TUBERCULOSE

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Le terme tuberculose englobe toutes les manifestations pathologiques susceptibles d'être provoquées dans l'organisme par un agent pathogène bactérien spécifique, le bacille de Koch (Mycobacterium tuberculosis). De toutes les localisations de cette affection, la tuberculose pulmonaire (cf. appareil respiratoire) est de beaucoup la plus fréquente et la plus répandue, mais elle est loin d'être la seule : il existe des atteintes osseuses, rénales, intestinales, génitales, méningées, cutanées, etc. L'histoire de la tuberculose est des plus difficiles à exposer de manière systématique et synthétique. Elle porte, en effet, sur une infection dont les origines semblent remonter à celle du genre humain, mais dont l'unité nosologique et la cause effective n'ont été connues qu'à partir du xixe siècle ; son traitement spécifique a débuté après la Seconde Guerre mondiale ; les mesures sanitaires à l'échelle des nations ont permis d'amorcer la régression de ce fléau jusqu'en 1960 ; mais, depuis lors, la maladie n'a cessé de progresser dans une bonne partie du globe.

Le bacille tuberculeux

Le bacille tuberculeux appartient, comme le bacille de la lèpre, le bacille tuberculeux bovin et les nombreux bacilles apparentés dits atypiques, au genre des mycobactéries. On appelle bacille de Koch (B.K.), du nom du savant allemand qui l'a découvert en 1882, le germe pathogène responsable de la tuberculose humaine. Certaines tuberculoses animales (bovine, par exemple) en dépendent néanmoins.

Mise en évidence du B.K. par coloration

Alors que le bacille de la lèpre, grâce à sa réfringence, peut dans certaines circonstances favorables être vu sans coloration préalable, ce qui a permis sa découverte neuf ans avant celui de la tuberculose, il n'en est pas de même pour ce dernier. La mise en évidence du bacille de Koch par coloration est plus difficile que pour les autres microbes. Elles nécessite une surcoloration de la préparation, suivie d'une décoloration par des acides et l'alcool : seules les mycobactéries restent colorées. Pour cette raison, on les appelle parfois bacilles acido-alcoolo-résistants. Le colorant le plus utilisé étant la fuchsine, les bacilles apparaissent en rouge sur le fond de la préparation que l'on a légèrement teinté au bleu de méthylène pour améliorer les contrastes. C'est la méthode de coloration de Ziehl-Neelsen.

Si l'on compare la surface d'étalement d'une préparation, à partir d'un crachat par exemple, avec celle du champ couvert par un objectif à fort grossissement nécessaire pour voir les bacilles, on constate l'insuffisance de sensibilité de l'examen microscopique : l'examen complet d'un dixième de millilitre de pus ou de crachat nécessiterait l'observation de quelque cent mille champs, ce qui n'est pas concevable en pratique. Aussi a-t-on cherché à perfectionner cette technique. La solution a été de remplacer la fuchsine par de l'auramine, colorant dont la fluorescence, excitée par une vive lumière bleue, rend les bacilles lumineux et donc beaucoup plus faciles à voir. La décoloration est la même que pour le procédé de Ziehl-Neelsen. On peut dès lors examiner la préparation à un faible grossissement, dont la surface de champ est trente à cinquante fois plus grande que dans le cas précédent, ce qui rend l'examen dix fois plus rapide (deux ou trois minutes) : les bacilles apparaissent comme des points brillants sur un fond rouge brique.

Morphologie

Les bacilles de Koch se présentent comme des bâtonnets plus ou moins incurvés, grêles, homogènes ou avec quelques granulations. Leur longueur moyenne est de 1,5 à 3,5 μm pour un diamètre de 0,3 μm. Il est tout à fait exceptionnel de rencontrer des formes ramifiées. Au microscope électronique, on a pu confirmer l'existence d'une paroi cellulaire de 30 nanomètres d'épaisseur et de structures mitochondriales analogues aux mitochondries des cellules plus complexes.

25 p. 100 des bacilles tuberculeux ne sont pas capables de retenir les colorations spécifiques décrites plus haut. Dans ce cas, ils ont l'aspect de germes banals. Aussi, l'étude de ces formes, qui sont peu pathogènes et sont souvent des bacilles jeunes ou incomplètement évolués (L. Nègre et J. Bretey), est-elle difficile. Elles ont néanmoins pu être retrouvées dans certains types cliniques de la tuberculose et reproduites expérimentalement par la recherche de ces germes particuliers dans le sang. Si donc, dans l'immense majorité des cas, la tuberculose due aux bacilles de Koch évolue sous la forme traditionnelle, dans certaines conditions les bacilles tuberculeux ne présentant pas le caractère d'acido-alcoolo-résistance peuvent donner des tableaux morbides différents.

La mise en évidence de formes bacillaires, que ce soit par la fuchsine ou par l'auramine, ne permet pas d'affirmer qu'il s'agit bien du bacille tuberculeux puisque toutes les autres mycobactéries possèdent cette acido-alcoolo-résistance. Dans la majorité des cas, cependant, ce sont bien des bacilles tuberculeux, ce que des examens ultérieurs doivent confirmer.

Culture

La culture du bacille tuberculeux a été obtenue pour la première fois par Robert Koch en 1882 sur sérum de bœuf coagulé, mais sur ce milieu les résultats étaient si pauvres que Koch lui-même ne pensa pas que la culture pourrait un jour devenir le moyen capital de mise en évidence du bacille.

Robert Koch

Photographie : Robert Koch

Le savant allemand Robert Koch (1843-1910), Prix Nobel de médecine en 1905, a découvert le bacille qui porte son nom, l'agent de la tuberculose, ainsi que le vibrion cholérique. 

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Les difficultés sont de deux ordres : elles tiennent, d'une part, aux besoins nutritifs particuliers de ce germe pour qui les meilleures sources connues sont l'asparagine pour l'apport d'azote et la glycérine pour celui de carbone, d'autre part, au fait qu'il se multiplie avec une extrême lenteur. Le bacille tuberculeux humain se divise, en effet, toutes les vingt heures environ (le bacille tuberculeux bovin souvent en beaucoup plus de temps), alors que d'autres germes se multiplient plusieurs fois en une heure. Lorsque ces derniers contaminent un produit pathologique, ce qui est le cas général, ils envahissent tout le milieu et le rendent impropre à la culture du bacille de Koch, d'où la nécessité de s'en débarrasser. Pour ce faire, on met à profit la grande résistance du bacille tuberculeux aux agents chimiques : par exemple, on traite le produit contaminé par de la soude diluée, pendant un temps suffisant pour détruire les germes de pollution, puis on neutralise la soude par un peu d'acide sulfurique. La majorité des B.K. résiste à ce traitement qui doit être aussi réduit que possible. Il ne reste plus qu'à ensemencer le produit sur des milieux favorables.

Les milieux solides sont préparés au moyen d'œufs de poule. On y ajoute quelques éléments indispensables au métabolisme du bacille tels que l'asparagine, la glycérine, les phosphates, le magnésium, ainsi qu'un colorant, le vert malachite, qui joue un rôle désinfectant à l'égard des quelques ger [...]

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Robert Koch

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La streptomycine contre la tuberculose

La streptomycine contre la tuberculose
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Radiologie : dépistage de la tuberculose pulmonaire

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  • : professeur honoraire à l'Institut Pasteur, membre de l'Académie de médecine
  • : professeur honoraire à la faculté de médecine de Paris, chaire d'histoire de la médecine

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Pour citer l’article

Jean BRETEY, Charles COURY, « TUBERCULOSE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tuberculose/