ENCÉPHALOPATHIES SPONGIFORMES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Propriétés des ATNC

Les modèles animaux, chez les rongeurs, ont permis l'étude des propriétés biologiques et de la nature des ATNC. Ainsi, la taille des ATNC a pu être estimée à 15 à 40 nm. Leur spectre d'inactivation physico-chimique est très particulier : leur résistance à la chaleur est exceptionnelle (par exemple, vingt-quatre heures d'exposition à une température de 100 0C n'inactivent pas totalement une dose de 107 DL50 de l'agent de la tremblante expérimentale). L'Organisation mondiale de la santé a recommandé en 1991 l'autoclavage à 136  0C pendant 18 minutes pour obtenir une inactivation compatible avec la sécurité microbiologique des actes thérapeutiques. Les rayonnements ont peu d'effet sur les ATNC : la dose inactivatrice 37 p. 100 est de plus de 100 kGy (les doses d'irradiation gamma ou bêta de 25 kGy couramment utilisées en stérilisation sont sans effet sur les ATNC ;). Ce sont d'ailleurs les données de la radiobiologie qui ont permis à R. Latarjet, dès les années 1970, de suspecter le rôle central des protéines dans les ATNC

La sensibilité aux agents chimiques est elle aussi très atypique : les traitements d'une heure à température ambiante par l'hypochlorite de sodium à 2 p. 100 de degré chlorométrique ou la soude 1 N sont les seuls permettant une réduction de titre infectieux compatibles avec un risque acceptable en santé publique.

La très grande majorité des essais de purification des fractions infectieuses a fait conclure à l'absence d'acides nucléiques spécifiques. En revanche, l'étude de la fraction protéique montre l'accumulation de la PrPres proportionnellement au titre infectieux et les essais de dissociation « PrP/facteur de transmissibilité » sont le plus souvent infructueux. La PrPres dérive d'une glycoprotéine de l'hôte de 33-35 kDa, la PrPc. Cette protéine possède, chez l'individu infecté, des propriétés physico-chimiques particulières qui la rendent résistante partiellement à la proteinase K (au moins pour sa portion 121-231). L'absence de modification de la séquence primaire en acides aminés chez la protéine pathogène suggère que les différences entre PrPres et PrPc sont d'ordre post-transcriptionnel, autrement dit dues à un remaniement de la protéine native dans le cytoplasme cellulaire.

En présence de détergents, la PrPres est capable de polymériser sous forme de fibrilles spécifiques, les scrapie associated fibrils ou S.A.F. ou prion rods. In vivo, l'accumulation de la PrPres chez l'individu infecté s'effectue sans hyperexpression du gène.

La PrP est codée par un gène présent en une seule copie dans le génome, situé sur le bras court du chromosome 20 chez l'homme. Ce gène est composé de deux exons séparés par un intron de 10 kilobases : toute la séquence codante est dans le second exon (ce qui indique l'absence d'épissage alternatif dans la mécanique d'expression conduisant à la synthèse de la protéine).

La PrPc est une protéine relativement conservée dans les différentes espèces de mammifères chez qui elle a été recherchée. Chez l'homme, elle compte 253 acides aminés, comprend 2 sites putatifs de glycosylation – la protéine peut donc se présenter sous 3 formes selon son niveau de glycosylation – et sa portion C-terminale comporte le site d'accrochage d'un glycosylphosphatidyl inositol (GPI) permettant l'ancrage de la protéine à la face externe de la membrane plasmique. Sa demi-vie est de quelques heures dans les cellules de neuroblastome murin en lignée. In vivo, des résultats récents indiquent que la PrP serait colocalisée avec des protéines synaptiques (J.-G. Fournier et al., 1995).

Le rôle de la PrP chez l'individu sain est actuellement inconnu : sa fonction n'est pas essentielle à la survie puisque des souris chez lesquelles a été éliminé (knock-out) le gène de la PrP sont viables et ne présentent pas de déficit neurologique ou psychophysiologique majeur. La protéine PrP joue un rôle fondamental dans les ESST : le gène PRNP est associé à la notion de barrière d'espèce et à la susceptibilité individuelle à l'infection par les ATNC, et la protéine PrP constitue le principal déterminant de la neurodégénérescence. L'importance de la PrP dans la barrière d'espèce et dans la susceptibilité individuelle a été démontrée grâce à la réalisation d'animaux transgéniques. La réalisation de souris transgéniques exprimant le gène de la PrP de hamster (TgPrPHa) conduit à l'obtention d'animaux infectable [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages

Médias de l’article

Protéine du prion

Protéine du prion
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Encéphalopathie spongiforme bovine (E.S.B.) : l'épizootie

Encéphalopathie spongiforme bovine (E.S.B.) : l'épizootie
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Encéphalopathies spongiformes subaiguës

Encéphalopathies spongiformes subaiguës
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  ENCÉPHALOPATHIES SPONGIFORMES  » est également traité dans :

BARRIÈRE D'ESPÈCE, épidémiologie

  • Écrit par 
  • Jeanne BRUGÈRE-PICOUX
  •  • 688 mots

Toute maladie infectieuse résulte d'une contamination microbienne de l'organisme affecté par cette maladie. Ce dogme épidémiologique n'a jamais été mis en défaut depuis les recherches dont Robert Koch et Louis Pasteur ont été les protagonistes. La méthodologie scientifique qu'ils ont utilisée comportait obligatoirement une étude de pathologie expérimentale : comment régissaient les « cobayes » ? S […] Lire la suite

DÉCOUVERTE DU PRION

  • Écrit par 
  • Gabriel GACHELIN
  •  • 366 mots

On doit au neurologue américain Stanley Ben Prusiner (né le 28 mai 1942) la découverte d’une classe d'agents infectieux responsable de maladies neurodégératives, les prions. Sa publication princeps décrivant les prions paraît dans la revue Science en 1982. Cette mise au jour vaut à Prusiner le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1994 et le prix Lasker de médecine en 1997. La découverte des […] Lire la suite

DÉMENCE

  • Écrit par 
  • Raymond ESCOUROLLE, 
  • Joël GREGOGNA
  • , Universalis
  •  • 5 176 mots

Dans le chapitre « Démences préséniles »  : […] L'individualisation des démences préséniles est déterminée par leur survenue habituelle aux environs de la cinquantaine, ce qui n'exclut pas cependant la possibilité de formes plus précoces ou au contraire très tardives. Elles comprennent essentiellement les tableaux des maladies d'Alzheimer et de Pick, souvent confondues au point de vue clinique, mais dont les lésions anatomiques sont très différ […] Lire la suite

FARINES ANIMALES

  • Écrit par 
  • Alain BLOGOWSKI
  •  • 4 442 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Maladie de la « vache folle » et farines animales »  : […] La maladie de la « vache folle » (ou E.S.B.) est incurable chez les bovins. Les premiers cas ont été officiellement rapportés en 1986 au Royaume-Uni. Cette maladie s'est ensuite déclarée en France (premier cas détecté en février 1991) et dans plusieurs pays de l'Union européenne, allant même jusqu'au Japon. Cette épizootie (épidémie pour les animaux) bovine est aussi associée à une maladie humai […] Lire la suite

GAJDUSEK DANIEL CARLETON (1923-2008)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 523 mots
  •  • 1 média

Médecin et chercheur américain (son père est slovaque, sa mère hongroise), né le 9 septembre 1923 à Yonkers (New York), Gajdusek s'est vu décerner en 1976, conjointement avec Baruch Blumberg, le prix Nobel de physiologie ou médecine pour ses travaux sur les agents étiologiques de plusieurs maladies neurodégénératives. Diplômé de l'université de Rochester (New York) en 1943 et de Harvard en 1946, D […] Lire la suite

INTERDICTION DES FARINES D'ORIGINE ANIMALE

  • Écrit par 
  • Gabriel GACHELIN
  •  • 309 mots

Le 14 novembre 2000, le gouvernement français interdit l'utilisation de farines animales dans l'alimentation de toutes les espèces animales. Cette décision est étendue à toute l'Europe le 4 décembre 2000. Ces interdictions étaient la dernière étape d'un processus mis en œuvre dans les différents pays de l'Union européenne depuis que, en 1986, les vétérinaires britanniques avaient identifié la mal […] Lire la suite

KURU

  • Écrit par 
  • E. SCHULLER
  •  • 737 mots

En 1957, un médecin américain, Vincent Zigas, officier de santé en Nouvelle-Guinée, signalait une curieuse maladie neurologique qui décimait une tribu locale, et que les indigènes appelaient kuru . La chance voulut que Carleton Gajdusek, également médecin de l'armée américaine, fût en visite à Melbourne au même moment : il décida aussitôt de passer un an en Nouvelle-Guinée pour élucider ce mystère […] Lire la suite

MALADIE DE LA VACHE FOLLE

  • Écrit par 
  • Jeanne BRUGÈRE-PICOUX
  •  • 146 mots

Apparue en 1985 en Grande-Bretagne, l'encéphalopathie spongiforme bovine (E.S.B.), encore dénommée « maladie de la vache folle », a très vite suscité de grandes inquiétudes car, dès 1986, plusieurs centaines de cas avaient été décelés. Contrairement au cas d'autres encéphalopathies spongiformes transmissibles subaiguës (E.S.S.T.) également dues à un « agent transmissible non conventionnel » bapti […] Lire la suite

MALADIES NEURODÉGÉNÉRATIVES

  • Écrit par 
  • Nathalie CARTIER-LACAVE, 
  • Caroline SEVIN
  •  • 4 602 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Démence progressive associée à des anomalies neurologiques »  : […] La chorée de Huntington (CH), ou danse de Saint-Guy, qui touche moins de 1 personne sur 5 000, est une maladie héréditaire caractérisée par l'association d'une démence progressive et de mouvements anormaux choréiques (mouvements brusques et imprévisibles, souvent de rotation) et athétosiques (mouvements lents de torsion et d'ondulation des membres). Les premiers signes apparaissent entre 30 et […] Lire la suite

PRUSINER STANLEY B. (1942- )

  • Écrit par 
  • Vincent BARGOIN
  •  • 576 mots

Neurologue américain. Alors que la crise de la vache folle n'était pas encore retombée, le soixante-seizième prix Nobel de physiologie ou médecine a été attribué en octobre 1997 à Stanley Prusiner, auteur de la seule théorie proposée à ce jour pour rendre compte d'un certain nombre de particularités, et notamment de la transmissibilité des encéphalopathies spongiformes, maladies neurologiques fat […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Dominique DORMONT, « ENCÉPHALOPATHIES SPONGIFORMES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/encephalopathies-spongiformes/