FONTAINEBLEAU ÉCOLE DE

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La première école de Fontainebleau

Après des essais généralement malheureux pour y attirer les plus grands maîtres de l'art italien (Michel-Ange, Léonard, Andrea del Sarto), François Ier fixa son choix, pour décorer sa résidence favorite, sur un maniériste florentin, Rosso Fiorentino, qui arriva à Fontainebleau en 1530, suivi, deux ans plus tard, par un maniériste émilien, le Primatice (Francesco Primaticcio). D'autres artistes italiens vinrent les rejoindre, comme Luca Penni et Antonio Fantuzzi, mentionnés à Fontainebleau en 1537, pour ne citer que les plus importants. Domenico del Barbiere (Domenico Fiorentino) était peut-être déjà établi en France, à Troyes, depuis un certain temps, avant d'être signalé à Fontainebleau. En 1552 arriva un autre maniériste émilien important, Nicolò Dell'Abate. Autour de ces artistes (surtout le Rosso, le Primatice et Nicolò) se constitue la première école de Fontainebleau. Si ces Italiens y jouent les principaux rôles, ils sont aidés par une équipe où figurent en sous-ordre des Français (Dorigny, Dumonstier – ou Dumoustier ou Dumoûtier –, Rochetel) et des nordiques (Jean Fouquet, Léonard Thiry). Ainsi s'affirme très tôt le caractère international de l'équipe des décorateurs. Tous ces décorateurs, autant que le milieu français, ont contribué à transformer un style qui fut créé, certes, par des Italiens, mais qui va devenir propre à la Renaissance française.

Un art raffiné et savant

Ses créateurs étant tous des maniéristes, l'école de Fontainebleau se rattache nettement au maniérisme international. Elle se rattache à Michel-Ange (qui domine chez le Rosso), à Raphaël et à ses disciples, Jules Romain, Perino del Vaga (par l'intermédiaire du Primatice), au Corrège et au Parmesan (grâce au Primatice et à Nicolò Dell'Abate) ; enfin à Léonard de Vinci, dont les chefs-d'œuvre, actuellement au Louvre, étaient présents à Fontainebleau dans la collection de François Ier. Les goûts du roi (on a écrit à juste titre que la Renaissance française était « le fait du prince »), le rôle des humanistes et des poètes et la survivance du gothique interviennent aussi de façon non négligeable dans l'élaboration du nouveau style. Sous toutes ces influences, les artistes italiens de la cour ont créé essentiellement un art du décor qui est aussi un art de cour. De là découlent certains caractères très particuliers à l'école de Fontainebleau, comme la primauté de l'ornement et un répertoire, nouveau en France, de sujets mythologiques, le plus souvent utilisés au profit de l'apologie royale (galerie François Ier). C'est donc un art fort raffiné et complexe où s'abolissent les frontières entre les différentes techniques, car ses créateurs s'adonnèrent à la fois à l'architecture, à la peinture, à la sculpture et aux arts appliqués. Volontiers savant, souvent érotique, c'est aussi un langage d'une grande souplesse qui aborde tous les thèmes : peinture d'histoire, portrait, nu, paysage, peinture de genre et même peinture religieuse, ce que l'on oublie souvent. Immédiatement diffusé par la gravure, l'art de l'école de Fontainebleau vit son aspect « graphique » nettement prédominer sur la couleur. Dans ce domaine, les influences viennent de Florence, de Rome et de Parme plutôt que de Venise, qui n'y intervient qu'exceptionnellement ; on y retrouve, en outre, les harmonies froides et claires de la fresque.

Un art des rois

Les périodes successives de l'école de Fontainebleau correspondent approximativement aux différents règnes ; c'est avant tout le roi qui commande les décors du château : François Ier (mort en 1547) ; Henri II (mort en 1559), Charles IX (mort en 1574), Henri III (mort en 1589) ; à la fin du siècle, sous Henri IV (mort en 1610), le mouvement artistique peut être considéré comme une suite de la première école de Fontainebleau, dont les conséquences vont marquer l'art français jusqu'au retour en France de Simon Vouet.

Les grands peintres imposent aussi à l'école de Fontainebleau une coloration particulière. Ainsi, après une première phase nettement dominée par le Rosso (mort en 1540), vient le long règne du Primatice (mort en 1570), marqué par l'arrivée à Fontainebleau de Nicolò Dell'Abate (1555).

Moïse sauvé des eaux, N. dell'Abbate

Photographie : Moïse sauvé des eaux, N. dell'Abbate

Nicolò dell'Abbate, «Moïse sauvé des eaux», 1560. Huile sur toile, 82,5 cm × 83 cm. Musée du Louvre, Paris. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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À partir de 1547 environ, le départ pour Paris de certains artistes (Luca Penni, Rochetel, Dumonstier) contribue à développer, dans la capitale, un foyer d'art dépendant de Fontainebleau, mais qui va évoluer de façon originale, parallèlement à une école de graveurs au burin. Bientôt le rayonnement du centre parisien s'accroît : le château de Fontainebleau n'est plus le séjour privilégié de la cour, qui lui préfère souvent le Louvre et les Tuileries. Dans la seconde moitié du siècle, et surtout à partir de 1570, il est souvent fort difficile de distinguer les productions artistiques proprement bellifontaines des œuvres parisiennes, car elles s'influencent l'une l'autre.

Les artistes et les œuvres

Le Rosso, Primatice et Nicolò Dell'Abate

Les artistes étrangers ou français qui travaillèrent au château sont groupés à l'origine autour de Rosso (Giovanni Battista di Jacopo, surnommé le Rosso, 1494-1540). Révélé en Italie par des œuvres originales et déconcertantes, le Rosso fut appelé en France par François Ier, sans doute sur la recommandation de l'Arétin en 1530. De son œuvre décorative ne subsiste à Fontainebleau que la galerie François Ier (1534-1537), passage reliant l'ancien château au nouveau. Le Rosso imagina dans cette galerie un nouveau type de décor, mêlant stucs et peintures, donnant la primauté à l'ornement qui encadre de grands tableaux peints à fresque. Sous le voile de l'allégorie, il s'agit, semble-t-il, de l'apologie royale. Le Rosso a imposé en France un nouvel art décoratif et de nouveaux thèmes, qui furent largement diffusés par la gravure. On ne connaît de sa période française que de rares dessins et quelques peintures, comme la Pietà exécutée pour le connétable Anne de Montmorency (Paris, Louvre).

Le Primatice (Francesco Primaticcio, 1504-1570), d'abord collaborateur du Rosso, fut mis, dès 1540, à la tête des chantiers de Fontainebleau, sur lesquels il va régner sans partage, mis à part de rares éclipses. Son activité fut multiple, puisqu'il était architecte, qu'il donna des modèles aux peintres, aux sculpteurs, aux tapissiers et ordonna les fêtes de la cour. Son œuvre décorative, dont ne subsistent [...]

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Fontainebleau

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Moïse sauvé des eaux, N. dell'Abbate

Moïse sauvé des eaux, N. dell'Abbate
Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Ulysse et les Sirènes, Primatice

Ulysse et les Sirènes, Primatice
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Les Massacres du Triumvirat, A. Caron

Les Massacres du Triumvirat, A. Caron
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  • : conservateur en chef au département des Peintures du musée du Louvre

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Sylvie BÉGUIN, « FONTAINEBLEAU ÉCOLE DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ecole-de-fontainebleau/