POLYGAMIE

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Le terme général de polygamie désigne toutes les formes possibles de mariage plural. On distingue le mariage par groupes, plus hypothétique que réel, dans lequel un groupe de frères se marie simultanément avec un groupe de sœurs ; la polyandrie, dans laquelle une femme épouse plusieurs hommes (dans la polyandrie fraternelle, un groupe de frères) ; la polygynie, dans laquelle un homme épouse plusieurs femmes. La polygynie est extrêmement répandue dans le monde, à l'opposé de la polyandrie, rare, et du mariage par groupes, dont on peut discuter la structure réelle ; aussi revêt-elle des formes différentes, depuis la polygynie sororale où un homme se marie avec deux ou plusieurs sœurs, jusqu'à la polygynie sérielle qui tend à remplacer actuellement la polygynie simultanée : on prend ses femmes l'une après l'autre et non plusieurs en même temps. L'extension de la polygynie s'explique surtout par des facteurs économiques (qui ne paraissent pas si opératoires dans le cas de la polyandrie) ; mais comme il y a en général, sauf en cas d'infanticides, peu de différences entre le nombre d'hommes et de femmes dans une même population, la polygynie des plus vieux ou des plus riches ou des chefs se traduit par la monogamie des plus jeunes ou des moins puissants. Cependant, cette monogamie ne doit pas être confondue avec la monogamie des Occidentaux : c'est une monogamie de fait, et non de droit. La monogamie n'existe pas seulement dans nos sociétés occidentales, on la trouve aussi dans les sociétés les plus primitives, celles des peuples qui vivent de la cueillette et de la petite chasse, mais alors elle provient de ce que le manque de ressources empêche un homme d'avoir plusieurs épouses – c'est encore une monogamie de fait plus que de droit, imposée par l'économie –, ou chez des peuples plus développés, comme les Hopi, mais alors elle est dictée par le type de résidence, l'homme vivant dans la maison de son épouse ; ce n'est que lorsque la résidence matrilocale s'accompagne du sororat que la polygamie devient à nouveau possible, sous sa forme « sororale ». Les changements qui s'opèrent aujourd'hui dans le monde, qu'ils soient d'ordre économique ou d'ordre idéologique (urbanisation, diffusion des idées occidentales, politiques d'acculturation des États), tendent à faire reculer partout la polygynie au bénéfice de la monogamie, malgré les obstacles rencontrés qui viennent du prestige toujours vivant de l'homme polygame sur l'homme monogame dans les groupes les plus traditionnels.

La répartition des systèmes polygamiques

Le sens exact du terme polygamie est : « union soit d'un homme, soit d'une femme avec plus d'un conjoint ». Comme la polyandrie est rare, le terme de polygamie est souvent utilisé, non seulement dans le langage courant, mais même par les anthropologues, dans le sens de polygynie.

Théoriquement, on peut distinguer quatre formes possibles de mariages : un homme et une femme (monogamie) ; un homme et plusieurs femmes (polygynie) ; une femme et plusieurs hommes (polyandrie) ; plusieurs femmes avec plusieurs hommes (mariage par groupes).

On examinera successivement tous ces cas. Mais il est bien entendu que, sauf infanticide possible, le nombre d'hommes et de femmes dans une société étant à peu près équivalent, si un homme prend plusieurs femmes, il ne restera plus alors beaucoup de femmes disponibles, et que la majorité des individus sera contrainte à la monogamie. On doit donc distinguer la monogamie de fait de la monogamie de droit ; les démographes ont bien montré que, dans les sociétés polygyniques, de 60 à 80 p. 100 des foyers sont monogames ; on ne doit donc pas commettre la confusion entre le fait et le droit : c'est le droit seul qui intéresse cet article.

Juridiquement, la polygamie couvre un champ infiniment plus vaste que la monogamie. Certains l'estiment à 80 p. 100 des sociétés connues. Le tableau dressé par G. P. Murdock, à partir d'un échantillon de 558 sociétés considérées comme représentatives, montre que l'on trouve la monogamie dans 24 p. 100 de cet échantillon (mais nous pensons que, pour certaines d'entre elles, il s'agit plus d'une monogamie de fait, imposée par la pauvreté des hommes, que d'une monogamie de droit), la polygynie dans 75 p. 100 et la polyandrie dans 1 p. 100 seulement de l'échantillon.

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Pour citer l’article

Roger BASTIDE, « POLYGAMIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/polygamie/