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INCAS

Une société très hiérarchisée

L'étude comparative des documents administratifs du xvie siècle, des témoignages historiques et des données archéologiques permet d'avoir une vision plus précise de l'organisation économique et sociale de la société inca. Ainsi se dessine l'image d'une mosaïque de peuples qui se différencient les uns des autres par leur langue et leur culture, d'une société hétérogène à l'unité politique précaire, au lieu de celle, qui prévalut longtemps, d'un empire monolithique et unifié.

Très centralisée, la société inca reposait sur un système de pouvoir dual, directement hérité des civilisations antérieures aux Incas. La population était répartie en un grand nombre de petites collectivités agro-pastorales, disséminées sur les hauts plateaux, entre 3 500 et 4 000 mètres d'altitude, dans les vallées inter-andines et sur la côte. Chaque village était habité par un ensemble de familles, à tendance endogame, unies par des liens de parenté ou d'alliance, qui représentaient un ayllu, et possédait et exploitait collectivement un territoire. Dans l'ayllu, la filiation s'effectuait en ligne masculine directe pour les hommes et en ligne féminine directe pour les femmes. Les membres de l'ayllu entretenaient aussi des rapports de réciprocité : partage et distribution de la terre ou des troupeaux, entraide pour les divers travaux.

La famille, considérée comme l'unité de production et de consommation minimale, se réduisait au ménage et à ses enfants célibataires, soit cinq à six personnes. La femme s'occupait des tâches quotidiennes et de l'entretien de la maison, l'homme des travaux agricoles et de certaines activités artisanales : confection de la poterie, tissage. Dans chaque ayllu, les individus étaient également répartis en dix groupes, conformément à leur âge, leur sexe et leurs capacités physiques, mais l'essentiel des activités reposait sur les personnes âgées de vingt-cinq à quatre-vingts ans. Des rites divers ponctuaient chaque moment de la vie et à chaque âge correspondait une activité particulière. Le passage de l'adolescence à l'age adulte était, par exemple, marqué par le warachikuy, un rite au cours duquel les jeunes hommes recevaient le vêtement des hommes, les femmes celui de leur sexe, et les jeunes nobles, les armes des guerriers. On leur perforait également les oreilles avec une aiguille d'or qui restait dans l'orifice et que l'on changeait ensuite par des plots beaucoup plus imposants qui déformaient le lobe de l'oreille, et valut aux Incas, de la part des Espagnols, le terme « oreillards ».

Chaque ayllu était lui-même organisé en deux moitiés : celle d'« En-Haut », ou Hanan, qui était topographiquement parlant en hauteur, et celle d'« En-Bas », ou Hurin. Dans certaines régions, ces « moitiés » pouvaient également s'appeler « Gauche » et « Droite ». Chaque moitié était représentée par un chef ou curaca, mais l'un des deux avait souvent la suprématie sur l'autre, et l'on comptait parfois un troisième chef, de rang inférieur, considéré comme subalterne du chef principal. Ce curaca était généralement le descendant du fondateur du groupe, à qui incombait la répartition des travaux collectifs et le règlement des litiges.

L'ayllu disposait également d'une divinité tutélaire, huaca ou waka, qui assurait la protection des hommes et des animaux. Manifestation du sacré, la waka pouvait s'incarner dans toutes sortes d'éléments naturels : sources, pierres, lacs, montagnes, cavernes, édifices et tombeaux. Il s'agissait généralement de la momie de l'ancêtre du curaca ou du fondateur de l'ayllu. Les morts, disposés dans des anfractuosités rocheuses, étaient censés rejoindre l'ancêtre divinisé.[...]

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Écrit par

  • : maître de conférences en archéologie andine à l'université de Paris-I

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Cultures en terrasses, Pérou - crédits : De Agostini/ Getty Images

Cultures en terrasses, Pérou

Figurine de lama - crédits :  Bridgeman Images

Figurine de lama

Statuette d'une concubine de l'Inca - crédits : W. Forman/ AKG-images

Statuette d'une concubine de l'Inca

Autres références

  • CHUTE DE L'EMPIRE INCA

    • Écrit par Olivier COMPAGNON
    • 240 mots

    Après la chute de l'empire aztèque en 1521, la soumission des Incas par Francisco Pizarro en 1532-1533 fait partie des épisodes les plus marquants de la Conquête espagnole en Amérique, et symbolise l'effondrement des civilisations précolombiennes face à l'Europe. Alors que l'empire inca...

  • EXPANSION INCA - (repères chronologiques)

    • Écrit par Éric TALADOIRE
    • 108 mots

    1300 Premier établissement inca à Cuzco. Les Incas commencent leur expansion.

    1438 Victoire de Pachacuti (Pachacutec) sur les Chancas. L'Inca régnant, père de Pachacuti, est écarté du pouvoir. Début du remodelage de Cuzco. La ville est rebâtie pour symboliser la structure de l'Empire....

  • PÉROU DES INCAS (C. Cavatrunci, M. Longhena, G. Orefici)

    • Écrit par Rosario ACOSTA NIEVA
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    Le Pérou précolombien représente, pour le public européen, un sujet lointain et mystérieux, non seulement par les milliers de kilomètres qui nous en séparent, mais surtout du fait de l'ancienneté de son histoire. En effet, l'histoire préhispanique du Pérou, en tant qu'entité culturelle...

  • AMÉRINDIENS - Hauts plateaux andins

    • Écrit par Carmen BERNAND
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    ...huacas, portaient des vêtements distinctifs et parlaient des dialectes divers dont les plus répandus étaient ceux issus du quechua ou de l'aymara. La domination des peuples de la Cordillère par les Incas, un groupe lignager qui s'était installé à Cuzco et prétendait descendre du Soleil, avait apporté...
  • AMÉRIQUE (Histoire) - Amérique espagnole

    • Écrit par Jean-Pierre BERTHE
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    ...la conquête du continent. Les voyages de rescate, partis à la recherche d'or, de perles et d'esclaves, permettent de deviner, dès 1517, depuis Cuba, la grandeur et les richesses de l'Empire aztèque ; et, depuis Panamá, vers 1522, celles du Tahuantin Suyu, l'empire des Incas.
  • ATAHUALPA, empereur inca (1500 env.-1533)

    • Écrit par Susana MONZON
    • 425 mots

    À la mort de Huayna Cápac, l'Empire inca est en proie à une guerre qui oppose le fils légitime du défunt, Huáscar, officiellement couronné dans la capitale du Cuzco, à son fils bâtard, Atahualpa, qui, avec l'appui des généraux de son père, s'empare du nord du pays. En 1531, au moment...

  • AYMARAS

    • Écrit par Thérèse BOUYSSE-CASSAGNE
    • 4 746 mots
    • 2 médias
    La conquête par les Incas des diverses chefferies aymaras ne se fit pas sans difficultés, même si les rivalités traditionnelles qu'entretenaient ces royaumes favorisèrent l'expansion de l'empire. On distingue trois grandes phases dans la conquête des chefferies : l'alliance avec les Lupacas du sud du...
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