ASCHAM ROGER (1515-1568)

Humaniste anglais du meilleur ton, qui gaspillait parfois son temps à jouer aux dés et qui assistait à des combats de coqs, Ascham était cependant un grave personnage et un grand érudit. Fort en langues classiques dès son admission à St. John's College (Cambridge), il y devint bientôt professeur de grec (1538). Mais il aimait les sports et surtout le tir à l'arc, d'où cet étonnant traité dialogué, à la manière de Platon, Toxophilus (1545), consacré à cet art qui assure la sécurité et la gloire de l'Angleterre : archery, le tir à l'arc. Les Français mentent, dit-il, lorsqu'ils prétendent que les Écossais sont de meilleurs tireurs que nous ! Mais ce qui est écrit à la gloire de l'arc et des flèches l'est aussi à la louange des exercices physiques. On y voit percer l'amour des jeux de plein air. Cet ouvrage a le charme d'un amour naïf pour la campagne (où tirer à l'arc ailleurs ?) et révèle un don réel d'observation. On ne lit plus guère ce traité, et c'est dommage. Il fit la réputation de Roger Ascham au point qu'il devint le tuteur de la princesse Elizabeth et qu'il servit dans cette même fonction lorsqu'elle fut reine. Entre-temps, et bien qu'il fût protestant, la reine Mary Tudor en fit son secrétaire latin, et il voyagea sur le continent.

Mais ce qui retient surtout notre attention, c'est son School-master, publié en 1570, après sa mort. Ouvrage capital, auquel d'innombrables « maîtres d'école » devaient se référer par la suite, épitomé de l'éducation des jeunes gentlemen. On dit que l'occasion du livre fut la fuite de quelques élèves d'Eton devant la menace du flogging (châtiment à coups de verge) pratiqué dans les écoles anglaises. Ascham part à la recherche d'un système d'éducation qui répudierait les punitions corporelles ; il est le premier à s'en indigner. De lecture agréable, ce traité est tout un programme humaniste, basé sur la conscience et la raison des Anciens. Sa prose élégante se complaît à quelques maniérismes de style, et servira de modèle aux prosateurs ultérieurs : elle a du charme, de la tenue. Ce pédagogue non dépourvu d'humour sait parfois se montrer souriant.

—  Henri FLUCHÈRE

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Écrit par :

  • : doyen honoraire de la faculté des lettres et sciences humaines d'Aix-en-Provence

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Henri FLUCHÈRE, « ASCHAM ROGER - (1515-1568) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/roger-ascham/