ALLEMAGNE (Histoire)Allemagne du XVIe et du XVIIe s.

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Entre 1519 et 1648 apparaissent en Allemagne de profondes transformations. Pendant qu'à l'ouest s'opère l'élaboration de puissantes monarchies, Espagne, France, Angleterre, persiste en Allemagne l'état féodal marqué par les progrès de l'oligarchie réduisant l'Empereur à l'impuissance et le peuple à la servitude. S'y ajoute au début du siècle la division religieuse, aux résonances sociales rapidement maîtrisées par les princes. C'est en Allemagne que Luther lance la secousse décisive qui va ébranler l'édifice romain et médiéval. L'Allemagne vit intensément – avec passion mais non sans dommages – tous les éléments politiques, économiques, sociaux et culturels du nouveau destin européen : ruine du rêve d'unité et d'hégémonie impériale des Habsbourg, apparition des nouvelles techniques de la finance, des transports, de la guerre, de l'information, consécutives aux grandes découvertes techniques et géographiques, modifications profondes des structures sociales et des mentalités, à la ville comme à la campagne, celles de la Renaissance et de l'humanisme, de la Réforme et de la Contre-Réforme, du baroque en art et en littérature. Au sein de ces courants, profonds et complexes, trois périodes peuvent être distinguées : le règne de Charles Quint (1519-1555), l'Allemagne après la paix d'Augsbourg (1555-1618), la guerre de Trente Ans, ses destructions et l'élaboration de nouvelles structures économiques et politiques (1618-1648), époque de gestation, douloureuse souvent, mais féconde dans le domaine du rayonnement spirituel sinon de l'expérience politique.

La situation au début du XVIe siècle

Le problème politique et l'élection impériale

À la fin du xve siècle, les efforts des empereurs pour doter l'Empire d'une constitution efficace ont échoué. Face à l'Empereur, à la petite noblesse, aux villes, aux paysans, les princes affirment leur puissance territoriale : Hohenzollern en Brandebourg, Wittelsbach dans le Palatinat et en Bavière, Wettin en Saxe, Zähringen en Souabe. Malgré l'établissement de la « Paix perpétuelle » (1485), celui de la Chambre impériale (Reichskammergericht), l'organisation des Cercles (Kreise), la tentative d'institution du Gemeine Pfennig, l'Empereur n'a ni armée ni finances ; les diètes sont fréquentes, verbeuses et impuissantes, les progrès administratifs sont réalisés à l'intérieur des principautés territoriales qui s'organisent en véritables États.

La mystique impériale demeure cependant puissante dans la mentalité populaire. Elle tend à s'incarner dans la maison des Habsbourg dont les possessions ceinturent l'Allemagne et qui pratique avec obstination une politique matrimoniale et dynastique dont, après le règne de Maximilien Ier (1493-1519), elle recueille les fruits. En 1519, à la mort de Maximilien, deux candidats, François Ier, roi de France, et Charles d'Espagne, briguent les suffrages des sept Électeurs auxquels revient, depuis la « Bulle d'or » (1356), le soin d'élire, à Francfort, le nouvel empereur. La puissance financière que représentent les Habsbourg soutenus par les Fugger, banquiers d'Augsbourg, le patriotisme allemand réveillé chez la noblesse inférieure, les intrigues de Henri VIII, roi d'Angleterre, et du pape Léon X, le ralliement de l'Électeur de Mayence, le péril turc, la crainte du « despotisme à la française » entraînent l'élection de Charles d'Espagne, le 28 juin 1519. Entre les deux rivaux va s'ouvrir la lutte pour l'hégémonie européenne.

L'humanisme et le problème religieux

On assiste en Allemagne au développement de l'humanisme : en Alsace, où l'école de Sélestat a formé Jean Geiler, prédicateur à la cathédrale de Strasbourg et où Jacques Wimpheling écrit la Germania qui entraîne une riposte de Thomas Murner, à Cologne, à Mayence, à Heidelberg, à l'abbaye de Sponheim sur la Moselle, à Fribourg où Zasius renouvelle l'étude du droit romain. À Bâle, rattachée aux cantons suisses, existe une puissante maison d'imprimerie et d'édition, dirigée par Jean Amerbach, puis par Jean Froben ; de même à Mayence et à Strasbourg ; à Stuttgart, Jean Reuchlin rénove les lettres hébraïques ; à Erfurt en Thuringe, à Nuremberg et à Augsbourg, forteresses européennes du capitalisme naissant, Willibad Pickheimer, Conrad Peutinger sont à la fois des hommes d'affaires et des savants. À Nuremberg, l'humanisme prend un caractère scientifique, scrute les mathématiques, l'astronomie. À Vienne se développe un humanisme attiré vers la science positive. Volontiers violent et agressif, cet humanisme tend à se confondre avec le sentiment national déjà vigoureux et se pénètre des rancunes des Allemands à l'égard de Rome.

La puissance des villes et l'évolution économique et financière

L'essentiel de la richesse, sinon de la puissance, demeure dans les villes : celles du Sud, avec Augsbourg et les Fugger, issues du trafic avec l'Italie, pénétrées des influences d'outre-monts, Nuremberg, patrie de Dürer, de Fischer, de Hans Sachs, de Martin Behaim ; celles du Nord, Hambourg, Lübeck, Stettin, Dantzig, cités de la Hanse dont la prospérité est menacée par des facteurs politiques – l'affermissement des États – et économiques – l'essor commercial des Hollandais et des Allemands du Sud. En 1494, les Fugger s'installent à Anvers, l'année suivante à Breslau, en 1496 à Lübeck, en 1502 à Stettin, Dantzig et Hambourg. Au siècle de la Hanse se substitue celui des Fugger.

Symboles d'une bourgeoisie dont ils ne sont pas les uniques représentants, les Fugger vont [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 10 pages

Médias de l’article

Luther

Luther
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

photographie

1500 à 1600. Expansion ibérique et Réforme

1500 à 1600. Expansion ibérique et Réforme
Crédits : Encyclopædia Universalis France

vidéo

Maximilien II, empereur d'Allemagne (1527-1576)

Maximilien II, empereur d'Allemagne (1527-1576)
Crédits : G. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

photographie

1600 à 1700. Les nouveaux conquérants

1600 à 1700. Les nouveaux conquérants
Crédits : Encyclopædia Universalis France

vidéo

Afficher les 6 médias de l'article


Écrit par :

  • : doyen de la faculté des lettres et sciences humaines de Strasbourg

Classification

Autres références

«  ALLEMAGNE  » est également traité dans :

ALLEMAGNE (Géographie) - Aspects naturels et héritages

  • Écrit par 
  • François REITEL
  •  • 8 234 mots
  •  • 5 médias

L'Allemagne, qui s'affirme au xixe siècle comme une grande puissance économique, surtout après la victoire de 1870-1871 sur la France, connaît à cette époque une explosion industrielle et urbaine. De nouvelles villes apparaissent dans les Reviere (régions industrielles). La Gründerzeit fait croire que l'expansio […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Géographie) - Géographie économique et régionale

  • Écrit par 
  • Guillaume LACQUEMENT
  •  • 12 050 mots
  •  • 7 médias

L'Allemagne de Berlin : différente et semblable : le titre de l'ouvrage du politologue Alfred Grosser (2002) exprime les paradoxes de la construction historique du pays et renvoie à leurs multiples implications sur l'organisation territoriale. Finalistes et déterministes, les théories explicatives du Sonderweg (la « voie particulière ») ne suffisent pas à ex […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne médiévale

  • Écrit par 
  • Pierre-Roger GAUSSIN
  •  • 14 149 mots
  •  • 7 médias

Plus de six siècles séparent la Germanie héritée des Carolingiens de cette « fédération de princes » qu'est l'Allemagne de la Réforme. L'histoire de cette longue période offre le contraste entre une politique vainement hantée par l'idée d'empire et la lente formation de la société allemande.Le […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne moderne et contemporaine

  • Écrit par 
  • Michel EUDE, 
  • Alfred GROSSER
  •  • 26 856 mots
  •  • 39 médias

On ne saurait exagérer l'importance de la date de 1648 dans l'histoire de l'Allemagne. Non que les traités de Westphalie, en dépit d'une légende tenace, aient instauré un « nouvel ordre européen » : ils sont avant tout un règlement des questions allemandes à l'issue de la longue période – quelque 1 […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - République démocratique allemande

  • Écrit par 
  • Georges CASTELLAN, 
  • Rita THALMANN
  •  • 19 315 mots
  •  • 6 médias

La Deutsche DemokratischeRepublik (D.D.R., en français R.D.A.) s'est comportée, de sa création en 1949 à la chute du Mur de Berlin en 1989, comme la démocratie populaire la plus fidèle à […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - République fédérale d'Allemagne jusqu'à la réunification

  • Écrit par 
  • Alfred GROSSER, 
  • Henri MÉNUDIER
  •  • 16 229 mots
  •  • 10 médias

Stabilité et changement rythment l'évolution de la république fédérale d'Allemagne (R.F.A.), fondée en 1949.Stabilité n'est pas synonyme d'immobilité. Le jeu des partis politiques allemands s'est considérablement simplifié en passant du pluralisme au tripartisme, en évoluant du centre droit vers le centre gauche après 1969 puis en revenant au centre droi […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - Le processus de réunification

  • Écrit par 
  • Henri MÉNUDIER
  •  • 2 709 mots
  •  • 4 médias

Pour la seconde fois en cent vingt ans, l'Allemagne retrouve son unité, en 1990. C'est la Prusse qui a unifié le pays après les guerres contre le Danemark, l'Autriche et la France. L'unité n'a été proclamée ni à Berlin ni même sur le territoire allemand, mais dans la galerie des Glaces du château de Versailles, le 18 janvier 1871, pendant que les troupes prus […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - L'Allemagne unie

  • Écrit par 
  • Anne-Marie LE GLOANNEC
  •  • 7 695 mots
  •  • 1 média

La guerre froide a fait de l'Europe un théâtre majeur des relations Est-Ouest, où s'affrontent États-Unis et Union soviétique. Au cœur de cette Europe, l'Allemagne, divisée, n'est pas souveraine, mais elle n'en est pas moins essentielle, en tant que pièce maîtresse de l'Alliance atlantique, principale […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - L'économie allemande depuis la réunification

  • Écrit par 
  • Hans BRODERSEN
  •  • 6 021 mots
  •  • 7 médias

La réunification économique interallemande de 1990 est-elle un échec, un semi-échec ou une réussite ? Quel bilan économique tirer après plusieurs décennies d'efforts pour intégrer les territoires de l’ancienne république démocratique allemande (RDA) dans la compétition mondiale ? L'Allemagne a-t-elle digéré ces efforts et sera-t-elle en mesure de maintenir, voire d'accroître, ses positions alors q […] Lire la suite

ALLEMAGNE - Les institutions

  • Écrit par 
  • Stéphane SCHOTT
  •  • 4 225 mots

Les institutions de la république fédérale d’Allemagne sont définies par la Loi fondamentale (L.F.), ou Grundgesetz, du 23 mai 1949. Pensé à l’origine comme une Constitution provisoire pour l’Allemagne de l’Ouest, le Grun […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Georges LIVET, « ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne du XVIe et du XVIIe s. », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/allemagne-histoire-allemagne-du-xvie-et-du-xviie-s/