JORDANIE

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Nom officielRoyaume hachémite de Jordanie (JO)
Chef de l'État et du gouvernementle roi Abdallah II (depuis le 7 février 1999). Premier ministre : Bisher al-Khasawneh (depuis le 12 octobre 2020)
CapitaleAmman
Langue officiellearabe
Unité monétairedinar jordanien (JOD)
Population10 934 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)88 794

La naissance d'un État (1949-1967)

La formation du royaume de Jordanie

À partir de 1949 le roi Abdallah poursuit l'édification de son royaume, soutenu de l'extérieur par les Britanniques. Grâce à une habile politique bédouine et avec l'aide de sa petite armée, alors l'une des meilleures de la région, il parvient à maîtriser les problèmes les plus urgents. Cependant, parce que son royaume se trouve peuplé de 1 500 000 habitants, au nombre desquels déjà 500 000 réfugiés palestiniens, les difficultés vont changer rapidement d'échelle et de nature. La première épreuve intervient le 1er janvier 1950 avec la dissolution du Parlement. Peu de temps après, le 2 mars, le Premier ministre, Aboul Houda, démissionne pour manifester son désaccord avec le roi à propos des négociations secrètes poursuivies avec les Israéliens. De nouvelles élections ont lieu en avril : vingt des quarante sièges pourvus sont réservés aux représentants de Cisjordanie. Ce nouveau Parlement approuve (24 avr. 1950) l'union des deux rives du Jourdain en un seul État – le royaume hachémite de Jordanie – placé sous la souveraineté du roi Abdallah. Cette décision, qui vient confirmer de manière solennelle les visées d'Abdallah sur la rive occidentale, suscite beaucoup d'effervescence chez les nationalistes palestiniens. L'agitation s'étend à Amman où le souverain vient courageusement de décider de substituer au système des clans bédouins le régime des partis. Dans cette perspective de l'instauration d'un régime parlementaire, il s'apprête d'ailleurs à organiser des élections pour août 1951. Malheureusement, le 20 juillet 1951, à la mosquée al-Aksa de Jérusalem, il tombe sous les coups d'un Palestinien proche du Mufti de Jérusalem, Hadj Amin Husseini, qui s'oppose à lui, depuis quelques temps déjà.

Jordanie : ascendance de la famille hachémite

Dessin : Jordanie : ascendance de la famille hachémite

Ascendance de la famille hachémite de Jordanie. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Talal, fils aîné du roi Abdallah, lui succède après une courte régence de l'émir Naïef. Il est proclamé roi le 5 septembre 1951, tandis que Hussein ben Talal est désigné comme prince héritier. Le nouveau souverain décide de poursuivre le programme de réformes prévu et donne son approbation à la Constitution, le 1er janvier. Mais il apparaît très vite que Talal, diminué mentalement, ne peut assumer de manière responsable ses fonctions. Le 11 août 1952, le Parlement met fin à son règne et déclare roi son fils Hussein. Un conseil de régence est choisi pour gérer les affaires du royaume en attendant sa majorité, en mai 1953. Quand Hussein prête serment, le 2 mai, les institutions sont déjà bien en place, qui vont l'aider à faire entrer la Jordanie dans le monde moderne.

La Constitution en vigueur date du 1er janvier 1952. Elle fait suite à la Loi organique du 16 avril 1928 et à la Constitution du 1er février 1947. Cette Constitution fut remplacée, le 29 mars 1958, par une Constitution de l'Union arabe, correspondant à cette éphémère union jordano-irakienne, avant d'être rétablie, le 14 juillet 1958, à la chute du roi Fayçal II d'Irak. Elle laisse, en théorie, beaucoup de pouvoirs au roi, chef de l'État, lequel tient, par le biais de l'Assemblée nationale (le Parlement), la légitimité de son autorité et reçoit ainsi la caution de son peuple. Cette Assemblée est formée de deux chambres : le Sénat et la Chambre des représentants. Les sénateurs sont nommés par le roi, tandis que les députés sont élus. Mais après une histoire parlementaire mouvementée – de 1947 à 1967, huit chambres sur neuf sont dissoutes avant d'arriver au terme de leur mandat –, qui se terminera avec la dissolution de l'Assemblée, le 23 novembre 1974, Hussein décidera (13 avr. 1978) la création d'un Conseil national consultatif (C.N.C.). Seuls y figurent désormais les habitants de la Transjordanie, lesquels peuvent être cependant d'origine palestinienne, l'une des commissions du C.N.C. ayant la charge des « affaires de la Cisjordanie occupée ». Ainsi, le système politique jordanien, conçu originellement pour être un régime de démocratie populaire – le roi devant jouer le rôle de régulateur du jeu politique –, s'est transformé, sous la pression des événements et suivant la volonté du roi Hussein, en un pouvoir absolu dans les mains du souverain.

Fayçal II, roi d'Irak, C. Beaton

Photographie : Fayçal II, roi d'Irak, C. Beaton

Cecil Beaton, Fayçal II, roi d'Irak. Le roi Fayçal II (1935-1958) a quatre ans lorsqu'il accède au trône, en 1939; le véritable pouvoir appartient alors au régent Abdulillah. 

Crédits : Hulton Getty

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Hussein, roi de Jordanie

Hussein, troisième roi de Jordanie, appartient à la dynastie des Hachémites, issue d'une lignée directe du Prophète par sa fille Fatima.

Hussein de Jordanie, 1980

Photographie : Hussein de Jordanie, 1980

Le roi Hussein de Jordanie, en 1980. Il avait dix-sept ans lorsqu'il accéda au trône, en 1952. 

Crédits : Hulton Getty

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Hussein est né le 14 novembre 1935 à Amman. Très tôt, dès que le roi Abdallah s'aperçoit que son fils Talal sera probablement dans l'incapacité de régner, il va prendre totalement en charge l'éducation de son petit-fils. Élève à Amman, puis à Alexandrie, le jeune Hussein voue à Abdallah une admiration sans bornes. L'assassinat de ce dernier à la mosquée al-Aksa, sous ses yeux, sera d'autant plus durement ressenti. Hussein a alors seize ans. Durant le court intermède de la magistrature de son père (juil. 1951-11 août 1952) et de la régence du chérif Nasser ben Jemil (11 août 1952-2 mai 1953), son oncle maternel, il poursuit son éducation d'abord au collège de Harrow, en Grande-Bretagne, puis, durant six mois, à l'Académie royale militaire de Sandhurst. Il y apprend les exigences d'une discipline toute britannique, notamment militaire, qu'il fera siennes ensuite. Connu pour son courage, Hussein a échappé, entre 1953 et 1978, à sept tentatives d'assassinat et à plus de complots encore contre son régime. « J'ai appris de mon grand-père, écrit-il, à mépriser la mort et à connaître cette paix de l'âme que seuls connaissent ceux qui n'ont pas peur de mourir. » Grand partisan des contacts personnels et des initiatives immédiates, le roi voyage constamment à l'étranger. Cette disponibilité et une réelle habileté politique lui ont permis non seulement de dénouer maintes intrigues mais aussi, et surtout, d'assurer à travers lui-même, devenu le doyen des chefs d'État arabes en exercice, la survie de son fragile royaume. À ses côtés, le prince Hassan, particulièrement au fait des questions économiques et des problèmes palestiniens, déploie d'égales activités qui font véritablement du Palais le centre de la vie politique jordanienne.

De crises en complots

Aussitôt installé sur le trône, le roi Hussein s'efforce d'imposer, bon gré mal gré, son autorité sur ses propres sujets et surtout sur ceux, Palestiniens, qui ont trouvé refuge de l'autre côté du Jourdain. Cette autorité va devenir incontestable sinon incontestée. Seule la complexité des liens de toutes sortes, affectifs ou intéressés, qui se sont tissés entre le Palais et l'extérieur, peut expliquer, mieux que les textes constitutionnels, la continuité d'un pouvoir autocratique depuis 1953 et une résistance, assez exceptionnelle en Orient, aux pressions qu'il subit de la part de forces politiques intérieures ou de puissants voisins, arabes et israélien. L'assassinat du roi Abdallah est venu relancer la campagne des forces progressistes que dominent les Palestiniens. L'opposition regroupe alors le parti Baas, l'entreprenant Parti communiste (P.C.J.), premier parti à être constitué en Jordani [...]

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Jordanie : carte physique

Jordanie : carte physique
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Jordanie : drapeau

Jordanie : drapeau
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Camp de réfugiés palestiniens

Camp de réfugiés palestiniens
Crédits : Charles Hewitt/ Picture Post/ Getty Images

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Glubb Pacha, 1951

Glubb Pacha, 1951
Crédits : Hulton Getty

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Écrit par :

  • : professeur des Universités en science politique, Institut d'études politiques, Grenoble
  • : docteur en sociologie politique des relations internationales

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Pour citer l’article

Philippe DROZ-VINCENT, Philippe RONDOT, « JORDANIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jordanie/