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STYLE 1925

Le « style 1925 » tire son nom de l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes organisée à Paris en 1925. En France, il est souvent confondu avec ce qu'on appelle l'«  Art déco », précisément en souvenir de cette exposition, où la tendance traditionnelle, décorative, était la mieux représentée. Mais le style 1925 est aussi le mouvement moderne, tourné vers l'industrie, qui s'oppose à l'Art déco.

Si l'expression lo stile 1925 est adoptée en Italie, d'autres pays l'assimilent à une décennie : les années vingt, the nineteen twenties, die zwanziger Jahre. Aucune de ces expressions n'est vraiment satisfaisante. En effet, l'Exposition des arts décoratifs, qui, dans l'esprit des contemporains, devait témoigner de la vitalité de la création après l'Exposition universelle de 1900, qu'ils considéraient comme un échec, était décidée bien avant la Première Guerre mondiale. Programmée dès 1915, ajournée à plusieurs reprises, elle ouvre finalement en avril 1925. La date est flatteuse, au milieu des années 1920. En réalité, l'exposition réunit tout cet art décoratif né en réaction contre 1900, qui se développe sans transition après la guerre et rend son dernier souffle dans la grande parade : c'est l'Art déco. Elle fait une très faible place au mouvement qui, venant d'Écosse, d'Autriche, d'Allemagne, de Belgique, de Chicago, aboutit au Stijl, au Bauhaus, au constructivisme, à l'Esprit nouveau.

« 1909 est une année charnière, une année durant laquelle la Belle Époque est devenue notre grande époque », disait Georges Lepape. Mais en 1909, Paris découvre aussi les Ballets russes de Serge de Diaghilev et le manifeste du futurisme, dont l'auteur est le poète italien Marinetti, Picasso peint les paysages cubistes de Horta de Ebro, Braque le paysage de La Roche-Guyon : les bases du style 1925 sont en place. En 1930, le Salon des artistes décorateurs à Paris expose avec succès les artistes du Bauhaus de Weimar. La même année, l'Union des artistes modernes (U.A.M.), qui groupe « quelques artistes et artisans désireux de doter l'homme du xxe siècle d'un cadre raisonnable », organise sa première exposition au musée des Arts décoratifs. Le temps de vie du style 1925 s'écoule à peu de chose près entre ces deux dates : 1909 et 1930.

Aujourd'hui le style 1925 est confondu avec la mode « rétro », qui s'attache au meilleur et au pire de l'entre-deux-guerres. Le style 1925 avait auparavant subi l'inévitable rejet, favorisé par l'évolution politique et sociale des années trente, qui aboutit au grand conflit de 1939. À l'engouement suscité par la découverte de l'Art nouveau succède l'emballement pour 1925 : à Paris, sous l'impulsion de deux expositions Paris 09-29 au musée Galliera en 1957, Les Années « 25 » au musée des Arts décoratifs en 1966. En 1966 paraît le premier livre, qui aujourd'hui encore est le meilleur, sur cette époque : Stile 1925, par Giulia Veronesi. L'auteur, une journaliste et historienne d'art de Milan, a vécu la période dont elle parle. Elle en connaît les dessous, mais l'analyse avec rigueur. Si elle s'amuse des folies décoratives du Paris des années 1920, ses sympathies vont vers ceux qui proposent un art correspondant aux temps nouveaux. Elle rejoint en cela la thèse de François Mathey, qui concevait l'exposition du musée des Arts décoratifs en même temps qu'elle écrivait son livre. Expositions, livres, articles se multiplient après 1966. Ils suscitent un nouveau regard sur un environnement que l'on avait parfois conservé non sans honte, favorisent la redécouverte d'objets et de meubles relégués, et les sauvent de la destruction mieux qu'on ne le fit pour ceux de l'époque 1900.[...]

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Écrit par

  • : conservateur général honoraire du patrimoine, ancien conservateur en chef du musée des Arts décoratifs, Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Bibliothèque de la School of Art, Glasgow

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