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SONNETS, Louise Labé Fiche de lecture

Les Euvres de Louïze Labé, Lionnoise (vers 1524-1566) ont été publiées en 1555 chez le libraire-imprimeur Jean de Tournes, à Lyon, puis rééditées en 1556 à Rouen. Elles comprennent un texte en prose « Débat de folie et d’amour », des « Poésies » (trois « Élégies » et vingt-quatre « Sonnets ») ainsi qu’un ensemble d’hommages poétiques de contemporains. Dans la « préface », dédiée à sa protectrice, « [Mademoiselle] C[lémence] D[e] B[ourges], L[yonnaise] », Louise Labé s’attaque aux « sévères lois des hommes » qui empêchent « les femmes de s’appliquer aux sciences et disciplines » ; elle exhorte les « vertueuses Dames » à « élever un peu leurs esprits par-dessus leurs quenouilles et fuseaux », de sorte que la femme soit vue « non en beauté seulement, mais en science et vertu » et puisse « passer ou égaler les hommes ». Après les plaintes des trois « Élégies », les vingt-quatre « Sonnets » illustrent la passion amoureuse en revendiquant l’égalité de la femme.

Née à Lyon vers 1524, d’un père artisan cordier d’origine italienne (Pierre Charly, dit Labé), surnommée « la Belle Cordière », Louise Labé a reçu une éducation humaniste, à l’italienne : elle brode, sait le latin et l’italien, chante, joue du luth, monte à cheval. Vers 1540-1542, elle épouse Ennemond Perrin, un riche marchand de cordes ; elle mène une vie libre et brillante à Lyon, ardent foyer de vie artistique à la croisée des cultures italienne (la Renaissance) et nordique (avec les imprimeurs allemands). Elle fréquente Pernette du Guillet, Clémence de Bourges ainsi que quelques hommes de lettres à l’école lyonnaise fondée par le poète Maurice Scève (1500-1560 env.). Elle meurt à Parcieux en 1566.

Si Louise Labé a bien existé, en revanche l’identité de l’auteure a été remise en cause en 2006 par une thèse érudite. Les Euvres de Louise Labé seraient une supercherie littéraire fomentée par des amis humanistes du prestigieux libraire-imprimeur Jean de Tournes, ceux-là mêmes qui, à la fin du volume, sous couvert de pseudonymes, ont « écrit à la louange » de la prétendue auteure.

Sous le signe de Pétrarque

Composés en pleine période de la Renaissance, les vingt-quatre « Sonnets » empruntent leur sujet (l’amour) et leur forme (le sonnet) au Canzoniere (1374) dans lequel Pétrarque chante son amour pour Laure de Noves. La poétesse reprend le sonnet de Pétrarque en quatorze décasyllabes, répartis en deux quatrains et un sizain divisé en deux tercets. À Clément Marot (1496-1544) et Pierre de Ronsard (1524-1585), elle emprunte l’alternance des rimes embrassées dans les quatrains (ABBA ABBA), plates, puis embrassées ou suivies dans les tercets (CCD EED ou EDE).

Les sonnets de Louise Labé pourraient avoir été inspirés par l’aventure amoureuse qu’elle aurait eue avec le poète Olivier de Magny (1529 env.-env. 1561). Ils illustrent la passion amoureuse selon le point de vue inédit d’une femme. Au dolce stilnuovo (« doux style nouveau ») dont Pétrarque est l’héritier, cet audacieux discours emprunte ses grandes figures rhétoriques (allégories, antithèses, hyperboles) et mythologiques (Vénus [V], mythe de l’Androgyne [VII], Orphée [X], Zéphir [XV], Diane et les nymphes [XIX]). À la charnière du neuvième vers (la « volta »), la poétesse renverse et dramatise le point de vue, le registre ou le thème choisi ; avec virtuosité, elle use de la pointe (le « concetto », au quatorzième et dernier vers), surprend par ses paradoxes en retournant sa situation d’amante (VII).

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Écrit par

  • : professeur agrégé, docteur en littérature française, écrivain

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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