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ANGLAIS (ART ET CULTURE) Littérature

Renaissance et floraison élisabéthaine

Caractère de la Renaissance anglaise

La Renaissance pénétra en Angleterre avec une grande lenteur ; et la Renaissance religieuse, c'est-à-dire la révolte contre le catholicisme intellectuel et scolastique, devança la renaissance littéraire ; d'où l'absence dans cette dernière de la sérénité païenne et, en revanche, sa participation aux tendances calvinistes de la Réformation. Cela explique aussi son attitude à l'égard de l'Italie, attitude partagée entre l'admiration et une méfiance qui frise l'indignation, et qu'on peut bien saisir dans Le Maître d'école (The Schoolmaster, 1570) de Roger Ascham (1515-1568) et dans Le Voyageur infortuné (The Unfortunate Traveller, 1594) de Thomas Nashe (1567-1601). Un autre fait capital permet de comprendre le caractère exubérant, maniériste et baroque de la littérature qui fleurit sous Élisabeth. L'exemple de sir Thomas Wyatt (1503-1542) et de Henry Howard, comte de Surrey (1517-1547), qui, dans la première moitié du xvie siècle, importèrent directement d'Italie le sonnet de Pétrarque déjà nuancé du concettismo de Serafino Aquilano, n'eut pas de suite, et lorsque Thomas Watson (1557 env.-1592 env.) et sir Philip Sidney (1554-1586) créèrent la vogue du sonnet élisabéthain à la fin du siècle, l'œuvre de la Pléiade était accomplie, et les noms de Ronsard, Du Bellay, Desportes étaient non moins célèbres que ceux des poètes italiens. Ainsi les Anglais ne recueillirent-ils de la Renaissance italienne que la phase finale, lorsque l'astre du Cavalier Marin avait déjà paru à l'horizon. L'introduction des coutumes et des modes d'Italie, soit directement, soit par l'intermédiaire de la France, modifia profondément la culture et la façon de vivre des classes supérieures anglaises. Déjà, à la cour d'Henri VIII, Le Courtisan de Baldassarre Castiglione et Le Prince de Machiavel avaient trouvé des disciples. À la fin du siècle, une foule de traductions acheva de mettre l'Angleterre au diapason de la Renaissance. Cette hâtive assimilation aboutit au phénomène de l' euphuisme, ainsi nommé d'après le titre d'un roman de John Lyly (1554 env.-1606), Euphues ou l'Anatomie de l'esprit (Euphues or the Anatomy of Wit, 1578) ; ce langage sophistiqué remontait en définitive au Filicolo (L'Amoureux de l'Amour) de Boccace.

L'Arcadia (publiée en 1590) de sir Philip Sidney est d'inspiration analogue. C'est un essai assez naïf d'analyse des sentiments au moyen d'un réseau de subtilités pétrarquistes et alexandrines. Les sonnets d'Astrophel and Stella offrent un curieux exemple du caractère attardé des sonnets de la littérature anglaise. D'un côté Sidney déclare écouter seulement la voix du cœur, selon l'invitation de Joachim Du Bellay (Contre les Pétrarquistes), de l'autre il écrit dans le style en vogue aux environs de 1580, quand Du Bellay et Ronsard avaient adapté leur manière à la dernière mode italienne. Cependant, les sonnets de Sidney ne sont pas d'un imitateur servile ; pénétration psychologique et mouvements passionnés lui méritent le titre de Pétrarque anglais.

De même que Chaucer, par rapport à Boccace, semblait représenter un retour au Moyen Âge, de même Edmund Spenser par rapport à l'Arioste, auquel La Reine des fées (The Faerie Queene, 1590-1596-1609) doit tant. Le poème de Spenser est tout pénétré d'allégories qui se superposent au poème de l'Arioste. Serait-ce donc la nouveauté de Spenser d'avoir présenté sous une forme allégorique le poème épique romanesque ? Mais il faut ajouter que l'allégorie ne constitue chez lui qu'une surface voyante, alléchante. Plus profondément, comme G. S. Lewis l'a remarqué dans The Allegory of Love[...]

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Écrit par

  • : agrégée, professeur de littérature anglaise (théâtre) à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : écrivain, professeur de littérature anglo-américaine
  • : ancien élève de l'École supérieure, professeur de littérature anglaise à l'université de Paris-VIII, directeur à la Direction du livre et de la lecture
  • : professeure des Universités en littérature britannique contemporaine et en littératures postcoloniales à l'École normale supérieure de Lyon, membre de l'Institut universitaire de France
  • : écrivain, critique littéraire
  • : maître assistant d'anglais, agrégée, docteur d'État, professeur à l'université de Paris-Nord
  • : ancien professeur à l'université de Rome

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Chaucer à cheval - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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