ANGLAIS (ART ET CULTURE)Littérature

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le roman contemporain

La publication, en 1922, de Ulysses changea radicalement la conception du roman. Joyce avait révélé les possibilités illimitées offertes par le jeu avec et sur le langage. Dès les années 1930, cependant, les romanciers anglais réagissaient contre les innovations de leurs grands prédécesseurs, pour en revenir aux formes du roman traditionnel. Puis le mouvement d'oscillation se poursuivit, entre le modernisme, marqué par la recherche formelle, et une tradition à dominante réaliste. L'engagement politique fut suivi d'une forte désillusion. De nombreux écrivains se tournèrent alors vers un libéralisme teinté de conservatisme. L'esprit d'expérimentation et d'audace semblait s'être éteint pour de bon. On cultiva la nostalgie du passé, une valeur sûre. Les années 1950 virent un retour en force du réalisme, avec « les jeunes hommes en colère » (The Angry Young Men). Cependant, l'utilisation de cette tradition fut moins unanime qu'on voulut bien le dire et, au début des années 1960, époque où le roman comme la critique se livraient, en France, à de multiples expérimentations, les écrivains anglais se mirent à leur tour à questionner et subvertir l'héritage de leurs prédécesseurs réalistes aussi bien que modernistes. Le « postmodernisme » émergeait. Ce terme tente d'englober la variété et la complexité des écritures contemporaines ; par jeu, sa date de naissance a été fixée au 22 novembre 1963, jour de l'assassinat du président Kennedy : « Cette date marqua symboliquement la fin d'une certaine sorte d'optimisme et de naïveté dans notre conscience collective, la fin de certaines vérités et de certaines assurances qui avaient contribué à définir la notion de ce que la fiction devait être » (Larry McCaffrey).

Dès les années 1980, on assiste à l'émergence d'un roman planétaire qui vient d'Inde aussi bien que du Pakistan, du Nigeria comme des Caraïbes. Le début du xxie siècle a vu se confirmer ce phénomène que la spéculation des éditeurs sur l'intérêt des lecteurs pour une actualité en constant changement ne fait qu'accroître.

Retour au réel

En 1938, Cyril Connolly constatait, dans Enemies of Promise, le déclin des mandarins, ceux dont la prose savante prétendait rivaliser avec le vivant. Leur succédaient les vernacular, « tenants de la langue parlée, familière et brutale, et de la vision du monde qu'elle était propre à exprimer ». L'époque où « le voile trembla », où pouvait surgir un texte sacré, était tôt révolue de ce côté de la Manche. Dès 1919, Pound avait quitté l'Angleterre, où l'humeur n'était plus au cosmopolitisme ; Joyce avait d'emblée choisi l'exil : il ne troublait guère les esprits ; Virginia Woolf avait sombré dans l'oubli bien avant ce jour d'été de 1941 où elle se laissa glisser dans la fluidité glauque de l'eau.

Après les audaces des tentatives formelles, c'était le retour à une tradition réaliste abondamment illustrée au xixe siècle. Dans les années 1930, plusieurs intellectuels, en rébellion contre les valeurs d'une classe sociale trop policée, découvraient la vitalité de la classe ouvrière et renonçaient aux obscurités d'une langue recherchée, pour rapprocher masses et cultures. En 1939, Stephen Spender publiait un pamphlet intitulé Nouveau Réalisme. Naissaient à la même période le Club du livre de gauche et le Mouvement d'observation de masse, qui rassemblait des milliers de témoignages sur la vie quotidienne du citoyen moyen. Il ne s'agissait plus de « s'éveiller du cauchemar de l'Histoire », mais bien d'agir sur l'Histoire, d'accéder à une conscience politique, comme en témoignent les préoccupations d'engagement et de solidarité dans les œuvres de George Orwell, Graham Greene, Christopher Isherwood ou Edward Upward. Reportages, autobiographies ou journaux (A Berlin Diary, 1930 ; The Road to Wigan Pier, 1937, etc.), dans un style direct et dépouillé, étaient en honneur. Il n'est que d'évoquer le talent de journaliste d'un Greene qui, à partir de 1938, n'a pas cessé de promener le miroir du reportage sur tous les points chauds du globe (le Mexique en révolution, Londres sous les bombardements du Blitz, l'Indochine sous la rébellion viêt-minh, l'Amérique du Sud refuge des nazis, Haïti terre des tontons macoutes), utilisant la forme du roman policier ou d'espionnage pour traiter de cela seul qui lui importe, les [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 42 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Médias

Chaucer à cheval

Chaucer à cheval
Crédits : Hulton Getty

photographie

William Shakespeare

William Shakespeare
Crédits : Fine Art Images/ Heritage Images/ Getty Images

photographie

Milton, Le Paradis perdu

Milton, Le Paradis perdu
Crédits : De Agostini/ Getty Images

photographie

Alexander Pope

Alexander Pope
Crédits : Universal History Archive/ Universal Images Group/ Getty Images

photographie

Afficher les 29 médias de l'article

Écrit par :

  • : agrégée, professeur de littérature anglaise (théâtre) à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : écrivain, professeur de littérature anglo-américaine
  • : ancien élève de l'École supérieure, professeur de littérature anglaise à l'université de Paris-VIII, directeur à la Direction du livre et de la lecture
  • : professeure des Universités en littérature britannique contemporaine et en littératures postcoloniales à l'École normale supérieure de Lyon, membre de l'Institut universitaire de France
  • : écrivain, critique littéraire
  • : maître assistant d'anglais, agrégée, docteur d'État, professeur à l'université de Paris-Nord
  • : ancien professeur à l'université de Rome

Classification

Autres références

«  ANGLAIS ART ET CULTURE  » est également traité dans :

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Vue d'ensemble

  • Écrit par 
  • Barthélémy JOBERT
  •  • 1 108 mots

Il est significatif que les deux ouvrages les plus importants consacrés au particularisme marqué de l'art anglais, à son caractère unique au sein de l'histoire de l'art occidental, et en tout cas les premiers à poser délibérément cette question et à en faire l'objet principal de leur réflexion, L'« Anglicité » de l'art anglais et Les Antécédents idéologiques de l […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Langue

  • Écrit par 
  • Guy Jean FORGUE, 
  • Hans KURATH
  •  • 6 441 mots
  •  • 2 médias

L'anglais est une langue germanique qui, par sa structure, appartient à la catégorie des langues indo-européennes. Il est étroitement apparenté au frison, au hollandais, au bas allemand qui, avec le haut allemand, constituent le groupe occidental des langues germaniques.Importé dans les îles Britanniques dès le ve siècle par les envahisseurs venus du […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Peinture

  • Écrit par 
  • Jacques CARRÉ, 
  • Barthélémy JOBERT
  •  • 8 177 mots
  •  • 13 médias

La peinture anglaise est souvent évoquée avec condescendance de ce côté-ci de la Manche – quand elle n'est pas complètement ignorée. On y discerne seulement, entre deux abîmes de médiocrité, un bref « âge d'or » allant de 1750 à 1850 et culminant avec Turner. Pour comprendre comment cette présentation caricaturale a pu longtemps être crédible, il faut aborder de front le reproche habituel fait à l […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Aquarelle

  • Écrit par 
  • Jacques CARRÉ
  •  • 3 838 mots
  •  • 2 médias

Dupremier voyage de John Robert Cozens en Italie en 1776 à la mort de Turner en 1851, l'Angleterre a connu un âge d'or de l'aquarelle. Cette technique picturale, auparavant réservée au dessin topographique et architectural, a brusquement connu la faveur des artistes et de leurs clients au moment où les voyage […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Sculpture

  • Écrit par 
  • Paul-Louis RINUY
  •  • 2 368 mots
  •  • 4 médias

La « sculpture anglaise » existe-t-elle vraiment ? Si l'on a évidemment pratiqué de tout temps la sculpture en Angleterre, l'expression ne prend corps qu'à l'âge contemporain avec l'invention de la sculpture moderne. Le xxe siècle est en effet marqué par une véritable effervescence de la création sculpturale en Angleterre, phénomène qui a été analysé […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Architecture

  • Écrit par 
  • Monique MOSSER
  •  • 7 822 mots
  •  • 29 médias

L'architecture anglaise reste étrangement méconnue en France. Or le développement de cet art au cours des quatre siècles qui vont de la Renaissance à l'orée des temps contemporains, de l'avènement d'Élisabeth à la mort de Victoria, prouve qu'à côté de l'Italie et de la France l'Angleterre fut une des terres les plus fécondes en grands praticiens et en mo […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Musique

  • Écrit par 
  • Jacques MICHON
  • , Universalis
  •  • 6 932 mots
  •  • 8 médias

Les arts sont les témoins des civilisations et sont, comme elles, largement façonnés par le contexte géographique et historique qui les voit naître et se développer. La musique anglaise n'échappe pas à cette loi.Protégée de l'influence immédiate de ses voisins les plus proches par l'existence entre elle et eux d'un bras de mer, c'est en son propre terroir qu […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Cinéma

  • Écrit par 
  • N.T. BINH
  •  • 3 487 mots
  •  • 4 médias

Depuis ses origines, le cinéma britannique s'épanouit dans la contradiction – un peu comme l'humour anglais, que l'on caractérise comme conformiste d'un côté, iconoclaste de l'autre. On le déclare périodiquement « fini » pour mieux parler de ses « renaissances » ; les généralisations sont tentantes, souvent réductrices, parfois abusives, car à bien des égards, cette cinématographie reste déroutant […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Elisabeth ANGEL-PEREZ, Jacques DARRAS, Jean GATTÉGNO, Vanessa GUIGNERY, Christine JORDIS, Ann LECERCLE, Mario PRAZ, « ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Littérature », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anglais-art-et-culture-litterature/