Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

NASHE THOMAS (1567-env. 1601)

Écrivain anglais, né à Lowestoft (Suffolk). Fils d'un ministre de l'Église anglicane, Thomas Nashe reçoit sa formation à Saint John's College (Cambridge), qui lui confère le grade de Bachelor of Arts en 1586. Un an plus tard, il devient à Londres un des membres les plus en vue des university wits (parmi lesquels John Lyly, Christopher Marlowe, Robert Greene, Thomas Lodge et George Peele), première génération de jeunes écrivains professionnels en Angleterre, qui furent les prédécesseurs immédiats de Shakespeare. Vivant uniquement de sa plume, il mène une existence précaire ; de temps à autre, il réussit à s'assurer la protection de certains grands du royaume.

Esprit mordant, usant d'un style flamboyant aux effets destructeurs, inspiré de la manière de Rabelais, il participe, en 1589-1590, à l'âpre controverse de « Martin Marprelate » en mettant sa plume au service de l'épiscopat anglican pour répliquer aux pamphlets des puritains. Son tempérament querelleur l'oppose, dans une féroce polémique personnelle, à l'érudit Gabriel Harvey, qu'il fustige par de cinglantes brochures : Strange Newes, 1592 (Étranges Nouvelles) et Have with you to Saffron-Walden, 1596 (Sus à vous). L'observation critique de la société de son temps fournit une abondante matière à ses dispositions satiriques : les travers humains autant que les modes littéraires sont impitoyablement dénoncés dans The Anatomie of Absurditie, 1589 (Anatomie de l'absurdité), tandis que Pierce Penilesse, 1592 (Pierre-sans-le-sou), son œuvre la plus célèbre, analyse les mœurs du temps selon le modèle traditionnel des péchés capitaux, incarnés par des portraits grotesques, première manifestation du « caractère » dans la littérature anglaise. Sa veine moralisante le conduit, dans Christs Teares over Jerusalem, 1593 (Les Larmes du Christ sur Jérusalem), à prophétiser le malheur de Londres, ville pécheresse à laquelle il tend un miroir où elle verra ses crimes.

Son humeur fantasque, alliée parfois à un certain sadisme, donne naissance à une œuvre romanesque inclassable, s'apparentant par certains aspects à la fiction picaresque : The Unfortunate Traveller, 1594 (Le Voyageur malchanceux), où la parodie comique et l'outrance burlesque voisinent avec une satire totale de la nature même de l'homme, où tout propos moral disparaît au profit d'une destruction jubilatoire. Très éclectique, Nashe publie également en 1594 The Terrors of the Night (Les Terreurs de la nuit), fruit de ses lectures variées sur les apparitions, les rêves, la démonologie, sujets dont la popularité lui paraissait garantir un succès de librairie.

Comme tous les university wits, Nashe voulut écrire pour le théâtre : Summers Last Will and Testament (Dernières Volontés et testament de Summers), comédie composée et représentée en 1592, met en scène le bouffon du roi Henri VIII, Will Summers, dans une sorte de masque satirique. La seule autre tentative dramatique de Nashe se solda par un désastre : sa pièce The Isle of Dogs, 1597 (L'Île aux chiens), terminée par Ben Jonson, fut jugée séditieuse, et l'auteur se vit contraint à la fuite. Il trouva refuge à Yarmouth, où il produisit sa dernière œuvre, Nashes Lenten Stuffe, 1599 (Propos de carême de Nashe), éloge du port de Yarmouth et célébration burlesque du hareng-saur, sur le modèle de l'éloge paradoxal. Après la publication de Summers Last Will (1600), on perd sa trace : il mourut sans doute dans l'année, puisqu'en 1601 une élégie de Charles Fitzgeffrey lui est consacrée.

À la fois apologiste de l'humanisme et impitoyable anatomiste soumettant la nature humaine au scalpel d'une satire absolue, Nashe reste une figure brillante et originale de la littérature élisabéthaine, dont certains aspects préfigurent à la fois la fantaisie de Sterne et la sombre vision[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : agrégée d'anglais, docteur ès lettres, professeur à l'université de Paris-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Littérature

    • Écrit par Elisabeth ANGEL-PEREZ, Jacques DARRAS, Jean GATTÉGNO, Vanessa GUIGNERY, Christine JORDIS, Ann LECERCLE, Mario PRAZ
    • 28 170 mots
    • 30 médias
    ...dans Le Maître d'école (The Schoolmaster, 1570) de Roger Ascham (1515-1568) et dans Le Voyageur infortuné (The Unfortunate Traveller, 1594) de Thomas Nashe (1567-1601). Un autre fait capital permet de comprendre le caractère exubérant, maniériste et baroque de la littérature qui fleurit sous...
  • ÉLISABÉTHAIN THÉÂTRE

    • Écrit par Henri FLUCHÈRE
    • 10 600 mots
    • 2 médias
    Robert Greene (1558 env.-1592), Thomas Nashe (1567-1601) et Christopher Marlowe (1564-1593) sortent, eux, de Cambridge. Greene et Nashe sont plus satiristes qu'hommes de théâtre. Le premier est célèbre par sa vie dévoyée et l'attaque qu'il lança contre Shakespeare dans sa confession rédigée avant de...
  • EUPHUISME

    • Écrit par Georges GRANJOUX
    • 1 589 mots
    ...ceux de la chapelle royale) ; leur ton est donc fort différent de celui des pièces du théâtre populaire de l'époque. En 1589, John Lyly fut employé, avec Thomas Nashe, par les évêques anglicans pour répondre par des pamphlets aux attaques de puritains publiant sous le pseudonyme collectif de Martin Marprelate....

Voir aussi