DÉLIRE

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Si profane que soit l'étymologie en matière de psychopathologie moderne, elle n'en conserve pas moins un sens profond en ce qui concerne le délire : le latin delirium, de delirare, c'est proprement « sortir du sillon ». La terre évoque le réel et ses contraintes, le labour énonce le travail efficace et socialisé. S'en écarter, c'est délirer, être fou. Égarement de l'esprit, le délire offre aussi l'acception de rêve, d'enthousiasme, d'exaltation.

Depuis qu'il est des hommes, et qui pensent, il en est qui délirent. L'étonnant résiderait peut-être moins en ce fait qu'en son caractère restrictif. Le délire prête ses traits à cette image de la folie qui hante peu ou prou la littérature de tous les temps, les arts plastiques, aujourd'hui les films, et traduit l'angoisse profonde de l'homme et sa fragile humanité. L'amour, la folie, la mort polarisent les désirs et les peurs.

La notion même de délire s'est progressivement et difficilement dégagée de la métaphysique de l'erreur et de la morale du péché au cours de l'évolution des idées, des mœurs et des sciences. De la phrénitis d'Hippocrate à la schizophrénie de Bleuler, l'histoire de la psychiatrie a porté jusqu'à nos jours, sans l'avoir résolu, le problème essentiel du délire, défini comme objet d'étude scientifique à partir du xixe siècle. La spécificité de la psychiatrie tient pour une grande part à l'originalité des phénomènes délirants, lesquels se posent plus largement comme faits anthropologiques. Personne et personnalité, avec leur système de relation au monde, se trouvent intimement mises en cause. Le fait du délire, objet de scandale pour la raison et pour l'ordre social, engage en réalité les positions doctrinales psychologiques, sociologiques, politiques et philosophiques. Il en sera seulement traité ici du point de vue psychopathologique, très proche de la clini [...]

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TRAITÉ DU DÉLIRE, APPLIQUÉ À LA MÉDECINE, À LA MORALE ET À LA LÉGISLATION

  • Écrit par 
  • Arianna SFORZINI
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Publié à Paris en 1816 chez Crapelet puis en 1817 chez Croullebois, le Traité du délire est, avec le Traité de médecine légale et d'hygiène publique ou de police de santé (1813), l’œuvre la plus importante de François-Emmanuel Fodéré (1764-1835), botani […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/traite-du-delire-applique-a-la-medecine-a-la-morale-et-a-la-legislation/#i_26383

CLÉRAMBAULT GAËTAN GATIAN DE (1872-1934)

  • Écrit par 
  • Jacques POSTEL
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Psychiatre français. Clérambault est surtout connu par ses travaux cliniques à la fameuse Infirmerie spéciale du dépôt, à Paris, où il succéda à son maître Dupré, en 1920. Après des études sur les psychoses toxiques et les troubles mentaux consécutifs à des intoxications chroniques (en particulier celle de l'alcoolisme), il s'illustra par sa descri […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/clerambault-gaetan-gatian-de/#i_26383

CONFUSION MENTALE

  • Écrit par 
  • Universalis
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Dans le chapitre « Aspects cliniques »  : […] À travers ces multiples variétés étiologiques, ce qui fait la spécificité de la confusion mentale, c'est la dégradation de la conscience vigile qui apparente l'état confusionnel au sommeil et l'onirisme à l'état de rêve. L'allure du sujet confus est à cet égard caractéristique, et le diagnostic s'impose aussitôt : il semble égaré, hébété, perdu. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/confusion-mentale/#i_26383

COTARD SYNDROME DE

  • Écrit par 
  • Georges TORRIS
  •  • 110 mots

Délire de négation, décrit par Cotard en 1880. Le malade, après avoir développé des préoccupations hypocondriaques et des troubles cénesthésiques, sent ses organes se putréfier et se détruire. Puis il en nie l'existence et étend enfin sa négation au monde extérieur et à sa propre existence. N'étant plus vivant, il ne saurait mourir, ce qui est vécu […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/syndrome-de-cotard/#i_26383

DIVINATION

  • Écrit par 
  • René ALLEAU
  •  • 6 942 mots

Dans le chapitre « La division platonicienne »  : […] Cicéron distingue deux genres de procédés divinatoires : d'une part, ceux qui se rapportent à la divination artificielle, « les pronostics tirés des intestins des animaux, des prodiges ou des éclairs, les prédictions des augures, des astrologues, des sorts » ; d'autre part, les procédés « qui nous viennent de la nature », « les vaticinations et le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/divination/#i_26383

ESQUIROL JEAN ÉTIENNE DOMINIQUE (1772-1840)

  • Écrit par 
  • Jacques POSTEL
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Psychiatre français originaire de Toulouse, où il fit ses études de théologie et de médecine, comme son maître Pinel, dont il devint l'élève, puis l'assistant à la Salpêtrière à Paris, avant de lui succéder à la tête de ce célèbre service en 1810. Esquirol perfectionna l'œuvre de son prédécesseur, tant en matière de nosologie que dans le domaine de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-etienne-dominique-esquirol/#i_26383

FALRET JEAN-PIERRE (1794-1870)

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  • Henri EY
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Un des grands aliénistes français du xix e  siècle. Né à Marcillac-sur-Lot, élève au collège de Cahors, puis étudiant en médecine, d'abord à Montpellier, et, en 1811, à Paris, Jean-Pierre Falret fréquente en particulier l'hôpital de la Salpêtrière, où il connaît Pinel. Mais c'est Esquirol qui décide de sa carrière (comme de celles de ses contempora […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-pierre-falret/#i_26383

FOUS LITTÉRAIRES

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GÉRONTOLOGIE

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  • Claude BALIER, 
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LASÈGUE ERNEST CHARLES (1816-1883)

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Psychiatre et médecin français. Après avoir étudié la philosophie, qu'il enseigna comme professeur suppléant au lycée Louis-le-Grand à Paris, Lasègue commença ses études de médecine avec Claude Bernard et B. Morel, puis de psychiatrie à la Salpêtrière (en particulier avec J.-P. Falret). Devenu médecin des hôpitaux de Paris en 1854 et chargé d'un co […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ernest-charles-lasegue/#i_26383

MAGNAN JACQUES JOSEPH VALENTIN (1835-1916)

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  • Jacques POSTEL
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Psychiatre français. Après des études de médecine à Montpellier et à Lyon, Magnan vient à Paris, où il est reçu au concours de l'internat des hôpitaux. Il y apprend la psychiatrie dans les services de Marce, Lucas, J.-P. Falret et Baillarger. Nommé « médecin interne » du tout nouveau service d'admission de l'hôpital Sainte-Anne, en 1867, il en devi […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-joseph-valentin-magnan/#i_26383

MANIACO-DÉPRESSIVE PSYCHOSE

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  • Maurice BAZOT
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Dans le chapitre « Aperçu historique »  : […] Toute maladie est un fait de civilisation et son aspect change avec le contexte historique et les conditions culturelles. Le malade subit son mal, mais en bâtit l'expression clinique avec les « matériaux » qu'il reçoit de son milieu. Le médecin participe du même environnement lorsqu'il dépeint, nomme et traite l'affection en cause, à la lumière des […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/psychose-maniaco-depressive/#i_26383

MOREAU DE TOURS JACQUES (1804-1884)

  • Écrit par 
  • Jacques POSTEL
  •  • 665 mots

Psychiatre français. Moreau fit ses études de médecine à Tours puis à Paris, où il apprit la psychiatrie dans le service d'Esquirol dont il fut l'interne. Il soutient sa thèse en 1830 sur « L'Influence du physique relativement au désordre des facultés intellectuelles et en particulier dans cette variété de délire désignée par M. Esquirol sous le no […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-moreau-de-tours/#i_26383

NARCISSISME

  • Écrit par 
  • Michèle MONTRELAY
  •  • 4 743 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Narcisse et la parole »  : […] Le discours inconscient « résiste » dans la mesure où il se maintient et s'investit pour lui-même. Narcisse, c'est d'abord la parole qui non seulement se répète, mais s'articule aussi à seule fin de se commenter, de se mettre en scène, en quelque sorte de jouir d'elle-même. Jouissance qui est au principe du rêve et de la folie. Comment pourrait, en […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/narcissisme/#i_26383

PARANOÏA

  • Écrit par 
  • Jacques POSTEL
  •  • 3 137 mots

Le mot « paranoïa » (du grec παρ́α, contre, et νο̃υς, esprit) est synonyme de «   folie » dans le langage populaire allemand depuis le xviii e  siècle ; en France, l'équivalent de ce mot est « paranoïe » (Larousse, 1874), terme beaucoup moins employé. « Paranoïa » prend la signification psychiatrique actuelle de «   délire systématisé progressif » […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/paranoia/#i_26383

PARAPHRÉNIE

  • Écrit par 
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  •  • 398 mots

Variété de délire chronique caractérisée par la préservation d'un secteur important de la personnalité (structure paralogique) et par la prédominance du mécanisme imaginatif (thèmes fantastiques). Si le mot « paranoïa » appartient à la nosologie hippocratique, celui de paraphrénie fut créé à son imitation, en 1882, par K. Kahlbaum pour désigner, co […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/paraphrenie/#i_26383

PERSÉCUTION

  • Écrit par 
  • Georges TORRIS
  •  • 4 143 mots

Dans le chapitre « Le persécuté »  : […] « Les mauvais traitements, écrit un psychanalyste, R. Diatkine, réalisés ou imaginés, désirés ou craints, portant sur le sujet lui-même ou sur ceux qui comptent pour lui, sur les individus dans leur totalité ou sur une partie privilégiée de leur corps, sont un thème constant dans le discours de nos patients, qu'il s'agisse de son contenu manifeste […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/persecution/#i_26383

PROJECTION, psychanalyse

  • Écrit par 
  • Jacques POSTEL
  •  • 1 771 mots

Dans le chapitre « Le concept dans l'œuvre de Freud »  : […] Aux deux mécanismes de défense qu'il avait décrits en 1894, à savoir la conversion (transposition de l'affect désagréable sur le registre somatique, chez l'hystérique) et le déplacement (qui fait qu'une représentation intense, chez l'obsessionnel, est remplacée par une autre plus neutre, en vertu d'un lien associatif), Freud ajoute en 1896 la proj […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/projection-psychanalyse/#i_26383

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  • Écrit par 
  • Edmond ORTIGUES
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Dans le chapitre « Comparaisons nosographiques »  : […] Il est facile d'illustrer par de nombreux exemples la distinction que l'on vient de faire entre comportement et structure, entre trait symptomatique et organisation de la personnalité. On trouve dans les sociétés archaïques un grand nombre de conduites obsessionnelles (telles que les ritualisations phobiques destinées à écarter un danger), alors q […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/psychiatrie-comparee/#i_26383

PSYCHOSE

  • Écrit par 
  • Pierre FÉDIDA, 
  • Pierre JUILLET, 
  • Hélène STORK
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Dans le chapitre « Les conceptions psychanalytiques »  : […] On rappellera seulement que, dès ses premiers écrits, Sigmund Freud entreprit de caractériser la psychopathologie des psychoses en fonction de ses théories successives de l'appareil psychique. Le concept de schizophrénie développé par Eugen Bleuler (1911) subit partiellement cette influence (avec celle de l'associationnisme). Très schématiquement, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/psychose/#i_26383

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  • Écrit par 
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Terme (du latin querela , plainte) utilisé par la psychiatrie germanique et adopté par quelques psychiatres français pour désigner le délire de revendication : quérulence ou quérulance. Le malade quérulent, souvent à l'occasion d'un préjudice réel, devient progressivement processif, puis dangereux ; il harcèle de ses plaintes celui dont il se croit […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/querulence/#i_26383

SCHIZOPHRÉNIE

  • Écrit par 
  • Maurice BAZOT, 
  • Gilles DELEUZE
  •  • 6 973 mots

Dans le chapitre « Une percée vers « plus de réalité » »  : […] C'est curieux, comme l'on ramène le schizophrène à des problèmes qui ne sont pas les siens, de toute évidence : père, mère, loi, signifiant ; le schizophrène est ailleurs, et ce n'est certes pas une raison pour conclure qu'il manque de ce qui ne le concerne pas. Sur ce point Beckett et Artaud ont tout dit : résignons-nous à l'idée que certains arti […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/schizophrenie/#i_26383

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Pour citer l’article

Gabriel DESHAIES, « DÉLIRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 février 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/delire/