VIETNAM

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Nom officielRépublique socialiste du Viêt Nam (VN)
Chef de l'ÉtatNguyen Xuan Phuc (depuis le 5 avril 2021)
Chef du gouvernementPham Minh Chinh (depuis le 5 avril 2021)
CapitaleHanoï
Langue officiellevietnamien
Unité monétairedông (VND)
Population98 678 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)331 236

Le Vietnam unifié

De l'unification à la crise des années 1980

L'idéologie et les ambitions du vainqueur

La chute du régime de Saigon est brutale. Le nouveau pouvoir se retrouve face à une situation extrêmement chaotique : immenses problèmes matériels, chômage galopant, marchés vides, services publics inactifs, millions de réfugiés sur les routes... Les comités populaires issus de la résistance clandestine s'emparent du pouvoir, en s'efforçant de mettre à leur tête des personnalités rassurantes ; mais le Parti communiste ne tolère aucun adversaire et le pluralisme politique s'efface rapidement. L'Église catholique se déclare prête à coopérer ; bouddhistes et caodaïstes se montrent beaucoup plus réservés.

Face à cette situation, les autorités de Hanoi vont dans un premier temps appliquer des politiques communistes orthodoxes. Symboliquement, Saigon est rebaptisée Hô Chi Minh-Ville. Un nouveau plan quinquennal est défini avec pour objectif de reconstruire le pays sur la base du socialisme et de remodeler la société (volonté de créer un « homme nouveau »). L'objectif économique premier est de retrouver les niveaux de production d'avant guerre. La priorité est donnée à l'industrie lourde ; l'ensemble du système bancaire est nationalisé dès juin 1975 ; les terres sont collectivisées dans le Sud. Le pays doit s'engager dans une « révolution scientifique et technique ».

Pour désengorger Hô Chi Minh-Ville et le delta du Mékong, les autorités renvoient 400 000 à 500 000 personnes dans leurs villages d'origine ou dans les « nouvelles zones économiques » créées pour des raisons économiques, mais aussi politiques, sur les plateaux du sud en particulier. La politique du contrôle des naissances est étendue à l'ensemble du territoire : il s'agit de ralentir une croissance démographique de l'ordre de 3 p. 100 par an.

Sur le plan institutionnel, l'unification des structures à l'échelle nationale se fait très rapidement. Le 25 avril 1976, des élections générales, contrôlées très étroitement par le Parti comme les scrutins antérieurs au Nord, sont organisées sur l'ensemble du territoire pour élire une nouvelle Assemblée nationale qui représentera les 49 millions de Vietnamiens recensés en février. Le 2 juillet, cette nouvelle Assemblée nationale déclare le pays officiellement réunifié : la République socialiste du Vietnam (R.S.V) est née. Les leaders du G.R.P. intègrent le nouveau gouvernement. En décembre 1976, lors de son IVe congrès, le Parti des travailleurs du Vietnam retrouve son nom originel (1930) de Parti communiste du Vietnam (P.C.V), toujours sous le leadership de Lê Duan.

En matière de politique étrangère, en 1975, malgré les difficultés avec le voisin chinois, il s'agit toujours de rechercher l'équilibre entre Pékin et Moscou. Mais l'idée est aussi de gagner le maximum de soutien sur l'échiquier international. Le Vietnam est admis dans le Mouvement des non-alignés (Lima, août 1975). Bien que l'association soit considérée comme un instrument de l'impérialisme américain, des discussions bilatérales s'ouvrent également avec certains membres de l'Association des nations du Sud-Est asiatique (A.S.E.A.N.). En août 1976, les relations diplomatiques sont établies avec la Thaïlande. De même, le dialogue continue ou reprend avec les États-Unis, le Japon et les pays occidentaux. Le veto américain levé, la R.S.V. fait son entrée à l'O.N.U en septembre 1977, après avoir été admise au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale et à la Banque asiatique de développement. L'Assemblée générale des Nations unies recommande à tous ses membres d'octroyer une aide généreuse au Vietnam pour faciliter sa reconstruction.

Le retournement de la situation : l'engrenage du début des années 1980

Néanmoins, la situation se détériore rapidement pour le pouvoir vietnamien. Les négociations avec les États-Unis achoppent, dès 1977, sur les questions des réparations de guerre et des soldats disparus. En 1978, sur fond de rapprochement entre Washington et Pékin, la rupture est définitive. Plus grave encore, les relations avec la Chine se sont détériorées. Le conflit va éclater par l'intermédiaire du terrain cambodgien. Soutenus par Pékin, qui voit dans le Cambodge un contrepoids régional contre le Vietnam soutenu par Moscou, les Khmers rouges interrompent brutalement, en avril 1976, les négociations engagées avec Hanoi sur un traité d'amitié et de délimitation de frontières. Les escarmouches frontalières se multiplient. Le Vietnam établit une relation privilégiée avec le Laos (traité de juillet 1977) et resserre ses liens avec Moscou.

En septembre 1977, alors que Pol Pot est reçu chaleureusement en Chine, son armée attaque le Vietnam en plusieurs points de la frontière. La visite de Lê Duan à Pékin en novembre est un échec : les combats s'intensifient. Le Cambodge rompt ses relations diplomatiques avec le Vietnam et rejette ensuite toute proposition de négociation. Hanoi resserre le contrôle sur le Sud et y nationalise le commerce privé en grande partie aux mains des Chinois de Cholon (mars 1978). Les rumeurs sur l'imminence d'une guerre provoquent un exode massif vers la Chine de Vietnamiens d'origine chinoise (Hoa), notamment dans le Nord. Pékin coupe totalement son aide économique. Le Vietnam demande alors son admission au Comecon en juin 1978 et, en novembre, un traité d'amitié et de coopération est signé avec Moscou. Mais Hanoi échoue à rassurer ses voisins de l'A.S.E.A.N. et Deng Xiaoping obtient parallèlement un ajournement de la normalisation des relations avec les États-Unis.

Le 25 décembre, le Vietnam lance une contre-offensive massive contre les Khmers rouges. Phnom Penh tombe dès le 7 janvier 1979 et le Vietnam instaure immédiatement des « relations spéciales » d'amitié et de coopération avec le nouveau Conseil révolutionnaire khmer qu'il a porté au pouvoir. En riposte, le 17 février 1979, la Chine attaque le Vietnam pour « lui donner une leçon ». Mais l'armée chinoise, malgré les grands dommages infligés aux provinces du nord du Vietnam, subit elle-même de lourdes pertes. La « leçon » est un échec et, le 6 mars, Pékin retire ses troupes et engage des négociations.

Fuite de Pol Pot, 1979

Photographie : Fuite de Pol Pot, 1979

L'armée vietnamienne est entrée au Cambodge en janvier 1979. L'ancien chef khmer rouge Pol Pot et des responsables de l'Angkar, le Parti communiste du Kampuchea, fuient, dans une zone non encore occupée par les forces vietnamiennes, en mai 1979. 

Crédits : Hulton Getty

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En quelques années, l'euphorie de l'unification est bien loin et la situation du Vietnam s'est fortement dégradée. Parallèlement aux conflits extérieurs, les premiers échecs économiques sont également patents. La collectivisation au Sud est un désastre et les « nouvelles zones économiques » démarrent difficilement. À la mi-1977, la priorité absolue est de parvenir, le plus rapidement possible, à une totale indépendance alimentaire. Les intempéries des années 1977-1978 (sécheresse et inondations) aggravent la situation, d'autant plus que l'aide extérieure a été, en grande partie, suspendue. L'opération lancée contre le Cambodge coûte cher ; puis le conflit avec la Chine provoque de nombreux dommages en mettant sur les routes un milli [...]

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Rizières en terrasses, Vietnam

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Pour citer l’article

Philippe DEVILLERS, Pierre-Bernard LAFONT,  NGUYÊN TRÂN HUÂN, Michèle PIRAZZOLI-t'SERSTEVENS, Matthieu SALOMON, Stéphanie SOUHAITÉ, Christian TAILLARD, « VIETNAM », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vietnam/