ALLEMAGNE (Histoire)Allemagne du XVIe et du XVIIe s.

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La guerre de Trente Ans (1618-1648)

L'Allemagne, champ de bataille de l'Europe

La révolte de Bohême de 1618 peut être considérée comme le début de la guerre de Trente Ans. Mais il ne s'agit encore que de querelles entre États et princes. Le 23 mai 1618, les représentants de l'Empereur sont défenestrés à Prague, et l'aristocratie protestante se révolte contre la domination catholique. Les révoltés constituent un Landtag et un Directoire. Les Bohémiens déposent Ferdinand et élisent, comme chef de leur Union, Frédéric V, Électeur palatin, qui s'installe à Prague. Mais Ferdinand II est décidé à réagir. La France n'intervient pas. Frédéric V reste isolé. En 1620, ses troupes sont battues à la Montagne Blanche. La Bohême paie cher sa révolte ; elle est étroitement subordonnée à l'Empereur, roi de Bohême ; en Allemagne, Frédéric V continue la lutte, le Palatinat est occupé. Un tel succès des Habsbourg ne peut laisser l'étranger indifférent.

Christian IV de Danemark décide d'intervenir ; au même moment, Ferdinand II crée une armée commandée par Wallenstein, originaire de Bohême, s'occupant lui-même avec de Witte de l'entretien de ses troupes en les faisant vivre sur le pays. Il bat Christian IV qui signe la paix de Lübeck (22 mai 1629) ; celle-ci le laisse en possession de ses États, mais il est exclu des affaires allemandes. L'Empereur lance l'édit de Restitution qui lèse les intérêts protestants, surtout en Allemagne du Nord. En 1630, le roi de Suède Gustave-Adolphe débarque en Poméranie avec une armée. Trois raisons le décident : défense de son propre pays, extension de la domination suédoise dans la Baltique et défense du protestantisme allemand. Richelieu fournit les subsides. Gustave-Adolphe obtient un succès complet sur Tilly à Breitenfeld (1631). Les armées suédoises et protestantes libèrent l'Allemagne du Nord et pénètrent en Allemagne du Sud. Les Impériaux sont à nouveau battus à Lützen, mais Gustave-Adolphe est tué pendant la bataille. Pendant que les Suédois, sous la conduite d'Oxenstierna, décident de continuer la guerre, Wallenstein, qui a suscité la jalousie de l'Empereur, est assassiné par ses officiers. Mais les Suédois sont battus par les Impériaux à Nördlingen en automne 1634. L'Allemagne du Nord est rouverte à l'Empereur ; la Saxe se rallie en mai 1635 : la paix de Prague met fin à la guerre allemande.

La France, qui est intervenue d'abord en Italie, a occupé la Lorraine dès 1633, poussé jusqu'au Rhin pendant l'hiver 1634-1635. Des princes allemands entrent dans la clientèle française : l'Électeur de Trèves, Bernard de Saxe-Weimar et toute son armée, le landgrave de Hesse. Des villes d'Alsace font appel à la France. De nouveaux accords sont conclus avec la Suède. Il s'agit d'une lutte pour l'hégémonie européenne ouverte entre Bourbons et Habsbourg de Vienne et de Madrid.

À partir de 1640, les événements se précipitent. L'Espagne connaît de graves difficultés intérieures. Les Suédois et les Français prennent l'avantage en Allemagne. En 1648, les Français poussent à travers la Bavière jusqu'à l'Inn. Les événements militaires sont étroitement imbriqués dans les négociations diplomatiques.

Les traités de Westphalie, charte internationale (1648)

Nouée aux conférences de Münster et d'Osnabrück, la paix décide de la fixation des confessions au sein de l'Empire, des relations des États avec l'Empire, de l'Allemagne avec l'étranger.

1600 à 1700. Les nouveaux conquérants

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Traités de Westphalie

Photographie : Traités de Westphalie

Les traités de paix de Westphalie, signés à Münster et à Osnabrück et publiés le 24 octobre 1648, mettent fin à la guerre de Trente Ans. Exemplaire du prince électeur de Saxe. Staatsarchiv, Dresde. 

Crédits : AKG

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L'amnistie et la restitution prévalent. La constitution de l'Empire est remaniée et les droits de l'Empereur limités. Dans le domaine confessionnel, on en revient aux principes de 1555, mais en les étendant : on distingue le Corpus evangelicorum du Corpus catholicorum : tous deux doivent délibérer à part pour certaines questions. Le principe Cujus regio est maintenu. Le calvinisme est officiellement reconnu. La Suède et la France reçoivent des compensations territoriales, l'une en Allemagne du Nord, l'autre en Alsace. Metz, Toul et Verdun sortent de l'Empire. Les traités de Westphalie consacrent la prééminence des princes. L'Empereur est dépouillé de la plus grande partie de ses pouvoirs. L'Empire est morcelé dans d'innombrables souverainetés particulières, qui vont se développer en corps politiques indépendants et devenir en Europe de moyennes ou même de grandes puissances. La paix signifie la fin de la longue explication entre l'Empereur et les États. Préparée depuis longtemps, favorisée par les luttes religieuses et en partie par la guerre elle-même, s'impose dans la plupart des États allemands la forme constitutionnelle de l'absolutisme princier, autour duquel va s'opérer la reconstruction du pays.

Allemagne, 1648

Dessin : Allemagne, 1648

Le morcellement de l'Empire germanique après les traités de Westphalie (1648). 

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La guerre et la civilisation allemande : le baroque

Pendant plus d'une génération, la guerre a désolé l'Allemagne. Les pertes en vies humaines ne sont qu'un aspect du problème, il y a aussi les déplacements, les migrations, les brassages sociaux, phénomènes fort complexes.

On note une hausse considérable de la mortalité dont la première cause est l'épidémie, qui décime des familles entières, mais aussi la baisse du nombre des mariages pendant les troubles, la diminution de la natalité sinon des conceptions, en rapport avec la sous-alimentation et l'insécurité. Le dépeuplement n'est pas dû uniquement à la mort des individus, mais à leur changement de résidence, départs individuels ou collectifs pour une destination qui, à tort ou à raison, paraît plus favorable. Une distinction est à opérer entre les villes et les campagnes, celles-ci ayant plus souffert que les villes. Dans l'ensemble, d'après les travaux de Günther Franz, on peut dire que les trente années de guerre et les épidémies ont coûté à l'Allemagne 40 p. 100 de la population des campagnes et 30 p. 100 de celle des villes. Cette reconstruction manque de capitaux importants, de main-d'œuvre abondante et à bon marché, de progrès techniques décisifs, d'une politique économique à larges vues. Ainsi peut s'expliquer le retard constaté par certains historiens dans la vie économique allemande au siècle suivant.

Le recul du grand commerce se traduit par trois faits : le déclin de la Hanse, sauf Hambourg, malgré une tentative de reconstitution limitée en 1630, le recul de l'axe rhénan du fait de l'insécurité et des péages, la montée de l'Est avec l'essor de la Silésie, et de Leipzig qui tend à supplanter Francfort comme foire internationale. La paralysie générale du capitalisme commercial influe sur le développement de la grande entreprise, commencé à la fin du xvie siècle. Les conseils de ville interviennent pour défendre les corporations, empêcher l'établissement de monopoles, favoriser la création de magasins, interdir [...]

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1500 à 1600. Expansion ibérique et Réforme

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Maximilien II, empereur d'Allemagne (1527-1576)

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Pour citer l’article

Georges LIVET, « ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne du XVIe et du XVIIe s. », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/allemagne-histoire-allemagne-du-xvie-et-du-xviie-s/