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ENCÉPHALOPATHIES SPONGIFORMES

Les encéphalopathies subaiguës spongiformes transmissibles (ESST) sont des maladies lentes dégénératives strictement confinées au système nerveux central, qui sont induites par des agents transmissibles non conventionnels (ATNC) encore appelés « prions » ou « virinos ». Ces maladies se caractérisent par une longue période d'incubation, cliniquement silencieuse, et par l'évolution subaiguë du tableau clinique à la phase d'état. Elles ont été décrites à la fois chez l'homme et dans le règne animal. Chez l'homme, il s'agit du kuru, de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) du syndrome de Gerstmann-Sträussler-Scheinkder, et de l'insomnie fatale familiale (IFF). Chez l'animal, les ESST comprennent la tremblante naturelle du mouton et de la chèvre, la maladie du dépérissement chronique des ruminants sauvages, l'encéphalopathie du vison, l'encéphalopathie spongiforme féline et l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). Quelle que soit l'espèce considérée, la neuropathologie répond aux mêmes critères généraux associant spongiose, mort neuronale, gliose avec hyperastrocytose, en l'absence de tout signe inflammatoire classique.

Les ESST constituent une énigme de la neurologie. La nature exacte des agents infectieux non conventionnels qui induisent ces maladies est encore l'objet de nombreux débats et leurs propriétés atypiques, tant biologiques que physico-chimiques, obligent à reconsidérer en bloc l'ensemble des concepts régissant non seulement la microbiologie mais aussi la propagation de l'information à l'échelon moléculaire. De plus, les accidents de contamination observés en pratique médicale humaine et animale, l'apparition de l'encéphalopathie spongiforme bovine en Grande-Bretagne, et la démonstration du passage de l'agent bovin à l'homme rappellent que ces agents sont transmissibles : ils doivent donc être intégrés dans l'évaluation des risques liés à l'utilisation de produits d'origine biologique y compris les risques alimentaires. Ces faits imposent une vigilance stricte quant à l'application de certains principes de sécurité microbiologique comme le contrôle des sources, la traçabilité, et le respect des règles de « bonnes pratiques de fabrication ». L'émergence ou la réémergence de nombreuses maladies infectieuses démontre le caractère illusoire d'une foi naïve dans une médecine triomphante qui deviendrait uniquement préventive et la nécessité pour les États de se doter des structures propres à exercer une surveillance sanitaire le plus efficace possible.

Les maladies induites par les agents transmissibles non conventionnels ou prions

La transmissibilité des ATNC/prions a été démontrée pour la première fois par deux vétérinaires français en 1938. Leur aptitude à franchir les barrières d'espèce a permis la mise au point de modèles animaux particulièrement utiles pour l'étude de la physiopathologie de l'infection et des mécanismes de la neurodégénérescence : l'infection des rongeurs de laboratoire (souris et hamster) par l'agent de la tremblante naturelle du mouton est le modèle le plus couramment utilisé (R. H. Kimberlin & C. A. Walker, 1977).

Protéine du prion - crédits : Encyclopædia Universalis France

Protéine du prion

Les maladies humaines et animales naturelles à ATNC possèdent un double déterminisme génétique et infectieux, et l'utilisation des techniques modernes de la génétique moléculaire a permis de préciser l'importance du génome de l'hôte dans la susceptibilité aux ATNC, voire dans l'expression clinique de la maladie qu'ils induisent. Le système immunitaire des sujets infectés ne semble pas répondre de façon détectable à l'infection et à la multiplication de l'agent, ce qui explique l'absence de test de dépistage non invasif permettant le diagnostic des individus en phase symptomatique ou préclinique. Le sang et[...]

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Pour citer cet article

Dominique DORMONT. ENCÉPHALOPATHIES SPONGIFORMES [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Médias

Protéine du prion - crédits : Encyclopædia Universalis France

Protéine du prion

Encéphalopathie spongiforme bovine (E.S.B.) : l'épizootie - crédits : Encyclopædia Universalis France

Encéphalopathie spongiforme bovine (E.S.B.) : l'épizootie

Encéphalopathies spongiformes subaiguës - crédits : Encyclopædia Universalis France

Encéphalopathies spongiformes subaiguës

Autres références

  • BARRIÈRE D'ESPÈCE, épidémiologie

    • Écrit par
    • 694 mots

    Toute maladie infectieuse résulte d'une contamination microbienne de l'organisme affecté par cette maladie. Ce dogme épidémiologique n'a jamais été mis en défaut depuis les recherches dont Robert Koch et Louis Pasteur ont été les protagonistes.

    La méthodologie scientifique...

  • DÉCOUVERTE DU PRION

    • Écrit par
    • 365 mots

    On doit au neurologue américain Stanley Ben Prusiner (né le 28 mai 1942) la découverte d’une classe d'agents infectieux responsable de maladies neurodégératives, les prions. Sa publication princeps décrivant les prions paraît dans la revue Science en 1982. Cette mise au jour vaut...

  • DÉMENCE

    • Écrit par , et
    • 5 189 mots
    ...mais l'importance de cette dernière dans la variété occipitale d'Heidenhaim (démence avec cécité et myoclonies) est à l'origine des discussions concernant les rapports avec l'encéphalopathie spongiforme subaiguë de Jones et Nevin. Le rôle des lésions thalamiques a été souligné dans certains cas.
  • FARINES ANIMALES

    • Écrit par
    • 4 470 mots
    • 3 médias
    La maladie de la « vache folle » (ou E.S.B.) est incurable chez les bovins. Les premiers cas ont été officiellement rapportés en 1986 au Royaume-Uni. Cette maladie s'est ensuite déclarée en France (premier cas détecté en février 1991) et dans plusieurs pays de l'Union européenne, allant même jusqu'au...
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