OTTONIEN ART

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Architecture et sculpture

Le répertoire de l'architecture ottonienne présente un grand nombre de types. À côté des basiliques apparaissent des édifices sur plan centré et des églises-halles (à nefs d'égale hauteur). Là encore se dessine la dépendance à l'égard de l'art carolingien ; elle est très nette lorsque le plan central de la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle est directement pris comme modèle, ce qui fut le cas pour la partie occidentale de l'abbatiale d'Essen (1039-1058). Des influences byzantines se remarquent aussi de façon sporadique, comme pour les tribunes et certains détails de Saint-Cyriaque de Gernrode (dernier tiers du xe s.), tandis que, pour la chapelle Saint-Barthélemy à Paderborn (1017), qui est conçue comme une église-halle de plan ramassé, les textes désignent les bâtisseurs comme des operarii graeci. Le plan dominant est celui de la basilique dont la nef est couverte d'un plafond en bois. C'est sur ce point précis qu'apparaît la puissance créatrice des artistes ottoniens dont le but est de mettre l'accent sur le rythme, l'agencement et la spécificité de la masse de l'édifice. Ce but sera atteint grâce à la diversité dans le nombre, la forme et la disposition des transepts, des chœurs et des absides et grâce à la création de massifs occidentaux monumentaux. Les volumes extérieurs des églises ottoniennes sont animés par le grand nombre de tours. À l'intérieur, la croisée du transept détermine les proportions dans l'organisation de l'espace. Ainsi naît une ordonnance claire que soutient l'organisation des parois par des piliers et surtout par l'emploi alterné de piliers et de colonnes. La crypte, conçue comme un édifice à trois nefs, est, en outre, déterminante pour l'agencement intérieur des églises. D'autre part, l'effet était accentué par la couleur des peintures qui donnaient une valeur plus évidente encore au rythme architectonique.

Dans cette évolution artistique, la Saxe, pays d'origine des Ottons, occupe une place prédominante. La cathédrale de Magdebourg, qui fut fondée par Otton Ier et qui a disparu, s'inspirait de la tradition carolingienne. L'importance des matériaux remployés (colonnes provenant d'Italie) le montre bien ; toutefois, Saint-Michel d'Hildesheim (1001-1033) avec ses deux transepts et ses deux tours de croisée bâties sur plan carré présente un type accompli. D'autres centres de cette évolution architecturale marquèrent le Rhin inférieur avec Cologne, où Saint-Pantaléon, muni d'un massif occidental, fut l'une des premières constructions ottoniennes (984-env. 1000) et Sainte-Marie au Capitole, avec son chœur tréflé, l'une des plus originales, le Rhin moyen avec Mayence – cathédrale des archevêques Willigis (975-1011) et Bardo (1031-1051) – et Trèves (façade occidentale de la cathédrale, avant 1060) ainsi que le Rhin supérieur (Ottmarsheim, 1049, Reichenau) et, enfin, en Bavière, Ratisbonne. Les principaux édifices, au xie siècle avancé, furent construits pour la maison impériale salique à Limbourg dans le Hardt et à Spire (la cathédrale fut édifiée de 1030 à 1061) ; la nouvelle vision monumentale ne s'y exprime plus seulement dans l'ampleur de la masse, mais aussi dans la clarté et la rigueur des formes particulières.

Saint-Michel, Hildesheim

Photographie : Saint-Michel, Hildesheim

Église Saint-Michel, Hildesheim (Allemagne), XIe-XIIe siècle. Plafond peint sur bois, « L'Arbre de Jessé ». 

Crédits : Bridgeman Images

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En ce qui concerne l'ornementation des édifices, il faut citer avant tout le chapiteau cubique (Würfelkapitell) dont la forme nette devint la marque du style nouveau, très rigoureux. Un petit nombre de statues (Ratisbonne) et quelques bas-reliefs (Werden an der Ruhr, Münster) ont subsisté. Par contre, une série d'œuvres de sculpture en bois ou en métal sont restées, parmi lesquelles se distinguent les figures du Christ en croix, depuis le crucifix en bois auquel est lié le nom de l'archevêque de Cologne, Gero, aux formes plastiques et souples de la fin du xe siècle, jusqu'au Christ crucifié, sobre et linéaire, de Werden an der Ruhr, qui annonce le passage au style roman. À mi-chemin, on peut placer les Vierges d'Essen et de Paderborn : avec son revêtement en or, la statue d'Essen (datant des environs de l'an mille) est reliée aux œuvres des arts mineurs [...]

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Pour citer l’article

Florentine MÜTHERICH, « OTTONIEN ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/art-ottonien/