WATSON THOMAS (1557-1592)

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On ne sait pas au juste si Thomas Watson fit ses études à Oxford et son droit à Londres. Mais il apprit beaucoup de latin et de grec, car, en 1581, il transposa l'Antigone de Sophocle en latin, et cédant à ce penchant, il fit de même pour l'Aminta du Tasse en 1585, et pour L'Enlèvement d'Hélène de Colouthos (poète grec du ve s.) en 1586. Il traduisit aussi des madrigaux italiens en latin, en 1590, et composa la même année une élégie (mais cette fois dans les deux langues, latin et anglais) à la mémoire de sir Francis Walsingham (1530-1590), le subtil conseiller d'Élisabeth.

Mais son droit à figurer dans l'histoire littéraire anglaise repose sur ses poèmes « personnels ». D'abord la série intitulée The Hekatompathia or Passionate Centurie of Love (1582, La Centurie d'amour passionnée), composition divisée en deux parties : les souffrances d'amour de l'auteur, et l'adieu à l'amour et à sa tyrannie. Ce poète savant ne craint pas d'indiquer au début de chaque poème (il y en a cent, comme le titre l'indique) ses sources et ses procédés. Quelquefois, le poème en entier est une traduction — la plupart du temps de Pétrarque, mais aussi bien Watson va-t-il chercher son inspiration ailleurs, chez Ovide, Politien, le protégé de Laurent de Médicis, bien d'autres auteurs, et même Ronsard. À tout prendre, cette « centurie » passionnée ne l'est guère — chaque poème (qu'il appelle sonnet, mais qui n'en est pas un) est une curieuse strophe de dix-huit vers, trois quatrains et deux distiques rimés, et se présente comme un exercice de traduction, ou de mise en place savante de thèmes, de concetti, d'images déjà rebattues. On admire la rhétorique d'application du poète plus que son lyrisme, la maîtrise de sa technique plus que son émotion.

Et puis, il a composé une soixantaine de sonnets, The Tears of Fancy (1593, Les Larmes de l'imagination), tous inspirés de Pétrarque et de Ronsard, dont Shakespeare a pu se souvenir (les sonnets xlvi et xlvii de Shakespeare ont peut-être leur source dans les sonnets xix et xx de Watson). Il y a beaucoup de larmes dans ces sonnets, et il serait trop injuste de dire que ces larmes ne sont pas toujours des perles. Watson est de plain-pied dans la convention pétrarquéenne : il faut l'y laisser.

—  Henri FLUCHÈRE

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  • : doyen honoraire de la faculté des lettres et sciences humaines d'Aix-en-Provence

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Pour citer l’article

Henri FLUCHÈRE, « WATSON THOMAS - (1557-1592) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-watson/