FOLKLORE

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Le folklore comme discipline est né à l'aube du xixe siècle. Alors que, dans la plupart des pays d'Europe, la réflexion folklorique a été préparée par un mouvement d'idées lié au préromantisme et opposé à l'esprit des Lumières, elle a surgi brusquement en France avec la fondation en 1804 d'une société savante, l'Académie celtique, qui se donna pour projet de recueillir les usages, les traditions, les dialectes populaires, les patois, les « monuments ». Grâce aux textes qu'elle publia, on peut comprendre les raisons de l'émergence de la réflexion folklorique en Europe à cette époque. La réflexion ethnologique est née, quant à elle, dès le xvie siècle, du choc affectif et intellectuel provoqué par la découverte du Nouveau Monde ; l'ethnologie put dès lors se développer en raison de la distance spatiale qui s'interposait entre l'observateur et le champ de ses observations. Les traditions populaires, qui, jusqu'à la fin du xviiie siècle, étaient considérées comme des superstitions par les théologiens et comme des aberrations de l'esprit humain par les humanistes, devinrent un objet digne d'intérêt à condition qu'elles fussent éloignées non pas dans l'espace, mais dans le temps. Hissées au rang de vestiges d'une antiquité nationale, elles sont alors regardées à la fois comme dignes du plus grand respect et comme dépourvues d'un sens interne, puisque celui-ci s'est évanoui avec la disparition du système social et religieux dont elles faisaient partie. « Des superstitions aux survivances », cet a priori a pesé lourd dans l'histoire du folklore comme discipline, une discipline qui s'est élaborée sur des bases en partie scientifiques, en partie idéologiques. En revanche, le contenu même du folklore, dans sa réalité actuelle, est de nature mythique, non qu'il constitue une mythologie organisée en système, mais plutôt un matériau mythique avec lequel on peut créer des formes diverses à fonctions multiples : croyances, pratiques, rituels, contes, légendes, etc. C'est en ce sens qu'il faut comprendre le terme proposé en 1846 par l'Anglais William Thoms : folk-lore, « savoir du peuple », mais entendu comme un savoir de nature mythique largement issu de l'inconscient.

Histoire du folklore comme discipline

Il est important de tenter de retracer la préhistoire de l'étude du folklore pour en saisir la spécificité. Lorsque cette discipline est née, au début du xixe siècle, l'ethnologie, en effet, existait déjà, même si elle n'en portait pas encore le nom. Elle s'était constituée à partir de la découverte au xvie siècle du continent américain. Avec stupeur on avait appris alors l'existence d'une autre humanité vivant à l'extrémité de la Terre dans l'ignorance de la religion chrétienne. Au xviiie siècle, grâce aux récits des voyageurs qui commencent à affluer, la réflexion ethnologique devient plus scientifique. Comme le dit Claude Lévi-Strauss, « l'Europe sait, désormais, qu'il y a d'autres formes de vie économique, d'autres régimes politiques, d'autres usages moraux et d'autres croyances religieuses que ceux qu'on avait cru jusqu'alors fondés sur un droit et une révélation d'origine également divine, et dont on pouvait seulement soit jouir, soit être privé ». C'est à la fin du xixe siècle que les « sauvages » et les « barbares » perdent leur caractère de curiosités exotiques, tandis que leurs sociétés deviennent un sujet d'étude systématique pour les ethnographes et les ethnologues. À travers une histoire longue de quatre siècles restent constants l'un des fondements et l'une des exigences de cette discipline : l'éloignement dans l'espace de son objet d'étude. Aussi peut-on affirmer qu'il n'y a pas de continuité logique entre le développement de l'ethnologie et la naissance du folklore, puisque celui-ci concerne la propre culture de l'observateur.

Ce n'est qu'à partir du dernier tiers du xviiie siècle que la « réflexion folklorique » se développe dans la plupart des pays européens. En Angleterre, deux publications, à peu près contemporaines, apportent à un public déjà prêt sans doute à les accueillir des matériaux propres à satisfaire une nouvelle sensibilité. La p [...]

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  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

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Pour citer l’article

Nicole BELMONT, « FOLKLORE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/folklore/