QUECHUA

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De tous les groupes autochtones du continent américain, les Quechua (kečwa) forment le plus nombreux et le plus étendu. Ces paysans des Andes centrales se répartissent en une multitude de petites communautés agropastorales isolées les unes des autres, mais rattachées de plus en plus fermement aux marchés locaux, régionaux et nationaux. Après avoir été soumis aux Incas qui, en leur imposant l'usage d'une langue commune, renforcèrent une unité encore mal définie, ils subirent, à partir du xvie siècle, la domination espagnole. Les contacts intenses et permanents qu'ils entretiennent depuis cette époque avec les Blancs ont profondément influencé leur culture. Toutefois, les modalités singulières par lesquelles ils ont su adapter et intégrer nombre de traits culturels européens permettent de les distinguer de leurs voisins aymaras aux dépens desquels ils manifestent un surprenant dynamisme. Leur participation croissante à la vie nationale de l'Équateur du Pérou et de la Bolivie, où ils constituent l'essentiel de la paysannerie, ne va pas sans poser de nombreux problèmes politiques dans ces trois pays.

Femmes quechua, Bolivie

Photographie : Femmes quechua, Bolivie

Une jeune femme quechua et son bébé, en Bolivie, en 1945. Les Quechua sont les Indiens les plus nombreux d'Amérique du Sud. 

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Le groupe et son territoire

Les Quechua, dont on estime le nombre en 1993 à plus de 14 000 000, vivent sur les versants et dans les dépressions internes des cordillères andines (entre 10 de latitude nord et 270 de latitude sud). Le territoire qu'ils occupent s'étend depuis la frontière méridionale de la Colombie (Pasto) jusqu'au nord du Chili (Antofagasta et Tarapaca) et au nord-ouest de l'Argentine (Jujuy, Cotamarca, Santiago del Estero). Il correspond en fait aux terres hautes de l'Équateur, du Pérou et de la Bolivie. En Équateur, la population quechua (2 000 000) est particulièrement importante dans les provinces centrales de Chimborazo, de Tungurahua et d'Azuay. En Bolivie (2 000 000), elle est fortement implantée dans les départements de Potosi et de Cochabamba qui encadrent le haut plateau. Au Pérou (10 000 000), elle se distribue de Cajamarca à Puno, avec une densité plus élevée dans le sud, à l'intérieur des départements du Cuzco, d'Apurimac et d'Ayacucho où elle devient numériquement majoritaire. Dans ces trois pays, les Quechua représentent entre le quart et la moitié de la population totale.

Une origine sibérienne

Bien que vraisemblablement issus des éléments sibériens qui peuplèrent l'Amérique, et rattachés à ce titre au type mongoloïde, les Quechua ne constituent pas un ensemble totalement homogène. En dehors de l'indice céphalique (80-89) qui les situe parmi les brachycéphales, de la taille qui est petite (1,55 m) et de la cavité thoracique large et profonde, ils présentent d'une région à une autre des différences d'ordre anthropologique et génétique plus ou moins accusées. L'analyse sérologique révèle une dominance du groupe sanguin O accompagnée d'une fréquence variable des groupe A et B. La distribution de l'antigène Diego varie également à l'intérieur d'une marge assez ample. Ces variations s'expliquent par l'adaptation à un environnement comprenant plusieurs paliers écologiques nettement différenciés qui s'étagent des terres tempérées aux confins de la haute steppe, entre 1 500 et 4 000 mètres d'altitude. Elles peuvent aussi s'expliquer par le métissage, résultant des rapports avec les colonisateurs européens, qui n'a cessé d'intervenir depuis quatre siècles.

Le quechua, une lingua franca

En réalité, les Quechua ne forment qu'un ensemble linguistique et secondairement culturel, englobant les anciennes ethnies andines d'inégale importance que les souverains de Cuzco incorporèrent à leurs États – et au sein desquelles il répandirent le runa simi. Au début du xve siècle, cette langue était pratiquée entre Abancay et Curahuasi, dans l'actuel département péruvien d'Apurimac. Les Incas, qui l'adoptèrent, allaient en assurer la diffusion et le rayonnement. Ils en firent l'idiome véhiculaire du plus vaste empire de l'Amérique précolombienne. Après la conquête espagnole, les autorités coloniales poursuivirent avec des moyens accrus la politique incaïque de quetchuisation. Elles donnèrent au runa simi le statut de « langue générale » de la vice-royauté du Pérou. Mais en s'étendant à des régions géographiquement isolées et en s'y superposant à des idiomes d'origines diverses, le runa simi devait peu à peu se différencier. Aujourd'hui, on distingue, à partir de critères phonétiques et morphologiques, deux grandes unités dialectales : le runa simi du Sud ou dialecte A, et le runa simi du Nord ou dialecte B, dont les aires se situent de part et d'autre du bassin de Mantaro. Ces dialectes, qui ne sont pas mutuellement intelligibles, se fractionnent à leur tour en parlers enchaînés dont les mieux caractérisés jusqu'ici sont ceux d'Ancash, d'Ayacucho et du Cuzco.

En dépit de l'influence du castillan que parlent un nombre croissant de Quechua, le runa simi continue à se répandre sous l'effet des courants migratoires qui conduisent depuis 1940 les populations des cordillères vers la côte du Pacifique et vers les hautes vallées de l'orient amazonien. Cette expansion se réalise au détriment de l'aymara ou haqaru, dont l'aire, complètement enclavée dans celle du runa simi, tend à se réduire au haut plateau bolivien. Le runa simi est parlé dans les quartiers populaires de Lima ainsi que dans certaines tribus sylvicoles. Il est utilisé comme lingua franca partout où des Indiens de langues différentes entrent en contact.

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Femmes quechua, Bolivie

Femmes quechua, Bolivie
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Contestation des cocaleros boliviens, 1998

Contestation des cocaleros boliviens, 1998
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Pour citer l’article

Henri FAVRE, « QUECHUA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/quechua/