LATEEF YUSEF (1920-2013)

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Audacieux, mystique, inclassable, le compositeur et multi-instrumentiste américain Yusef Lateef a mené jusqu’à l’aube de ses quatre-vingt-treize ans une très longue carrière avec une vitalité que rien ne semblait atteindre. Dès les années 1950, il fut un des premiers jazzmen à emprunter aux musiques du Moyen-Orient et d’Afrique. Ce goût pour la découverte qui constitue sa marque de fabrique lui valut d’exercer une influence marquante sur le jazz et notamment sur John Coltrane, alors également attiré par de nouveaux univers sonores.

Yusef Lateef – pour l’état civil William Emanuel Huddleston – naît à Chattanooga (Tennessee) le 9 octobre 1920. À Detroit, où sa famille habite à partir de 1925, il travaille le saxophone alto avec les professeurs de la Miller High School. Il y fait ses débuts, sous le nom de William Evans, au contact de musiciens aguerris, comme Milt Jackson, Paul Chambers, Elvin Jones et Kenny Burrell. En 1946, il s’établit à New York, joue dans des ensembles dirigés par Lucky Millinder – grâce à une recommandation de Lucky Thompson, autre musicien de Detroit –, Hot Lips Page et Roy Eldridge. Le saxophoniste effectue une importante tournée en 1949 au sein de l’orchestre de Dizzy Gillespie. Après un bref passage chez Count Basie, il retourne à Detroit poursuivre ses études de flûte, de hautbois et de composition à la Wayne State University. C’est alors qu’il se convertit à l’islam et adopte le nom de Yusef Lateef. De 1955 à 1959, il dirige un quintette qui accueillera de nombreux musiciens de Detroit, tels que Curtis Fuller, Wilbur Harden, Hugh Lawson, Louis Hayes, Oliver Jackson, Bernard McKinney, Terry Pollard ou encore Frank Gant. L’originalité de ses couleurs et de son style séduit Savoy Records qui publie une première série d’enregistrements. Yusef Lateef revient à New York en 1959, anime un quartette et se fait remarquer au côté de Charlie Mingus, puis du percussionniste Babatunde Olatunji.

En 1961, il signe, en tant que leader, un album fondateur intitulé Eastern Sounds (1961) sur lequel figure « Love Theme from Spartacus », une très belle version du thème du film Spartacus de Stanley Kubrick. En compagnie de Barry Harris (piano), Ernie Farrow (basse) et Lex Humphries (batterie), Yusef Lateef (saxophone ténor, hautbois, flûte) se libère d’un langage be-bop totalement maîtrisé, non pas grâce aux élans libertaires du free jazz, mais par des échappées vers le rock, le blues, le funk et surtout les musiques orientales. Il compose à cette époque pour le sextette de Cannonball Adderley et participe à ses tournées en compagnie de Nat Adderley et Joe Zawinul (1962-1964). Cela ne l’empêche pas de reprendre une nouvelle fois ses études – avec Allen Kimbler et Harold Jones –, d’enseigner à son tour le saxophone, et d’écrire une méthode de flûte. La musique savante du début du xxe siècle exerce sur lui une grande fascination. Son album Psychicemotus, sorti chez Impulse en 1965, mêle, avec la complicité du pianiste Georges Arvanitas, les univers d’Erik Satie et de Fats Waller.

Au fil des albums, le musicien s’exprime aux saxophones alto et ténor, mais aussi au basson, à la flûte et au hautbois. Il emprunte à l’Asie et à l’Afrique plusieurs instruments exotiques – l’arghoul (une sorte de hautbois) ainsi qu’une grande variété de flûtes en bois – et utilise des gammes propres aux musiques orientales qu’il détaille dans un ouvrage intitulé Repository of Scales and Melodic Patterns. Le son de Yusef Lateef est riche et fourni, avec de fréquents effets de « growl ». Volontiers « staccato », son jeu développe une large palette d’intonations et d’intensités. En parallèle, Yusef Lateef enseigne pendant de nombreuses années au Nigeria et, jusqu’à la fin des années 1970, au Mahattan Community College. À partir de la fin des années 1980, il se consacre de plus en plus à la composition d’œuvres conce [...]

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Pierre BRETON, « LATEEF YUSEF - (1920-2013) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/yusef-lateef/