Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

THÉOLOGIE

La théologie, science de la foi

Le temps n'est plus où la théologie pouvait légitimement revendiquer le titre de « reine des sciences » dans un système coordonné du savoir. L'avènement de la raison critique en philosophie, le développement des sciences modernes ont depuis longtemps ruiné cette prétention. Et, dans la société postreligieuse d'aujourd'hui, certains se demandent sérieusement si la théologie est autre chose que la fonction idéologique inévitable suscitée par toute grande religion et si elle a le statut scientifique suffisant pour pouvoir entrer en dialogue avec les autres disciplines du savoir humain. Il semble, d'ailleurs, que la fonction traditionnellement assumée par la théologie relève de plus en plus des diverses sciences des religions, qui connaissent un grand développement. La théologie ne serait alors plus que l'histoire des divers systèmes théologiques à travers les siècles. La théologie semble néanmoins toujours bien vivante. Si l'on en juge par le nombre des facultés où elle est enseignée, des congrès et des publications qui lui sont consacrés, elle constitue même une réalité sociale considérable. Il convient donc de se demander ce qu'elle dit d'elle-même, dans quelle mesure elle constitue un savoir autonome qui puisse rendre compte de ses principes et de ses méthodes. La théologie n'a de sens que par rapport aux doctrines de la religion particulière qu'elle thématise. Mais elle se définit par un langage rigoureux irréductible au simple langage religieux.

Bien qu'elle n'intéresse pas que le christianisme, mais aussi, notamment, le judaïsme et l'islam, c'est de son expression chrétienne qu'on traitera ici, en s'efforçant toutefois de l'envisager par-delà des divergences qui séparent encore la théologie catholique, la théologie orthodoxe et la théologie protestante, les clivages à l'intérieur de chaque Église pouvant être, en effet, plus importants que les barrières confessionnelles. Cette théologie chrétienne souffre nécessairement de la crise qui ébranle le christianisme face aux divers athéismes et à l'indifférence religieuse d'une société de plus en plus sécularisée. Elle connaît une crise des fondements comparable à celle qui atteint la philosophie. Même à l'intérieur des Églises, le rôle traditionnel de la théologie dite dogmatique est souvent contesté soit par une exégèse scientifique de plus en plus sûre d'elle-même, soit par les diverses sciences pratiques de l'agir chrétien. Mais, ainsi qu'à chaque grande étape de son histoire, la théologie aujourd'hui est plutôt invitée à une nouvelle naissance. Comme « science de la foi », elle ne peut plus se contenter de justifier et d'expliquer les énoncés traditionnels de la foi. Par un retour constant à ses sources bibliques, elle doit se livrer à une relecture herméneutique de sa propre tradition et à une reprise créatrice du message chrétien en fonction des interrogations de la pensée contemporaine. Comme dans le passé, le problème des rapports de la foi et de la raison est au cœur de la réflexion théologique. Cependant, à l'heure actuelle, il s'agit pour celle-ci d'un dialogue non seulement avec la raison philosophique, mais aussi avec les sciences de l'homme, dont elle doit prendre en compte les procédures et les résultats pour expliciter son propre statut critique. Enfin, le décalage entre les dogmes chrétiens et la pratique concrète du christianisme pose une grave question à la théologie qui ne doit jamais dissocier sa fonction « scientifique » d'une fonction prophétique.

Dans le champ moderne du savoir, le théologien fait l'objet d'une certaine condescendance. Il apparaît souvent comme le vestige respectable d'un monde révolu, mais, en fait, il reste le témoin, devant la raison[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Sorbonne

Sorbonne

Autres références

  • ABÉLARD PIERRE (1079-1142)

    • Écrit par Jean JOLIVET
    • 1 335 mots
    • 1 média

    Si l'œuvre et la carrière d'Abélard font de lui le type des premiers professeurs urbains, l'histoire de sa vie personnelle est singulière. Il vient parmi les tout premiers en trois domaines : philosophie, logique et théologiescolastique. Mais son apport dans ces deux dernières...

  • ÂGE DE LA TERRE

    • Écrit par Pascal RICHET
    • 5 143 mots
    • 5 médias
    Ce fut au milieu du iie siècle que la question du type de création prit une grande importance dans le cadre de polémiques avec les sectes gnostiques. Celles-ci avaient en effet soulevé un sérieux problème théologique : si toute chose avait une origine divine, comment le Dieu bon des Écritures...
  • ALBERT LE GRAND (1193?-1280)

    • Écrit par Édouard-Henri WÉBER
    • 1 720 mots
    En théologie, Albert peut apparaître moins original. Cependant, sa marque propre affecte tous ses ouvrages : Commentaires des Sentences de Pierre Lombard, des quatre Évangiles, de Job, des prophètes, de Denys le pseudo-Aréopagite (Noms divins, Théologie mystique, Hiérarchie céleste) ; Somme...
  • ANALOGIE

    • Écrit par Pierre DELATTRE, Universalis, Alain de LIBERA
    • 10 427 mots
    ...question centrale n'est pas celle de la pluralité des sens de l'être, mais celle de l'applicabilité des catégories ontologiques dans le domaine de la théologie. Abondamment illustrée dans les premiers commentaires médiévaux du De Trinitate de Boèce, cette problématique, non aristotélicienne, tient...
  • Afficher les 136 références

Voir aussi