ART (Le discours sur l'art)Iconologie

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Du xvie au xixe siècle on entend par iconologie la « science des images » qui donne des règles pour la représentation figurée des idées abstraites et morales. L'œuvre fondamentale qui a introduit ce concept est le livre de Cesare Ripa : Iconologia, publié pour la première fois en 1593. Les descriptions et les illustrations de ce livre ont exercé une influence très importante sur l'art des xviie et xviiie siècles. Jusqu'au milieu du xixe siècle on publia des manuels iconographiques qui continuaient ou développaient les idées de Ripa. Ils contenaient surtout des descriptions de figures humaines accompagnées d'attributs distinctifs et qui personnifiaient des idées philosophiques et morales ainsi que différentes notions générales telles que les sciences, les saisons.

Au xxe siècle, le terme iconologie reçut une acception différente, et servit notamment à désigner une méthode d'interprétation des œuvres d'art. L'adjectif « iconologique » apparut avec cette acception dès 1907 et 1912 (A. Warburg) dans l'expression « analyse iconologique » et le substantif « iconologie » en 1931 et 1939 dans les études de G. J. Hoogewerff et E. Panofsky. Les pionniers de la nouvelle méthode de l'étude du contenu des œuvres d'art ont adopté le terme ancien « iconologie » pour distinguer leur méthode de l'iconographie, celle-ci étant considérée par eux comme l'identification et la description des sujets, thèmes, symboles et attributs dans l'art. Pour Warburg, Hoogewerff et Panofsky, l'iconologie est une iconographie au sens profond, insatisfaite par l'identification du sujet et des éléments du symbolisme conventionnel, elle procède à une interprétation de la signification qu'un sujet ou un symbole possède dans une œuvre en tant qu'expression d'une philosophie et d'une conception du monde. L'iconologie telle qu'elle est conçue par Panofsky est « une iconographie interprétative, qui devient une partie intégrale de l'étude de l'art, au lieu de se limiter à n'être qu'une constatation statistique préalable » à d'autres analyses.

Science des images du XVIe au XIXe siècle

La théorie de l'image a trouvé son principal codificateur en Claude-François Menestrier (1631-1705), auteur d'innombrables ouvrages sur les blasons, les devises et les emblèmes. Menestrier développe une philosophie des images, dans laquelle il distingue les images de la peinture, les images de la poésie et de la rhétorique, les images de la science et les images symboliques. Entre les images symboliques, il différencie sept groupes : les hiéroglyphes, les symboles, les emblèmes, les devises, « le blason et les généalogies », « les revers des jetons et les médailles » et, enfin, « l'iconologie qui est la peinture des choses purement morales comme si elles étaient des personnes vivantes, comme l'honneur, la vertu, le plaisir ». Chez Menestrier, l'iconologie n'est pas seulement une science des images ; il désigne par ce mot un groupe spécifique des images. Quand Menestrier publiait ses ouvrages, à la fin du xviie siècle, l'iconologie avait déjà cent ans. Elle est née en 1593, lorsque l'érudit pérugin Cesare Ripa publia son livre Iconologia ovvero descrizione dell'Imagini universali cavate dall'antichità et da altri luoghi. Accueillie favorablement, l'œuvre fut réimprimée en 1602 ; une édition illustrée de cent cinquante bois gravés fut publiée à Rome en 1603. Le livre fut réédité plusieurs fois, augmenté jusqu'à comprendre trois ou même cinq volumes et traduit en français (1644), en hollandais (1644), en allemand (1669-1670), en anglais (1709). Sur la page de titre, Ripa présentait lui-même son ouvrage comme « nécessaire aux poètes, peintres, sculpteurs et autres, pour représenter les vertus, les vices, les émotions et les passions humaines ». En vérité, l'Iconologia embrassait plus : les représentations des arts et des sciences, des facultés de l'âme, des dispositions psychiques, des concepts philosophiques, moraux et esthétiques ; les heures, les saisons, la paix et la guerre ; bref, tout concept universel s'y trouvait. La présentation en était uniforme : l'idée était toujours incarnée par un personnage, le plus souvent féminin, portant des attributs, représenté dans des actions ou des états décrits avec précision. Ripa a utilisé les manuels hiéroglyphiques (Horapollo ou Valeriano), mythographiques (Cartari), emblématiques (Alciati) ; il a puisé dans l'art, la littérature et les monnaies antiques. Il a beaucoup inventé lui-même. Il a créé un corpus des images allégoriques qui s'est imposé à l'imagination de l'Europe pour deux siècles. Émile Mâle a signalé l'immense influence de ce livre et de ses illustrations dans l'art italien et français des xviie et xviiie siècles, influence qui joua aussi dans d'autres pays, la Flandre, les Pays-Bas, l'Allemagne, la Pologne. D'autres manuels imitèrent celui de Ripa, tel celui de J.-C. de La Fosse, Nouvelle Iconologie historique, publié en 1768. C'est seulement au xxe siècle que le terme a commencé à désigner une méthode d'étude au lieu d'une doctrine iconographique. Dans le Vocabolario dell'Accademia della Crusca (1899), « iconologie » signifie « l'explication des images, figures et emblèmes antiques ».

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  • : conservateur en chef du département des peintures étrangères au musée de Varsovie

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Pour citer l’article

Jan BIALOSTOCKI, « ART (Le discours sur l'art) - Iconologie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/art-le-discours-sur-l-art-iconologie/