STEVENSON ROBERT LOUIS (1850-1894)

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Celui que les Polynésiens surnommèrent « Tusitala » (« le conteur d'histoires ») méritait et mérite toujours cet hommage populaire, même si l'écrivain écossais, essayiste, poète et romancier est peu connu de nos jours et laisse à L'Île au trésor et à Dr Jekyll et M. Hyde le soin de perpétuer sa gloire et son nom. On oublie ses autres écrits, pourtant importants et divers. On oublie l'homme aussi qui fut à son heure un révolté contre l'Angleterre victorienne et l'Écosse trop puritaine, un bohème et un grand voyageur et beaucoup plus qu'un dilettante amoureux de l'aventure.

Robert Louis Stevenson

Robert Louis Stevenson

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L'écrivain écossais Robert Louis Stevenson (1850-1894), essayiste, poète, romancier et grand voyageur. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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L'adolescent révolté

Robert Lewis Balfour Stevenson est né à Édimbourg. Fils et petit-fils d'ingénieurs spécialisés dans la construction des phares maritimes, sa voie semble toute tracée. Mais sa santé chétive, que le climat humide d'Écosse aggrave, l'en écartera. Avec les années apparaît la tuberculose et, contre ce mal implacable, Stevenson devra lutter toute sa vie. Tout naturellement, il cherchera dans les rêves, la lecture, les contes, le nécessaire dérivatif. La femme du peuple, à laquelle il fut confié, le nourrit de légendes écossaises. Très tôt, il compose des chansons et s'émeut aux récits religieux des « Covenanters ». Il aime la campagne où habite son grand-père maternel, le pasteur Balfour. Il prend goût aux voyages vers le Sud ensoleillé, qui se multiplient pour améliorer la santé de sa mère et la sienne. Après l'île de Wight, ce sera Menton et l'émerveillement, à douze ans, des ciels bleus du cap Martin. Écolier intermittent, il dévore les romans de Scott et de Dumas, les récits de pirates de C. Johnston. Sa maladie va créer en lui le besoin de transposer dans des récits optimistes, romanesques et fougueux son amour passionné de la vie. De son père, il a la parole facile et la verve ; de sa mère, la grâce et le charme. Mais il ne peut accepter la rigidité austère du presbytérianisme et entre en conflit avec les siens. Admis à quinze ans à l'université, il se conduit en bohème libre de toute règle et se déclare agnostique. Ses études de droit le mènent au barreau, mais il n'exercera jamais. Il se voit interdire une trop romanesque mésalliance avec une fille des Highlands rencontrée dans la rue. Envoyé dans le Suffolk, il fait la connaissance de Sidney Colvin, critique important qui lui ouvre les portes du monde littéraire. Il a trouvé sa vocation ; il sera homme de lettres.

Le bohème vagabond ; Fanny Osbourne

Écrivain, Stevenson est artiste, soucieux de bien écrire. Il suit, à sa manière, le mouvement esthétique qui marquera la fin du xixe siècle ; il lit et imite « comme un singe savant » les meilleurs stylistes anglais. Ses recueils d'essais et d'analyses critiques révèlent un esprit délicat, une écriture sensible et recherchée : Virginibus puerisque (1881). Dès 1873, voulant tirer parti de tout ce qu'il voit, il devient un grand vagabond. Après les Hébrides, où il séjourne seul trois mois dans une île, le pays de Galles, l'Allemagne, il vient en France. Nouveau tournant de son éducation littéraire ; il découvre Montaigne, Hugo, Balzac ; il admire Villon. Il descend en canoë la Sambre et l'Oise, dans un accoutrement que ne renieraient pas les hippies (« sur la tête une calotte de modèle indien, une chemise de flanelle foncée que d'aucuns diraient noirâtre, une légère veste de cheviotte, un pantalon de toile et des jambières de cuir »). Il en tire son premier livre : An Inland Voyage (1878). Seul avec un âne baptisé « Modestine », il parcourt les Cévennes, et c'est le charmant récit de Voyage avec un âne (Travels With a Donkey in the Cevennes, 1879). « J'étais l'animal le plus heureux de France », écrira-t-il.

C'est auprès des rapins de Fontainebleau que Stevenson rencontre, en 1876, la femme qui devait donner à sa vie son sens définitif. Fanny Osbourne a dix ans de plus que lui : elle était la première artiste américaine que les peintres de Barbizon admettaient parmi eux. Elle avait l'esprit moqueur mais le caractère bien décidé. Il était impulsif, gouailleur, optimiste, et tous deux haïssaient les conventions sociales. Paris les unit dans un amour commun des bouquinistes, des musées et de Montparnasse. En 1878, Fanny retourne aux États-Unis pour divorcer d'un mari fort médiocre. En août 1879, sur son appel, l'écrivain décide d'aller la rejoindre, malgré le diagnostic pessimiste des médecins. Il a raconté son étonnant et difficile voyage dans The Amateur Emigrant (1880). Il retombe malade. Les soins vigilants de Fanny le sauvent. Il l'épouse le 19 mai 1880, et tous deux rentrent en Écosse, après avoir réduit l'hostilité familiale. C'est le bonheur.

Le poète de l'enfance ; le romancier d'aventures

Voici venir les années fécondes qui apporteront renom, gloire et fortune. Années toujours menacées par la phtisie. Luttant avec une héroïque volonté, Stevenson dont l'œuvre exalte la jeunesse, l'action débridée, l'optimisme et le courage prend à nos yeux une stature d'une émouvante noblesse ; car ce combat incessant, il aura l'élégance de le cacher, tout en courant la Suisse, la Provence, Hyères et Bournemouth pour trouver l'impossible guérison. Et, après avoir brigué en vain une chaire à l'université d'Édimbourg, il consacre tout son temps à enchanter de ses poèmes et de ses récits romanesques son jeune beau-fils, Lloyd Osbourne, qui en 1880 avait quatorze ans. Pour lui, il compose des poèmes d'enfant et réussit la gageure de décrire ce petit monde, avec sa naïveté, son imagination cocasse, sans fausser la véritable sensibilité poétique de l'enfance. D'instinct, il a retrouvé sa propre enfance, dont sans doute il ne s'évada jamais : Jardin de poèmes pour enfants (A Child's Garden of Verses, 1885). Pour lui encore, son premier roman L'Île au trésor (Treasure Island, 1883), qui triomphe aussi bien auprès des enfants que des adultes, parce que le récit de ces dangereuses aventures a la pureté symbolique d'une recherche qui se plaît davantage dans la quête que dans la découverte. Tous les autres romans reprennent librement sans fausse imitation la tradition de Walter Scott. Stevenson s'y montre conteur prestigieux, habile et varié ; par lui, le roman d'aventures devient œuvre artistique sûre de ses droits. Chaque nouveau roman, Kidnappé (Kidnapped, 1886) et sa suite Catriona (1893), Le Maître de Ballantrae (The Master of Ballantrae, 1889) ou son chef-d'œuvre, hélas ! inachevé, Le Barrage d'Hermiston (Weir of Hermiston, 1896), progresse dans l'étude des mobiles et des actes, approfondit le thème de la poursuite qui nous unit mystérieusement au drame du chasseur et de sa proie. Le problème du mal et de la prédestination hante l'esprit de cet Écossais qui n'a pas oublié la dure religion de son enfance. Il montre la force dégradante de la haine et l'âpreté du conflit entre père et fils, que décrit son dernier roman, transpose avec art son propre drame. Quant au fameux Dr Jekyll et M. Hyde (The Strange Case of Dr. Jekill and Mr. Hyde, 1886), il illustre de façon facile, mais fascinante, l'un des problèmes majeurs de la psychanalyse, celui de la double personnalité et du subconscient.

Le vert paradis des îles du Pacifique

Tout en composant dans son lit ou sur sa chaise longue, Stevenson, luttant toujours, n'abandonne pas sa « manie ambulante ». Aussi, à la mort de son père en 1887, il accepte d'enthousiasme le projet d'une croisière en Océanie. Il visite les Marquises, Tahiti, les Samoa occidentales. Finalement il s'installe près d'Apia, dans l'île d'Upolu, y faisant construire la belle demeure de Vaïlima. Loin de l'Angleterre victorienne, il est heureux, mais son amour pour l'Écosse grandit : ses dernières œuvres en témoignent. Chez les indigènes, l'homme adolescent découvre avec joie le même don d'enfance ; il traduit dans des nouvelles charmantes ces correspondances de sensibilité : La Plage de Falesa (The Beach of Falesa, 1892). Une congestion cérébrale l'emporte au soir du 3 décembre 1894 ; jusqu'au bout, il aura goûté le plaisir de raconter dans une belle langue une belle histoire. Et ce plaisir, il nous le fait toujours partager.

—  Jean-Georges RITZ

Bibliographie

※ Œuvres

Works, 35 vol., Londres, 1923-1924 ; Collected Poems, éd. J. Adam Smith, Londres, 1971 ; Nouvelles Mille et Une Nuits (New Arabian Nights, 1882), trad. R. Kanters, Paris, 1934 ; L'Île au trésor (Treasure Island, 1883), trad. J. Papy, Paris, 1958 ; Kidnappé, ou les Aventures de David Balfour (Kidnapped, 1886), trad. J. Nin, Paris, 1949 ; Le Maître de Ballantrae (The Master of Ballantrae, 1889), trad. G. Maljean, Paris, 1954 ; Catriona (1893), trad. T. Varlet, Paris, 1928 ; Journal de route en Cévennes (Travels with a Donkey in the Cevennes, 1879), trad. J. Blondel, Privat, Toulouse, 1978 ; Will du Moulin, éd. F. Escaig, Allia, Paris, 1992 ; Une amitié littéraire, correspondance avec H. James, éd. M. Le Bris, Payot, Paris, 1994 ; Œuvres I, C. Ballarin éd., Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 2001 ; Œuvres II, C. Ballarin et M. Porée éd., ibid., 2005.

※ Études

J.-M. Carré, La Vie de R. L. Stevenson, Paris, 1929

D. Daiches, R. L. Stevenson ; a Revaluation, Glasgow, 1947 ; R. L. Stevenson and His World, Londres, 1973

M. Le Bris, Robert Louis Stevenson, N.I.L., Paris, 1994

M. C. Maclean, La France dans l'œuvre de R. L. Stevenson, Paris, 1936

I. S. Saposnik, R. L. Stevenson, New York, 1974.

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Autres références

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La ville d'Apia, située sur la côte nord de l'île d'Upolu, dans l'océan Pacifique Sud, est la capitale des Samoa depuis 1959 . Son observatoire, les bâtiments de l'Assemblée législative et une station de radio se trouvent sur la péninsule de Mulinuu, un promontoire qui sépare le port d'Apia de la baie de Vaiusu. L'auteur écossais Robert Louis Stevenson passa la dernière année de sa vie à Apia ( […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/apia/#i_38470

Pour citer l’article

Jean-Georges RITZ, « STEVENSON ROBERT LOUIS - (1850-1894) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 juillet 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-louis-stevenson/