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JAKOBSON ROMAN (1896-1982)

L'exil aux États-Unis : études slaves et linguistique générale

En 1939, l'occupation de la Tchécoslovaquie par les nazis oblige Jakobson à émigrer. Après quelques mois de séjour au Danemark, il passe en Norvège, où le surprend de nouveau l'invasion allemande ; dans des conditions dramatiques, il se réfugie en Suède, où il enseigne un temps à Uppsala. C'est là qu'il publie sa célèbre monographie, Kindersprache, Aphasie und allgemeine Lautgesetze (1940). Dans ce livre, il apporte de nouvelles justifications à sa théorie des oppositions phonologiques binaires, fondées sur l' acquisition du langage par les enfants et sa dégradation dans l'aphasie. Il montre que ces deux processus sont régis par les mêmes principes qui gouvernent la distribution des phonèmes dans les langues du monde. Ce travail, outre ses mérites intrinsèques, a joué un rôle décisif pour attirer l'attention des linguistes sur ces deux domaines, acquisition et troubles du langage.

En 1941, Jakobson s'installe aux États-Unis. Ses débuts y sont difficiles ; beaucoup de linguistes américains, dominés par un empirisme et un béhaviorisme étroits qui lui ont toujours été étrangers, lui sont hostiles. Il trouve un asile à l'École libre des hautes études, fondée par des savants européens exilés, surtout français. C'est là qu'il se lie d'amitié avec Claude Lévi-Strauss. Il enseigne la phonologie, d'abord en français (son cours sera publié beaucoup plus tard), et collabore avec le byzantinologue belge Henri Grégoire à un grand ouvrage sur un récit épique russe du xive siècle, Le Dit du prince Igor. En 1946, il est nommé professeur à l'université Columbia, qu'il quitte en 1949 pour Harvard où, jusqu'à sa retraite en 1967, il enseignera les langues et les littératures slaves, ainsi que la linguistique générale ; à partir de 1957, il sera aussi professeur au Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.).

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Écrit par

  • : professeur de première classe à l'université de Paris-VIII, responsable du D.E.A. et de la formation de recherche en linguistique

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Phonologie de Jakobson

Phonologie de Jakobson

Fonctions du langage définies par Roman Jakobson

Fonctions du langage définies par Roman Jakobson

Autres références

  • ESSAIS DE LINGUISTIQUE GÉNÉRALE, Roman Jakobson - Fiche de lecture

    • Écrit par Gabriel BERGOUNIOUX
    • 897 mots

    Roman Jakobson (1896-1982) a contribué aux recherches en grammaire historique du russe et en linguistique structurale, en poétique et en pathologie du langage, en anthropologie et en théorie de la communication, en histoire de la linguistique et en philosophie. Plusieurs de ces disciplines sont abordées...

  • ALLÉGORIE, notion d'

    • Écrit par François TRÉMOLIÈRES
    • 1 454 mots
    ...décision d'interpréter », à l'origine à la fois de la tradition allégorique et symbolique, de la tradition philologique, et de l'herméneutique. Roman Jakobson considère la métaphore comme un des deux « pôles », avec la métonymie, de la structure discursive elle-même ; le pôle métaphorique domine...
  • ROMANTISME

    • Écrit par Henri PEYRE, Henri ZERNER
    • 22 170 mots
    • 24 médias
    L'opposition entre le romantisme et le réalisme a été reprise dans les années 1960 dans une note extrêmement suggestive de Roman Jakobson (Essais de linguistique générale), lequel y voit une polarité fondamentale de l'histoire de l'art (de la littérature aussi bien que des arts plastiques). À cette...
  • CATÉGORIES LINGUISTIQUES

    • Écrit par Robert SCTRICK
    • 287 mots

    Malgré les fréquents glissements que l'on constate dans l'usage et qui tendent à confondre l'emploi de ce mot avec celui de classe, on peut, au sens étroit, assigner au terme de catégories un rôle essentiellement métalinguistique : en effet, alors que la classe est l'ensemble des éléments...

  • CODE, linguistique

    • Écrit par Robert SCTRICK
    • 560 mots

    La langue n'est qu'une variété de code, soit un ensemble préarrangé de signaux. Les linguistes ont souvent exploité la ressemblance qu'il y avait entre tout processus de communication (y compris lorsque émetteur et/ou récepteur sont des machines) et le langage. Ainsi, on suppose...

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Voir aussi