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THÉOLOGIE

Alain définissait la théologie « une philosophie sans recul ». Il voulait dire qu'elle manque d'indépendance critique, qu'elle est liée à un système de croyances, à un dogme, qu'elle accepte une orthodoxie, une autorité, une censure : vérité d'appareil, non vérité rationnelle. Berdiaeff insistait de même : la théologie est une « pensée collective » ; elle exprime la pensée d'un groupe, elle n'est pas libre de précéder, d'excéder, de déborder ce que pense le groupe : vérité d'adhésion, d'accord communautaire, non d'initiative et d'invention personnelles. De son côté, Fichte avait raillé la théologie des conciles, le procédé qui consiste à fabriquer du dogmatique par décrets, par ralliement aux opinions moyennes : « vérité mise aux voix », non vérité qui s'impose de soi. Ces critiques, ces querelles ne se comprennent que dans le cadre d'une certaine histoire : celle de l'Occident chrétien, celle d'une culture qui s'est donné deux pôles antithétiques, la foi, la raison, et qui ne les a conciliés provisoirement que pour les opposer ensuite d'autant plus violemment.

Logique et théologie

Conflits de la foi et de la raison

La conciliation produisait deux sortes de rationalité : une rationalité de la foi, un rationnel théologique ; une rationalité de la raison, un rationnel philosophique. Mais comme la foi l'emportait sur la raison, la théologie se subordonnait la philosophie. D'où la réaction des philosophes, leur émancipation, soit qu'ils n'admettent ni foi ni primat de la foi, soit qu'ils répartissent foi et raison en deux ordres séparés, soit qu'ils réservent une rationalité de la foi et militent cependant pour une raison pure, autonome, maîtresse de ses fins et de ses moyens, une raison qui rend raison d'elle-même sans recours à la foi. Attitude toujours un peu polémique du philosophe en rupture de théologie, attitude d'impatience, de méfiance, parfois d'hostilité. L'opposition finit par produire une philosophie comme antithéologie, une raison comme antireligion. Réduites aux rapports de la théologie et de la philosophie, les relations de la foi et de la raison n'ont jamais été tout à fait harmonieuses. La distinction des deux sciences était conçue pour les unir. Leur union a entraîné leur divorce.

Ces oscillations ou ces conflits sont parfaitement connus. Nous en vivons encore : le rationalisme, qui s'en défend, a lui-même une mémoire théologique. Ce qui est moins connu, et que Claude Geffré contribue à dévoiler (cf. L'Origine du mot, in chap. ii), c'est que la théologie (le mot et la chose, la chose avec le mot) s'est introduite dans la culture occidentale non par le christianisme, mais par le paganisme (hellénique ou hellénistique).

Naissance de la théologie

Platon ne mentionne le terme que dans son sens étymologique : « théologie » signifie discours ou propos sur Dieu, sur les dieux ; il ne l'utilise que pour répondre à la question : comment parler du divin, en bien parler, en parler comme un poète ?

Aristote est le premier à spécifier, à délimiter un savoir comme théologique. Mais il nomme théologie la « philosophie première », cette partie de la philosophie qui étudie les causes nécessaires, éternelles, immuables. Pour lui, la théologie est la plus haute des sciences théorétiques, les deux autres étant la mathématique et la physique. « Théologie », chez Aristote, désigne donc ce que nous appellerions ontologie, métaphysique. Cet usage a prévalu chez le stoïcien Cléanthe, chez l'historien Plutarque. Surtout, il a fleuri, il s'est épanoui dans le néo-platonisme tardif.

Proclus rédige des Éléments de théologie non pour systématiser un ensemble de mythes et de rites (ce qu'il fait à l'occasion, ce qu'il[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Autres références

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    • Écrit par Jean JOLIVET
    • 1 335 mots
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