JAKOBSON ROMAN (1896-1982)

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Roman Jakobson est un des plus grands maîtres de la linguistique du xxe siècle. Son œuvre, étonnamment nombreuse et variée, couvre une multitude de domaines, débordant souvent la linguistique au sens strict du terme. Fondateur, avec N. S. Troubetzkoy, de la phonologie moderne, représentant la forme la plus riche et la plus souple du structuralisme, il a, par son enseignement à Harvard et au M.I.T. (Massachusetts Institute of Technology), contribué à abolir les frontières entre la linguistique européenne et la linguistique américaine. Il a exercé, et continue à exercer, une profonde influence sur la linguistique générale (notamment la théorie de la grammaire générative, élaborée par N. Chomsky et M. Halle), les études slaves, mais aussi la sémiotique, l'anthropologie, la psychanalyse et les études littéraires.

Le cercle linguistique de Moscou : les préfigurations du structuralisme

Roman Jakobson est né à Moscou, le 11 octobre 1896. Il étudia à l'institut Lazarev des langues orientales, à la section de philologie de l'université de Moscou, et, après son départ de Russie, à l'université de Prague, dont il sera docteur en 1930. Dès sa jeunesse, il témoigne d'une grande variété d'intérêts (recherches sur le terrain, folklore, ethnographie russe). En 1915, il fonde, avec d'autres étudiants, le cercle linguistique de Moscou, dont il sera le président (1915-1920). La linguistique européenne était alors dominée par l'école des néo-grammairiens qui, dans le dernier quart du xixe siècle, avait obtenu des résultats spectaculaires dans l'étude de l'évolution phonétique des langues indo-européennes. Depuis, la majorité des linguistes s'étaient consacrés à la recherche des correspondances phoniques entre langues apparentées et à la reconstruction de formes plus anciennes, négligeant à peu près complètement l'étude du langage comme système de signes, comme moyen de communication. « [Nos] manuels... définissaient le langage comme un instrument de communication, mais leur attention se portait principalement sur le pedigree de ses disjecta membra. On n'y trouvait aucune réponse aux questions fondamentales : Comment opèrent les divers composants de cet outil ? Quelles sont les relations et interactions multiformes entre les deux aspects de tout signe verbal – son aspect sensible, perceptible, [le] signans... et son aspect intelligible, ou, plus proprement, traduisible, [le] signatum... ? » C'est à éclairer ces questions que Jakobson devait consacrer sa vie. Ne trouvant pas de réponse chez les linguistes officiels, il se tourna, avec ses amis du cercle linguistique de Moscou, vers d'autres horizons. Il découvrit Husserl, Saussure, des précurseurs méconnus comme Baudouin de Courtenay et Kruszewski. Toujours attentif aux mouvements artistiques d'avant-garde, il fut frappé par les théories cubistes ; de Braque, il cite la phrase : « Je ne crois pas aux choses, mais aux relations entre les choses », qui préfigure un des thèmes centraux du structuralisme. Il se lia d'amitié avec les poètes russes, Khlebnikov et Maïakovski, et c'est dans l'étude de certains traits du langage poétique qu'il commença à soupçonner que chaque langue possède un système de sons distinctifs, ou phonèmes. Le cercle linguistique de Moscou ne se limita pas à l'étude de l'aspect sonore de la poésie, et devint, avec l'Opoïaz de Leningrad (Société pour l'étude de la langue poétique), un des centres de l'école de critique littéraire dite du formalisme russe.

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Phonologie de Jakobson

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Fonctions du langage définies par Roman Jakobson

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  • : professeur de première classe à l'université de Paris-VIII, responsable du D.E.A. et de la formation de recherche en linguistique

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Pour citer l’article

Nicolas RUWET, « JAKOBSON ROMAN - (1896-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/roman-jakobson/