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ANGLAIS (ART ET CULTURE) Littérature

Tournants du XXe siècle

Robert Louis Stevenson - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Robert Louis Stevenson

Vers la fin du siècle, l'horizon de la littérature anglaise s'élargit prodigieusement grâce aux romans de Joseph Conrad (1857-1924), de Robert Louis Stevenson (1850-1894) et à l'œuvre de Rudyard Kipling (1865-1936), née sous le signe d'un vaste empire. D'ailleurs les idoles de la société victorienne étaient renversées par George Bernard Shaw (1856-1950), et un poète, G. M. Hopkins (1844-1889), suscitait une révolution dans la proso die. Ce ne furent pas les poètes georgiens, prêchant un retour à la nature, qui réalisèrent un grand changement en poésie, mais deux Américains, Ezra Pound (1885-1972) et T. S. Eliot (1888-1965), immédiatement après la Première Guerre mondiale, tandis que le roman moderne, qu'on peut dater de l'œuvre de George Meredith (1828-1909), parvint à un tournant radical avec l'Ulyssede Joyce publié à Paris en 1922. James Joyce (1882-1941) était inimitable, mais son apport ne fut pas ignoré par les auteurs du stream of consciousness novel qui fleurit entre les deux guerres et dont Virginia Woolf (1882-1941) offre le modèle exemplaire. La vitalité et la variété du roman anglais se sont poursuivies au fil du xxe siècle, par exemple chez Graham Greene, Lawrence Durrell et Yvy Compton Burnett. C'est plutôt dans le domaine de la poésie qu'après W. H. Auden et Dylan Thomas, l'Angleterre, au contraire de l'Amérique, semble pauvre en talents.

Rudyard Kipling

Rudyard Kipling

T. S. Eliot

T. S. Eliot

James Joyce

James Joyce

Auden et Isherwood

Auden et Isherwood

Dylan Thomas

Dylan Thomas

L'Angleterre d'après 1945 connaît, avec les angry young men, un phénomène d'iconoclastie qui a quelque ressemblance avec le mouvement futuriste du début du siècle, quoiqu'il ait eu des raisons sociales plutôt qu'artistiques. Déjà entre les deux guerres, on réagissait contre la menace de devenir une nation d'aspirin and weak tea, et plusieurs jeunes intellectuels se rendirent en Espagne pour combattre du côté des républicains (W. A. Auden, Stephen Spender, Day Lewis). Ils cherchaient un nouvel ordre, un sens nouveau de la vie, un répit à l'angoisse décrite par Eliot dans The Waste Land (1922). Ces jeunes gens qui croyaient avoir trouvé un ressourcement dans l'idéologie marxiste rentrèrent dans l'orthodoxie durant la Seconde Guerre mondiale.

Leur génération a été déterminée par la tentative de rapprocher masses et culture en ouvrant les portes des universités (Oxford et Cambridge) réservées jusqu'alors à une élite sociale et financière. Les jeunes de la petite bourgeoisie ou de la classe ouvrière ainsi favorisés se révoltèrent contre la société qui croyait les élever sur l'échelle sociale : ils se sentaient déracinés. C'est pourquoi ils protestèrent violemment et avec quelque incohérence contre le système, l'establishment. En 1951, Leslie Allen Paul, un philosophe religieux, publia un volume dont le titre, Jeunes Gens en colère (Angry Young Men), entra dans l'usage après la représentation, au Royal Court Theatre, en mai 1956, de Look back in Anger de John Osborne, où la tension entre l'amour et la haine rappelle le ton de Strindberg, de D. H. Lawrence et de l'Américain James Thurber. Mais l'œuvre fut accueillie par une ovation où le scandale se mêlait à la ferveur, car elle trouvait une résonance profonde dans le public. Jimmy, le héros du drame, fut associé, à cause du nom, à Lucky Jim, le personnage central du roman de ce titre de Kingsley Amis (1954), un plébéien universitaire demeuré fidèle à la classe ouvrière. La figure du jeune homme en révolte se retrouve dans plusieurs autres romans parus après 1950 (de Thomas Hinde, John Braine, John Wain). Les angry young menont réveillé l'appel à l'aventure alangui par un conformisme de plus en plus coupé de la réalité vivante ; leurs œuvres ont ressuscité en quelque sorte le genre picaresque.

— Mario PRAZ

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Écrit par

  • : agrégée, professeur de littérature anglaise (théâtre) à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : écrivain, professeur de littérature anglo-américaine
  • : ancien élève de l'École supérieure, professeur de littérature anglaise à l'université de Paris-VIII, directeur à la Direction du livre et de la lecture
  • : professeure des Universités en littérature britannique contemporaine et en littératures postcoloniales à l'École normale supérieure de Lyon, membre de l'Institut universitaire de France
  • : écrivain, critique littéraire
  • : maître assistant d'anglais, agrégée, docteur d'État, professeur à l'université de Paris-Nord
  • : ancien professeur à l'université de Rome

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Chaucer à cheval - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Milton, Le Paradis perdu - crédits : De Agostini/ Getty Images

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