MÉDECINEMédecine préventive

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Bien que l'idée de médecine préventive soit fort ancienne, il a fallu attendre le début du xxe siècle et l'instauration au plan international des échanges scientifiques pour qu'elle commence à être réellement organisée tant sur le plan national que sur le plan régional voire mondial. C'est ainsi que les campagnes de vaccinations systématiques, étendues, sous l'égide de l'O.M.S., à toute notre planète, ont permis d'améliorer l'espérance de vie de l'humanité tout entière.

Rappel historique

Le souci d'éviter, donc de prévenir, une maladie ou un accident a depuis longtemps permis de protéger une population saine contre la transmission de maladies. Il s'agissait alors de pratiquer des mesures d'exclusion aboutissant à l'isolement des sujets malades ; c'est le principe des léproseries et plus tard des sanatoriums.

Pour enrayer la propagation des grandes épidémies, on employait des mesures de quarantaine, en particulier pour les voyageurs venant à bord de bateaux, et on sait que le non-respect de ces lois semble avoir favorisé, entre autres, l'apparition de la peste à Marseille en 1720-1722.

Sur le plan individuel, la prévention n'a vraiment été efficace que lorsqu'on a mieux connu les causes de chaque maladie et son mode de transmission. Ce fut le cas notamment pour le paludisme avec l'assainissement de certaines zones humides et marécageuses pour éviter la prolifération du moustique vecteur, et c'est le cas pour le typhus grâce à la destruction des poux transmettant la maladie.

En matière de parasitoses, la lutte contre la bilharziose, l'amibiase n'a été possible qu'à partir du jour où l'on a connu le cycle des agents infestants.

Dans le cas des maladies infectieuses, la prévention n'est devenue véritablement scientifique qu'avec l'ère pasteurienne : isolement des bactéries et notion de vaccination qui permettaient la prophylaxie antimicrobienne et l'immunisation. On a donc assisté, dans la première moitié du xxe siècle, au triomphe des vaccinations contre la diphtérie, la typhoïde, le tétanos, sans oublier l'extension de la vaccination contre la variole, déjà connue depuis Jenner.

Dans le cadre de l'infection virale, un des progrès les plus spectaculaires a été la découverte du vaccin contre la poliomyélite par Salk, en 1950. Depuis 1970, on utilise également des vaccins antigrippaux grâce aux renseignements fournis par les observatoires de la grippe dans le monde. Par suite des progrès de l'immunologie et l'apparition du génie génétique, on fonde beaucoup d'espoirs dans certaines vaccinations antivirales, en particulier contre les hépatovirus.

Vaccination contre la poliomyélite

Photographie : Vaccination contre la poliomyélite

Une fillette, peu rassurée, est vaccinée contre la poliomyélite lors de la grande campagne britannique de vaccination, en 1956. 

Crédits : Thurston Hopkins/ Picture Post/ Getty Images

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Jonas Salk

Photographie : Jonas Salk

L'Américain Jonas Salk (1914-1995) découvre dans les années 1950 le vaccin contre la poliomyélite. 

Crédits : Keystone Features/ Hulton Archive/ Getty Images

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Sur le plan collectif, sous l'impulsion de l'O.M.S., une politique de prévention efficace contre les grandes endémies : variole, choléra, peste, typhus, a été menée avec succès depuis la Seconde Guerre mondiale. Malgré ces remarquables progrès, un des gros problèmes posés aux responsables de la prévention reste le contrôle des voyageurs transitant par voie aérienne. On ne peut éviter le risque de voir arriver un porteur de germes transmettant une maladie jusque-là localisée dans son pays d'origine, et il faut bien reconnaître que le contrôle sanitaire aux frontières reste un problème mal résolu.

Le grand fléau a longtemps été la tuberculose avec beaucoup d'échecs sur le plan thérapeutique en dépit du traitement des patients atteints de tuberculose pulmonaire ou osseuse dans les hôpitaux spécialisés, les sanatoriums. Pour enrayer la propagation de cette grave endémie, la vaccination systématique par le B.C.G. (bacille de Calmette et Guérin) a été envisagée à la fin du premier tiers du xxe siècle. L'amélioration de l'hygiène de vie et la nutrition, les possibilités de dépistage par la radiographie thoracique ont permis d'enrayer l'extension de la maladie sans pour autant être efficaces dans le traitement des patients ayant des lésions évoluées. C'est finalement la découverte de la streptomycine puis celle du rimifon (Isoniazide) qui ont permis une chimiothérapie efficace, en éliminant en outre les risques de contagion à partir des maladies. La résistance du germe à ces médicaments vient de susciter de légitimes inquiétudes.

Le deuxième fléau était représenté par les maladies sexuellement transmissibles. Les mesures ont été radicales et efficaces dans la mesure où l'on pouvait identifier les personnes atteintes et leur proposer un traitement actif. Là encore, il s'agissait d'éviter la contamination en traitant les sujets atteints. La découverte de la pénicilline a permis des résultats spectaculaires, et c'est ainsi que la blennorragie et la syphilis ont été bien contrôlées. Par contre, l'abandon des règles strictes dans la prévention des maladies vénériennes (emploi de préservatifs, choix des partenaires) semble avoir favorisé l'éclosion de la plus grave des maladies sexuellement transmissibles, le sida.

Dans le domaine des maladies parasitaires, la découverte de produits actifs a permis de traiter les gens infestés. Sur le terrain, des mesures radicales ont pu être prises pour stopper le cycle évolutif de certains parasites ; tel est le cas pour la bilharziose, au Proche-Orient, en Afrique et en Extrême-Orient.

Contre le paludisme, la découverte des produits synthétiques proches de la quinine (nivaquine, flavoquine) a permis un traitement prophylactique pour les personnes se rendant dans des pays à risque paludéen. Cependant, là encore, les mouvements de population ont favorisé des variations dans les formes de paludisme, certaines formes redoutables de Plasmodium falciparum, jusque-là localisées à l'Asie, sont apparues en Afrique et ont nécessité l'emploi de nouveaux antipaludéens tel le Lariam (Mefloquine). Donc le problème est loin d'être résolu, d'autant plus que des phénomènes de résistance de certaines souches paludéennes vis-à-vis de la médication rendent plus difficile le contrôle de ce fléau, même si l'espoir d'un vaccin devient plus grand.

Toutefois, les échecs de la prévention semblent plus souvent liés à une méconnaissance de la maladie ou à une mauvaise éducation du public, comme le prouve le cas des maladies sexuellement transmissi [...]

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Vaccination contre la poliomyélite

Vaccination contre la poliomyélite
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Jonas Salk

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Maladie coronarienne et cholestérol alimentaire

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Lutte contre le cancer

Lutte contre le cancer
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Écrit par :

  • : professeur de sémiologie médicale au C.H.U. Saint-Antoine, université de Paris-VI, chef de service à l'hôpital Tenon, Paris

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Maurice CLOAREC, « MÉDECINE - Médecine préventive », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/medecine-medecine-preventive/