ÉPARGNE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Les déterminants du niveau de l'épargne

Les équations no 1, no 2 et no 3 se présentent comme des définitions comptables. Mais quel est l'enchaînement des causes et des effets ? L'épargne est-elle un résultat, ce qui reste du revenu disponible après les décisions de consommation ? Ou bien, au contraire, l'épargne est-elle déterminée positivement par les choix d'investissement financier des ménages, leur stratégie immobilière, leurs arbitrages entre une consommation immédiate et une consommation future ? S'agit-il d'ailleurs à proprement parler de choix, ou bien l'épargne contrainte, telle que les remboursements de crédit, ne joue-t-elle pas un rôle déterminant, la consommation devenant alors ce qui reste du revenu disponible après l'épargne ?

L'épargne selon les classiques

L'épargne des ménages a été, dès l'origine, au cœur de la pensée économique. Pour les auteurs classiques, l'acte d'épargne et celui de consommation sont dissociés. Pour Adam Smith comme pour David Ricardo, les profits des entrepreneurs sont essentiellement réinvestis dans l'accumulation du capital, tandis que les salaires suffisent tout juste à donner aux ouvriers « les moyens de subsister et de perpétuer leur espèce sans accroissement ni diminution » (D. Ricardo, Des principes de l'économie politique et de l'impôt, 1817). Le niveau d'épargne dépend donc finalement des profits réalisés par les entrepreneurs et détermine le taux de croissance de l'économie. Pour Smith, il n'y a pas de limite à cette croissance : l'accumulation du capital permet d'augmenter la production par la division du travail, et ainsi de vendre sur des marchés plus larges, tout en réinvestissant les profits pour entretenir un cercle vertueux de croissance économique. Même si, à la même époque, Thomas Robert Malthus envisageait déjà la possibilité d'un excès d'épargne, Ricardo considérait que seuls des excès sectoriels étaient possibles, et qu'ils se corrigeaient d'eux-mêmes car les secteurs faisant l'objet d'une accumulation de capital excessive engendraient des profits insuffisants conduisant les entrepreneurs à réaffecter leur épargne.

L'hypothèse selon laquelle seule la classe des entrepreneurs épargne est très éloignée de la réalité des sociétés développées contemporaines. La plupart des individus ont aujourd'hui un comportement d'épargne ou de désépargne actif. Début 2018, seuls 7 p. 100 des ménages français ne détiennent ni logement ni actifs financiers autres qu'un compte-chèques. La pensée économique s'est attachée à comprendre le partage du revenu des individus entre consommation et épargne.

L'épargne selon Keynes

Selon Keynes, il existe « une loi psychologique normale, qui veut qu'en cas de variation du revenu réel de la communauté, la consommation varie dans le même sens mais dans une proportion moindre » (J. M. Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, 1936). En termes relatifs, le partage entre la consommation et l'épargne se déplace vers l'épargne quand le revenu augmente. Au niveau d'un pays, l'élévation progressive du niveau de vie devrait donc entraîner une augmentation des taux d'épargne.

La propension marginale à consommer (PmC) mesure la quantité supplémentaire de consommation (ΔC) résultant d'un accroissement donné de revenu (ΔR) : PmC =ΔCΔR.

C'est là une donnée fondamentale de l'économie d'un pays car elle détermine le « multiplicateur d'investissement », concept clé des politiques économiques keynésiennes selon lequel une variation autonome de la demande (par exemple, une augmentation des investissements publics) entraîne une variation plus importante du revenu global. À l'équilibre, l'épargne est, en effet, nécessairement égale à l'investissement et « l'épargne étant la pilule et la consommation la confiture, il faut que le supplément de confiture soit proportionnel à la dimension de la pilule additionnelle. Le multiplicateur indique combien il faut de confiture pour produire un accroissement de revenu susceptible de faire accepter la dose de pilule » (Keynes, 1936).

Empiriquement, l'observation des données individuelles de taux d'épargne des particuliers à une date donnée confirme que ce taux augmente avec le revenu, toutes choses égales par ailleurs. Mais d'autres facteurs, comme le patrimoine et l'âge, l'influencent aussi. Et, de plus, sur le plan macroéconomique, on n'observe pas sur le long terme de tendance à la croissance des taux d'épargne alors que le revenu augmente.

La théorie du cycle de vie et celle du revenu permanent proposent des hypothèses expliquant les niveaux d'épargne par les choix actifs de consommation intertemporels, c'est-à-dire au cours du temps.

L'épargne dans la théorie du cycle de vie

La théorie du cycle de vie, initiée en 1954 par Richard Brumberg et développée dans les années 1960 par Alberto Ando et Franco Modigliani, considère qu'un individu cherche à maximiser, sur sa vie entière, ses préférences de consommation actuelles et futures. L'épargne est de la consommation différée. Dans cette optique, les individus jeunes s'endettent lorsque leurs revenus sont faibles, puis ils épargnent jusqu'à la fin de leur vie active, afin de disposer au moment de leur retraite d'un stock d'épargne accumulée, à consommer jusqu'à la fin de leur vie. Le patrimoine financier devrait donc augmenter jusqu'à l'âge de la retraite et diminuer ensuite pour devenir nul à la mort de l'individu.

L'observation conduit cependant à des résultats qui semblent contradictoires avec la théorie du cycle de vie : les enquêtes de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), par exemple, montrent qu'en France, pour la plupart des générations depuis le début du xxe siècle, le patrimoine augmente au fur et à mesure que les individus vieillissent et continue d'augmenter après soixante ans. L'explication pourrait provenir de comportements altruistes : l'objectif de beaucoup est de léguer un patrimoine à leurs enfants. Cette hypothèse est corroborée dans l’Hexagone par le relatif insuccès des produits d’épargne retraite institués depuis 2003, comme le plan d’épargne retraite populaire (PERP), qui donne droit, normalement, à une rente viagère au bénéfice du titulaire du contrat (pour rendre le produit plus attractif, une sortie partielle du PERP en capital est autorisée lors du passage en retraite, à hauteur de 20 p. 100 au plus du capital accumulé). À fin de 2016, environ 2,3 millions de personnes seulement étaient titulaires d’un PERP alors que pratiquement 10 millions sur les 28,5 millions de ménages français avaient souscrit au moi [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages

Médias de l’article

Taux d’épargne des ménages en 2017

Taux d’épargne des ménages en 2017
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Rendements réels (hors inflation) moyens annualisés entre 1992 et 2017

Rendements réels (hors inflation) moyens annualisés entre 1992 et 2017
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Patrimoine financier par habitant dans six grands pays européens

Patrimoine financier par habitant dans six grands pays européens
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  ÉPARGNE  » est également traité dans :

ACTIONNAIRES

  • Écrit par 
  • Pierre BALLEY
  •  • 8 143 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Valeur patrimoniale de l'action »  : […] Représentant une fraction de l'actif net et de la capacité bénéficiaire d'une société, l'action a incontestablement une valeur patrimoniale. Mais comment l'évaluer ? Aucune méthode n'est pleinement satisfaisante. La valeur comptable n'a pas grande signification, étant donné les fluctuations de la monnaie ; sa revalorisation à partir de coefficients monétaires est sans portée économique. La capital […] Lire la suite

ALBANIE

  • Écrit par 
  • Anne-Marie AUTISSIER, 
  • Odile DANIEL, 
  • Christian GUT
  •  • 22 085 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « L'épisode des pyramides financières »  : […] L'apport massif des travailleurs émigrés albanais est à l'origine d'un phénomène spéculatif que l'Albanie n'a pas été la seule à connaître (comme on l'a vu en Roumanie avec le phénomène Caritas dans les années 1994-1995 ou encore en Russie en 1993 avec MMM). En l'absence d'un système bancaire fiable et d'un encadrement institutionnel et juridique suffisamment contraignant et stable, d'importantes […] Lire la suite

BANQUE - Économie de la banque

  • Écrit par 
  • Emmanuelle GABILLON, 
  • Jean-Charles ROCHET
  •  • 7 882 mots
  •  • 4 médias

Les banques sont les établissements financiers qui collectent les dépôts du public (en particulier les dépôts à vue) et qui accordent des crédits aux entreprises et aux ménages. Elles font partie, au même titre que les sociétés d'assurance et les organismes de placement collectif en Bourse, de ce que les économistes appellent les intermédiaires financiers. Ces derniers ont pour fonction de collec […] Lire la suite

BANQUE - Supervision prudentielle

  • Écrit par 
  • Jézabel COUPPEY, 
  • Dominique PLIHON
  •  • 6 046 mots

Dans le chapitre « Protéger les épargnants »  : […] La protection des dépôts bancaires et de l'épargne du public constitue une première justification d'un encadrement de l'activité des professionnels de la banque et de la finance. La banque a ceci de particulier que ses créanciers sont aussi, pour la plupart, ses clients. Les déposants qui confient leurs fonds à des banques pour disposer d'un compte courant ne sont donc pas des créanciers ordinair […] Lire la suite

BOURSE - Marchés de valeurs mobilières

  • Écrit par 
  • Daniel GOYEAU, 
  • Amine TARAZI
  •  • 8 114 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La logique de fonctionnement des marchés financiers »  : […] On peut dénombrer cinq fonctions principales des marchés financiers. – Mobiliser l'épargne . Une double concordance serait nécessaire pour qu'une relation directe puisse s'établir entre un agent à besoin de financement et un agent à capacité de financement : une concordance de montant, et une concordance de durée. En pratique, cette double concordance apparaît impossible. En effet, tout d'abord, l […] Lire la suite

BOURSE - Réglementation des marchés boursiers

  • Écrit par 
  • Didier DAVYDOFF
  •  • 6 663 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre «  L'appel public à l'épargne  »  : […] Les sociétés qui font appel à l'épargne d'investisseurs externes doivent rendre des comptes à ces derniers, sur l'utilisation qu'elles font de leur argent. Si l'épargne du public a été sollicitée, c'est en général à travers une cotation en Bourse. Pour que cette dernière puisse fonctionner normalement, c'est-à-dire qu'un prix juste se dégage des offres et des demandes, et qu'une personne souhaita […] Lire la suite

CHANGE - Les théories du change

  • Écrit par 
  • Hélène RAYMOND-FEINGOLD
  •  • 9 061 mots

Dans le chapitre « Le taux de change réel naturel (Natrex) »  : […] Toutes les théories du taux de change d'équilibre ne sont cependant pas exclusivement orientées vers la définition de normes. Ainsi Jerome Stein, auteur du modèle de taux de change réel naturel (Natrex, pour Natural Real Exchange Rate ) motive l'intérêt de son approche avant tout comme un moyen d'expliquer la dynamique observée des taux de change réels, notamment celle du taux de change euro/dolla […] Lire la suite

COMPTABILITÉ NATIONALE

  • Écrit par 
  • Marc PÉNIN
  •  • 11 281 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les comptes non financiers des secteurs institutionnels résidents »  : […] Le compte non financier de chaque secteur va être décomposé dans le S.E.C. en six sous-comptes, chacun d'entre eux regroupant des opérations ayant un certain caractère homogène et permettant de déterminer un solde analytiquement intéressant. Ce solde sera placé par convention du côté gauche du compte et sera reporté du côté droit du compte suivant afin de permettre de retrouver le B.D.F. ou la C.D […] Lire la suite

CONSOMMATION - Dépenses de consommation

  • Écrit par 
  • Nicolas HERPIN, 
  • Daniel VERGER
  •  • 5 716 mots

Dans le chapitre « Revenu courant, revenu permanent et épargne de précaution »  : […] Pour les keynésiens, les pouvoirs publics ont la mission de stimuler la consommation en élevant le revenu courant, le chômage, fléau du capitalisme, ayant pour cause l'insuffisance de la demande effective. Pour les monétaristes, disciples de Milton Friedman, cette intervention de l'État perturbe l'efficacité des mécanismes du marché. Dans sa théorie du revenu permanent, Friedman postule, en effet, […] Lire la suite

COOPÉRATIVES

  • Écrit par 
  • Denis CLERC
  •  • 10 053 mots

Dans le chapitre « Coopératives de crédit »  : […] La coopération de crédit et d' épargne a connu un développement très inégal d'un pays à l'autre. C'est, bien sûr, en Allemagne, pays d'origine des caisses de crédit mutuel, que le mouvement est le plus puissant : les 3 000 coopératives de crédit regroupent 11,4 millions de sociétaires. Au Québec, les Caisses Desjardins sont les caisses d'épargne les plus puissantes du pays et financent l'ensembl […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

17-24 mars 2021 États-Unis – Chine – Russie. Tensions diplomatiques entre l'Occident, la Chine et la Russie au sujet des droits de l'homme.

épargné. Les jours suivants, Pékin dénonce des « mensonges » et riposte en adoptant des mesures similaires à l’encontre de Bruxelles, Washington, Londres et Ottawa. Les 22 et 23, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi reçoit à Guilin (Guangxi) son homologue russe Sergueï Lavrov. Les deux hommes proposent la tenue d’un sommet des membres […] Lire la suite

26 février 2021 États-Unis. Mise en cause du prince saoudien Mohammed ben Salman dans l'assassinat du dissident Jamal Khashoggi.

épargne Mohammed ben Salman. Washington annonce également des sanctions financières contre le général Ahmed al-Assiri, l’ancien numéro deux des services de renseignement saoudiens, ainsi que contre la Force d’intervention rapide alors dirigée par l’ancien conseiller Saoud al-Qahtani, considérés comme impliqués dans l’assassinat du journaliste. L’ancien […] Lire la suite

11-17 décembre 2020 Nigeria. Enlèvement de centaines d'élèves.

épargné par les violences djihadistes. Le 15, l’opération est revendiquée par Abubakar Shekau, chef d’une des deux factions de Boko Haram – nom signifiant « l’éducation occidentale est un péché » en langue haoussa. En avril 2014, Boko Haram avait enlevé deux cent soixante-dix lycéennes à Chibok, dans l’État de Borno, son principal théâtre d’opérations […] Lire la suite

5-31 décembre 2019 France. Mouvement de contestation de la réforme des retraites.

d’épargne-retraite, le secteur de l’assurance est concerné par la réforme des retraites. Le 9, Jean-Paul Delevoye reconnaît « un oubli » et annonce sa démission de l’IFPASS. Le 10, alors que la grève des transports publics se poursuit, les syndicats appellent à une nouvelle journée d’action. Le ministère de l’Intérieur dénombre près de trois cent quarante […] Lire la suite

28 octobre 2019 France. Publication du rapport sur l'EPR de Flamanville.

épargne toutefois la direction de l’entreprise et ne remet pas en cause la filière. Il épingle la défaillance des sous-traitants, la gouvernance du projet, ainsi qu’une perte de compétence technique du secteur. Le rapport préconise d’« afficher des programmes stables […] de construction de nouveaux réacteurs en France ». En septembre, le gouvernement […] Lire la suite

Pour citer l’article

Didier DAVYDOFF, « ÉPARGNE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/epargne/