un individu et son appartenance ethnique reste très incertain.

L’argument le plus solide pour qualifier les Nabatéens d’Arabes est celui de la langue qui leur était propre. Le monde savant s’accorde en effet désormais pour considérer que les Nabatéens parlaient une forme de vieil arabe, l’ancêtre de l’arabe d’aujourd’hui. Plusieurs mots de leur vocabulaire, comme le mot « montagne », jabal, sont par exemple empruntés à l’arabe. Plus intéressants, certains éléments de leur liturgie, que l’on connaît par les inscriptions, sont écrits en langue arabe. Enfin, il est clair que la traduction en arabe de termes juridiques araméens dans des contrats privés visait à rendre ces derniers intelligibles à des locuteurs arabes.

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Le royaume nabatéen

Le royaume nabatéen
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Deux bétyles en relief posés dans une niche à édicule, Hégra (Arabie Saoudite)

Deux bétyles en relief posés dans une niche à édicule, Hégra (Arabie Saoudite)
Crédits : Laila Nehmé

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Intérieur d’un tombeau, Hégra (Arabie Saoudite)

Intérieur d’un tombeau, Hégra (Arabie Saoudite)
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Khaznah, Pétra (Jordanie)

Khaznah, Pétra (Jordanie)
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Laïla NEHMÉ, « NABATÉENS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nabateens/