FODÉRÉ FRANÇOIS-EMMANUEL (1764-1835)

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François-Emmanuel Fodéré est un médecin né à Saint-Jean-de-Maurienne (duché de Savoie) en 1764 et mort à Strasbourg en 1835. Considéré comme « le père de la médecine légale », Fodéré est un fin observateur des transformations de son temps, y portant un regard empreint d’adhésion envers le progrès des connaissances, mais aussi de critiques sur les dérives du matérialisme libéral. Ainsi, médecin engagé sur le monde qui l’entoure, il ouvre son savoir pour interpréter les conséquences sociales et environnementales associées au nouvel âge industriel. Quoique son apport dans la médecine légale n’ait pas cessé d’être reconnu, le reste de son œuvre a été relativement oublié à cause du décalage de ses réflexions vis-à-vis de l’hygiène publique officielle et de son pessimisme vis-à-vis de la modernité postrévolutionnaire.

Esquisse pour une statue du docteur Fodéré

Photographie : Esquisse pour une statue du docteur Fodéré

Cette esquisse est celle de la sculpture qui se trouve à Saint-Jean-de-Maurienne, ville de naissance de Fodéré, qui tient ici son traité de médecine légale, l'ouvrage qui a fait sa célébrité. Il eût été politiquement difficile de lui faire tenir celui qu'il avait écrit sur le... 

Crédits : BIU Santé Médecine, Paris, cote : 90945x11x05

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Après avoir obtenu un doctorat de médecine à l’université de Turin en 1787, il séjourne trois ans à Paris, au moment où éclate la Révolution française. Revenu en Savoie, il s’engage comme médecin de l’armée d’Italie, puis exerce à l’hôpital de Marseille à partir de 1795. Ayant déjà écrit divers traités médicaux, il se lance dans un long travail qui aboutit en 1798 à la publication d’un traité de médecine légale et d’hygiène publique en trois tomes, le premier du genre en France. Un moment professeur de médecine à Nice, il est chargé en 1801 par le gouvernement d’une statistique des Alpes-Maritimes, vaste synthèse combinant le genre des topographies médicales de l’Ancien Régime et celui de la science administrative du Consulat. Mais, déjà, des différences de vue avec la médecine officielle se font jour. Successivement établi à Martigues, Marseille et Lyon, il publie en 1813 son principal ouvrage, le Traité de médecine légale et d’hygiène publique, en six volumes, refonte complète de son traité de 1798, puis est élu en 1814 à la chaire de médecine légale de l’École de médecine de Strasbourg. Il tire de son enseignement une somme importante, ses Leçons sur les épidémies et l’hygiène publique (1822-1824). Il rédige en parallèle un ouvrage d’économie politique qui le range dans le camp des penseurs chrétiens critiques de la modernité, l’Essai historique et moral sur la pauvreté des nations (1825). Jusqu’à sa mort, la liste de ses publications s’étoffe considérablement. Un ouvrage inédit et probablement perdu, intitulé Histoire critique et philosophique du genre humain, devait rassembler sa philosophie sociale à la fin de sa vie.

S’il est difficile de trouver une origine dans l’apparition formelle de la médecine légale, Fodéré en est indéniablement un acteur de premier plan. Ses deux traités compilent le savoir des Lumières et l’organisent de façon méthodique ; l’encyclopédisme et les descriptions cliniques des différents volumes ont pour but d’établir la scientificité de cette branche médicale, de l’ériger en doctrine qui puisse être partagée par une communauté de médecins, enfin de donner à la profession une mission universelle et sociale. Avec cette spécialisation médicale reconnue, le médecin légiste devient, pour Fodéré, l’intermédiaire indispensable entre les savoirs scientifiques et la société par ses diagnostics et ses expertises, en particulier devant les tribunaux, en définissant les causes des blessures et des décès. Au moment de sa mort et grâce à ses travaux, la médecine légale a accédé au rang des disciplines médicales ; mais déjà les nouveaux médecins légistes se détachent de son œuvre. Avec la fondation des Annales d’hygiène publique et de médecine légale (1829), ce sont les médecins parisiens proches du pouvoir qui délimitent les contours de la communauté, et plutôt que de l’ancrer dans un processus historique encyclopédiste empreint de science naturelle ou d’observations sociales, ils la transforment en science purement expérimentale, produit scientiste du xixe siècle. Alors que l’œuvre de Fodéré reste abondamment citée, sa philosophie est en grande partie marginalisée.

Parallèlement à son rôle dans la constitution de la médecine légale, Fodéré s’intéresse aux problèmes de santé liés à l’activité industrielle, partie de ses travaux relativement oubliée. Comme beaucoup de médecins de la fin du xviiie siècle, Fodéré est empreint de médecine néohippocratique, considérant que le milieu influence la santé et que les « miasmes » sont les véhicules de certaines maladies. Les émanat [...]

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TRAITÉ DU DÉLIRE, APPLIQUÉ À LA MÉDECINE, À LA MORALE ET À LA LÉGISLATION

  • Écrit par 
  • Arianna SFORZINI
  •  • 972 mots

Publié à Paris en 1816 chez Crapelet puis en 1817 chez Croullebois, le Traité du délire est, avec le Traité de médecine légale et d'hygiène publique ou de police de santé (1813), l’œuvre la plus importante de François-Emmanuel Fodéré (1764-1835), botaniste, médec […] Lire la suite

Pour citer l’article

Thomas LE ROUX, « FODÉRÉ FRANÇOIS-EMMANUEL - (1764-1835) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fodere-francois-emmanuel/