Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

ANGLAIS (ART ET CULTURE) Littérature

Des poètes métaphysiques à la satire

John Donne et Milton

Au début du xxe siècle, un nom nouveau, celui de John Donne (1572-1631), s'est insinué et imposé entre Shakespeare et Milton, succession traditionnelle dans les histoires littéraires ; le profil de la littérature anglaise s'en est trouvé changé. On a même soutenu que dans cette littérature les seules forces comparables à l'influence de John Donne sont celles de Shakespeare, en permanence, et de Milton pendant le xviiie siècle. C'est le subtil mélange de raisonnement et de passion en Donne qui a fasciné les modernes, son chant qui n'a pas un essor rectiligne, mais qui est sinueux et tourmenté, sa pensée qui devient appréhensible par le sens, comme l'a dit T. S. Eliot, enfin sa réaction contre le vers mélodieux, qui a quelque ressemblance avec la conception de ces compositeurs modernes suivant laquelle la « dissonance » de la théorie classique est envisagée comme une consonance nouvelle et étrange.

Milton, Le Paradis perdu - crédits : De Agostini/ Getty Images

Milton, Le Paradis perdu

Il va sans dire que l'âge moderne, prédisposé à vibrer à l'unisson de Donne, ne pouvait apprécier la traditionnelle musique d'orgue de Milton (1608-1674). Ezra Pound trouvait l'auteur du Paradise Lost (1667) « rhétorique » et « mélodramatique » ; T. S. Eliot, dans une Note on the Verse of John Milton(désavouée, il est vrai, depuis) remarquait que la culture livresque avait modifié l'originelle sensualité du poète, que son langage est artificiel et conventionnel, qu'enfin, il écrit l'anglais comme une langue morte, en sacrifiant tout à des effets musicaux, de sorte que sa poésie n'est qu'un « divertissement solennel ». L'influence italienne, en particulier de la poétique du Tasse et de sa versification dans une longue scène du drame Torrismondo, en est en grande partie responsable, mais les critiques d'Eliot nous aident à classer Milton parmi les champions de la dernière phase de l'humanisme, qui devance la manière néo-classique de la fin du xviiie et du commencement du xixe siècle.

Milton ne fut pas, du reste, le seul poète anglais du xviie siècle à s'approcher de la régularité et de l'inspiration savante de la littérature italienne. Ben Jonson l'avait précédé, en donnant le premier l'exemple d'un traitement du distique héroïque (heroic couplet) qui triompha avec Pope. En général, les poètes mineurs de ce siècle subissent une double influence, celle de Donne pour les inventions alambiquées et celle de Ben Jonson pour l'art de versifier. Elle se fait surtout sentir chez les Cavalier Poets – Thomas Carew, sir John Suckling, Richard Lovelace et Robert Herrick (1591-1674), auteur de frais madrigaux dans sa jeunesse (Hesperides, publié en 1648) et dans l'âge mûr de Rimes saintes (Noble Numbers, 1647) –, tandis que les « métaphysiques » continuent la manière de Donne : George Herbert (1593-1633), qui tire des applications morales de l'aménagement d'une église (The Temple, 1633), donne à la manière métaphysique un coloris dévot et parfois terre-à-terre ; Richard Crashaw (1612-1649), dans Les Marches du temple (Steps to the Temple, 1646), combina l'inspiration de Donne avec le concettismo plus sensuel et superficiel de Marino, et donna, avec Le Cœur de flamme (The Flaming Heart), un des chefs-d'œuvre de la poésie baroque. Les poésies de Henry Vaughan (1622 env.-1695), au milieu de bien des vers piétistes et didactiques, contiennent des éclairs d'intuition mystique (Silex Scintillans, 1650) ; chez Andrew Marvell (1621-1678), un puritain, l'on trouve des accents de volupté extatique au contact de la nature (comme dans les poésies « Upon Appleton House » et « The Garden ») et les premiers frissons d'un goût pour l'exotisme (dans le charmant petit poème « Bermudas »). Enfin, Abraham Cowley (1618-1667),[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : agrégée, professeur de littérature anglaise (théâtre) à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : écrivain, professeur de littérature anglo-américaine
  • : ancien élève de l'École supérieure, professeur de littérature anglaise à l'université de Paris-VIII, directeur à la Direction du livre et de la lecture
  • : professeure des Universités en littérature britannique contemporaine et en littératures postcoloniales à l'École normale supérieure de Lyon, membre de l'Institut universitaire de France
  • : écrivain, critique littéraire
  • : maître assistant d'anglais, agrégée, docteur d'État, professeur à l'université de Paris-Nord
  • : ancien professeur à l'université de Rome

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Chaucer à cheval - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Chaucer à cheval

William Shakespeare - crédits : Fine Art Images/ Heritage Images/ Getty Images

William Shakespeare

Milton, Le Paradis perdu - crédits : De Agostini/ Getty Images

Milton, Le Paradis perdu

Voir aussi