ERTEGUN AHMET (1923-2006)

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Pendant plus de deux décennies, Ahmet Ertegun fut l'une des figures centrales de l'industrie phonographique américaine de l'après-guerre. Le personnage, haut en couleur et doté d'un insatiable appétit pour tous les plaisirs de la vie, cachait sous un sens aigu du commerce et un tempérament dominateur un raffinement rare dans le monde des affaires. Avec un flair quasi infaillible – seuls, parmi les grands, Elvis Presley et les Beatles ont réussi à lui échapper –, il a constitué le lien essentiel qui, pendant toute une époque, a uni le jazz et le blues au grand public.

Ahmet Ertegun naît à Constantinople (Istanbul) le 31 juillet 1923. Son père, Munir Ertegun, un proche de Mustafa Kemal Atatürk, mène en Suisse, à Paris, à Londres et à Washington une brillante carrière diplomatique. Le jeune Ahmet suit les cours du très huppé St. John's College d'Annapolis, dans le Maryland, aux États-Unis, puis étudie la philosophie médiévale à l'université de Georgetown (Washington, D.C.). Très tôt il fréquente les cercles artistiques – musiciens, peintres et écrivains amis de la famille – et s'immerge dans le monde du spectacle.

Ahmet Ertegun lance, avec Herb Abramson, deux petites maisons de disques, Quality et Jubilee, dont la production est destinée aux auditeurs noirs ; leur existence sera courte. Mais, toujours avec le même ami, il fonde à New York, en septembre 1947, Atlantic Records, qui, jusqu'à la fin des années 1960, s'imposera comme la plus importante des compagnies indépendantes dédiées au jazz, au rhythm and blues et à la soul music. Les premières étoiles de leur équipe (Tiny Grimes, Big Joe Turner, Ruth Brown, Erroll Garner...) sont bientôt relayées par des valeurs sûres du jazz comme Sidney Bechet, Don Byas, Dizzy Gillespie, Wilbur De Paris et Jimmy Yancey. Le succès se mue en triomphe commercial, dès le début des années 1950, avec des artistes qui se situent à la frontière du blues et du rhythm and blues : Joe Turner, Ray Charles, Aretha Franklin, Roberta Flack, Otis Redding... Assisté par les meilleurs compositeurs, arrangeurs et paroliers du temps, Ahmet Ertegun crée un « style Atlantic » qui étend son influence sur l'ensemble des musiques populaires américaines. En 1955, son frère aîné Nesuhi le rejoint à la tête de la société.

Directeur de plusieurs labels de la côte ouest, organisateur de concerts, journaliste et enseignant de l'histoire du jazz, Nesuhi va favoriser l'entrée chez Atlantic de jazzmen modernistes – Lennie Tristano, Lee Konitz, le Modern Jazz Quartet, Charlie Mingus –, poussant même l'audace jusqu'à l'avant-garde des années 1960 avec John Coltrane (Giant Steps, 1959 ; My Favorite Things, 1960), Ornette Coleman (avec ses célèbres albums The Shape of Jazz to Come et Change of the Century, 1959), Chick Corea, Dave Pike, Robin Kenyatta et Keith Jarrett.

Racheté en 1968 par Warner, le label Atlantic (qui constitue le « A » de W.E.A. : Warner-Elektra-Atlantic, devenu Warner Music Group) restera dirigé par les frères Ertegun. Il n'abandonne pas pour autant l'élite du jazz et enregistre Eddie Harris, Charles Lloyd, Yusef Lateef, Carmen McRae, Les McCann, Gary Burton, Roland Kirk, Jean-Luc Ponty... Atlantic s'impose cependant avec une force accrue dans le domaine du rock et de la soul. Les artistes qu'il s'attache – les groupes Led Zeppelin, Crosby, Stills, Nash and Young, Genesis, les Rolling Stones, les Bee Gees, Cream, Foreigner, AC/DC, [...]

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Pierre BRETON, « ERTEGUN AHMET - (1923-2006) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ahmet-ertegun/