AYMARAS

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Héritiers d'une ancienne culture qui s'est développée autour des rives du lac Titicaca et sur les parties les plus hautes de l'Altiplano bolivien (4 000 m), les Aymaras, conquis successivement par les Incas puis par les Espagnols au xvie siècle, ont su intégrer divers apports culturels au sein de leur propre civilisation. Ces agriculteurs pasteurs, vivant généralement en communauté, ont inventé, au fil des siècles, dans un milieu particulièrement hostile, des formes originales d'occupation du territoire, ainsi que des techniques particulières de conservation des aliments. Ils ont conservé leur langue et ont assimilé à leur religion tellurique une partie des notions et figures du catholicisme. Les pratiques symboliques, les liens de parenté, la répartition de la terre, la distribution du pouvoir, les rites agraires ou pastoraux qui les caractérisent rentrent dans une logique à laquelle ne s'applique pas le découpage traditionnel en instances – politiques, sociales, économiques, religieuses – qui est propre à la norme occidentale.

Lac Titicaca

Photographie : Lac Titicaca

Le lac Titicaca (8340 kilomètres carrés à 3812 mètres d'altitude, profond au maximum de 230 mètres) se situe à la frontière du Pérou et de la Bolivie. Il apparaît comme le vestige d'une immense lagune quaternaire qui occupait l'Altiplano entre la Cordillère occidentale et la Cordillère... 

Crédits : Ralph Bräumer/ Panther Media/ Age Fotostock

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L'ethnie et son milieu

Les Aymaras se concentrent surtout en Bolivie, mais l'on en trouve aussi dans le sud du Pérou (région de Puno), sur la côte chilienne (Arica) et dans les provinces du nord de l'Argentine (Salta, Jujuy, Catamarca). Leur nombre s'élève à deux ou trois millions environ et, depuis plus d'un siècle, malgré une forte mortalité infantile, leur indice démographique demeure croissant. Au fil du temps, leurs critères d'identification n'ont cessé de varier. Les Incas distinguaient nettement les Collas autochtones (ou Collasuyus), de langue aymara, occupant le quart sud de l'Empire incaïque, des colonies étrangères, généralement de langue quechua, qu'ils implantèrent surtout dans les terres basses de cette partie des Andes. Lors de la colonisation espagnole, l'étiquette ethnique n'eut de sens que par rapport à des critères d'imposition. Les Aymaras payaient un tribut plus élevé que celui des Urus, considérés comme plus pauvres ; toutefois, un Uru riche pouvait devenir un Aymara. C'est toujours le groupe dominant qui a imposé ses critères de définition et de redéfinition entre les ethnies. Ainsi les communautés aymaras ont-elles été contraintes par divers colonisateurs à se restructurer partiellement selon des modèles étrangers, réussissant presque toujours à intégrer ces changements dans leur propre culture.

La langue aymara, qui reste très vivace, malgré un certain nombre d'hispanismes, est une langue à déclinaison avec de nombreux suffixes, très gutturale et riche en combinaisons phonétiques. En dépit d'un analphabétisme encore important, les Aymaras reçoivent un enseignement bilingue : espagnol et aymara. Toutefois, à l'heure actuelle, le quechua progresse au détriment de l'aymara, qui se concentre de plus en plus sur l'ouest de l'Altiplano, tandis que le castillan se développe, essentiellement dans les grandes villes. Ainsi, par rapport au xvie siècle, époque où il était parlé sur l'ensemble du territoire, vallées incluses, l'aymara a-t-il perdu du terrain.

La culture aymara a pour berceau le Haut-Pérou, une des régions du monde où la spécificité d'un environnement difficile a fourni aux peuples qui s'y sont implantés le cadre d'une expérience cruciale d'adaptation, comparable, sur certains points, à celle de populations telles que les Esquimaux ou les Sibériens. Depuis l'époque préhistorique jusqu'à nos jours, en effet, la majeure partie de la population bolivienne a vécu, malgré l'aridité des terres et la rigueur du climat, aux environs de 3 800 m, altitude moyenne du haut plateau bolivien, réussissant à domestiquer et à stocker un certain nombre d'espèces végétales, à acclimater des animaux d'altitude et à s'adapter physiologiquement à une atmosphère appauvrie en oxygène. Il est paradoxal de constater que les deux tiers du territoire bolivien (le Haut-Pérou ancien), occupés, à l'ouest, par les terres tropicales ou semi-tropicales qui vont des déserts de la côte pacifique à celui d'Atacama, à l'est, par les terres basses et humides des bassins de l'Amazone et du Pilcomayo, furent tout au long de leur histoire relativement peu peuplés, tandis que l'essentiel de la population se trouvait concentré sur l'Altiplano. Cependant, il faut considérer cette zone préférentielle de l'activité humaine, tout au long de son histoire, non de manière isolée, mais comme la clef de voûte d'un système complexe qui englobe d'autres paliers écologiques (yungas, vallées, côtes), où sont produites des denrées inexistantes en altitude. Sur l'Altiplano, c'est le pourtour du lac Titicaca qui fut peuplé le plus tôt et avec la plus grande densité. Les terres y sont plus fertiles et le climat relativement plus chaud et plus humide en raison de la présence du lac, qui, en créant un microclimat, a permis le développement d'une agriculture très intensive (pomme de terre, quinoa), ainsi que d'un élevage important (lama, alpaca). Outre ces richesses agricoles et pastorales, les peuples de l'Altiplano, et parmi eux les Aymaras, exploitèrent, depuis l'époque précolombienne, les nombreux gisements miniers de la Cordillère royale ou des plaines et vallées adjacentes : les communautés aymaras du lac Titicaca mirent en valeur les mines d'or de Carabaya, au nord-est du lac, dès avant la période incaïque, c'est-à-dire avant même d'y être établies à demeure ; de même, elles eurent une part importante dans l'exploitation des grandes mines polymétalliques (argent, étain) de la région de Potosí, découvertes par les Espagnols dans la seconde moitié du xvie siècle. On peut comprendre par là l'une des grandes originalités des cultures qui se sont succédé sur l'Altiplano : le développement d'une série de techniques métallurgiques combiné avec une adaptation particulièrement efficace au milieu écologique ambiant, le stockage des denrées alimentaires (pomme de terre, maïs), la diffusion d'arts ou métiers tels que le tissage ont exercé, dès une époque très ancienne, une grande influence sur les rapports de pouvoir au sein des divers groupes aymaras qui peuplaient cette région.

Lac Titicaca, Pérou

Photographie : Lac Titicaca, Pérou

Îles flottantes dans la baie de Puno, sur le lac Titicaca. Ces îles artificielles construites en tortora (sorte de roseau), également appelées îles Uros du nom des anciens occupants, sont habitées par les populations aymaras de l'Altiplano péruvien. 

Crédits : M. Lachenal

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Lac Titicaca

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Pour citer l’article

Thérèse BOUYSSE-CASSAGNE, « AYMARAS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/aymaras/