BAUDELAIRE CHARLES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Paul Valéry, dans une conférence de 1924 dont le texte, Situation de Baudelaire, fut publié dans le recueil Variété (1924-1944), a fait du poète des Fleurs du mal le pionnier de la modernité ; pour lui Rimbaud, Verlaine et Mallarmé constituent la triade majeure.

Telle que Baudelaire l'a conçue, la modernité doit beaucoup à son expérience de la peinture. Dès 1846, traitant de « l'héroïsme de la vie moderne », il y voyait l'alliance de « quelque chose d'éternel » et de « quelque chose de transitoire », d'« absolu » et de « particulier ». Une telle beauté, d'un type nouveau, pouvait faire échec à la « décadence » qu'il appréhendait. Approfondissant la notion, il insistait, dans le Salon de 1859, sur « le gouvernement de l'Imagination ». Quatre ans plus tard, Constantin Guys (1802-1892), en représentant des scènes parisiennes, lui apparaissait comme « le peintre de la vie moderne ». C'est dire que plusieurs composantes s'associent dans cette modernité, entre rêve et réalité.

Baudelaire prolonge le romantisme en le renouvelant. Il méprise le réalisme, ce « canard » que Champfleury a lancé, mais la beauté ne va pas pour lui sans un grain de réalité. Quant au symbolisme, il ne l'a pas fondé, contrairement à ce qu'on lit trop souvent dans les manuels littéraires. Rares même sont les textes, comme « Correspondances », où des images préparent une théorie qu'il n'a jamais élaborée et qui d'ailleurs restera diffuse en France à la fin du siècle.

Au point de départ, il convient plutôt de placer une « situation », dans l'acception sartrienne du terme. Et tel est le sens, en effet, de l'essai décisif que Jean-Paul Sartre a consacré à Baudelaire en 1947, mettant l'accent sur le choix de lui-même que le poète a fait. Tous ses efforts ont concouru à « s'emparer de soi-même, dans son éternelle „différence“ », à « réaliser s [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages

Médias de l’article

Edgar Allan Poe

Edgar Allan Poe
Crédits : C.T. Talman/ Library of Congress, Washington, D.C.

photographie

Charles Baudelaire , Nadar

Charles Baudelaire , Nadar
Crédits : Nadar/ Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur émérite de littérature comparée à l'université de Paris-Sorbonne, membre de l'Académie des sciences morales et politiques

Classification

Autres références

«  BAUDELAIRE CHARLES (1821-1867)  » est également traité dans :

BAUDELAIRE CHARLES - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Jean-François PÉPIN
  •  • 320 mots

9 avril 1821 Naissance de Baudelaire à Paris.1827 Préface de Victor Hugo à Cromwell, qui marque le début du romantisme en France.9 juin 1841 Le général Aupick fait embarquer son beau-fils sur un navire à destination de […] Lire la suite

LES FLEURS DU MAL (C. Baudelaire) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Jean-Didier WAGNEUR
  •  • 963 mots
  •  • 1 média

Le 25 juin 1857, lorsque Les Fleurs du mal sont publiées chez Poulet-Malassis, Charles Baudelaire (1821-1867) n'est alors connu que comme critique d'art (Salons de 1845 et 1846) et traducteur d'Edgar Poe (Histoires extraordinaires, 1856). Ses poèmes n'ont fait l'objet que de rares publications don […] Lire la suite

DICTIONNAIRE BAUDELAIRE (C. Pichois et J.-P. Avice)

  • Écrit par 
  • Jean-Didier WAGNEUR
  •  • 1 028 mots

Le nom de Claude Pichois est inséparable de ceux de Baudelaire, Nerval et Colette, auxquels il a consacré des éditions et des biographies qui font date. Avec ce Dictionnaire Baudelaire (Du Lérot, 2003), cosigné par Jean-Paul Avice, conservateur à la bibliothèque historique de la Ville de Paris, avec qui il avait réalisé en 1993 une […] Lire la suite

LE SPLEEN DE PARIS, Charles Baudelaire - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Jean-Didier WAGNEUR
  •  • 1 047 mots
  •  • 1 média

« Quel est celui de nous qui n'a pas, dans ses jours d'ambition, rêvé le miracle d'une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ? » Cette phrase, extraite de la Préface du Spleen de Paris […] Lire la suite

MON CŒUR MIS À NU, Charles Baudelaire - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Guy BELZANE
  •  • 1 175 mots
  •  • 1 média

C'est en 1887, dans les Œuvres posthumes, que furent publiés pour la première fois, sous l'appellation de Journaux intimes, les trois ensembles de notes rédigées par Baudelaire entre 1855 et 1865 pour Fusées et Hygiène que Jacques Crépet rattache au premier recueil, et 1859-1866 pour Mon Cœur mis à nu. […] Lire la suite

SALONS, Charles Baudelaire - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Barthélémy JOBERT
  •  • 1 088 mots
  •  • 1 média

Les trois Salons publiés par Charles Baudelaire (1821-1867) en 1845, 1846 et 1859, (on peut leur ajouter le Salon caricatural auquel il collabora en 1846, en donnant le Prologue et en participant aux légendes des gravures satiriques des œuvres exposées) ne forment qu'un […] Lire la suite

ALLÉGORIE, notion d'

  • Écrit par 
  • François TRÉMOLIÈRES
  •  • 1 460 mots

Dans le chapitre « « Et tout pour moi devient allégorie » (Baudelaire) »  : […] En France, le terme n'a pas connu le même discrédit qu'en Allemagne. Charles Baudelaire écrit, dans ses Paradis artificiels (1860) : « L'allégorie, ce genre si spirituel , que les peintres maladroits nous ont accoutumé à mépriser, mais qui est vraiment l'une des formes primitives et les plus naturelles de la poésie, reprend sa domination légitime dans l'intelligence illuminée par l'ivresse. » Gra […] Lire la suite

ABSTRAIT ART

  • Écrit par 
  • Denys RIOUT
  •  • 6 698 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Genèse de l'abstraction »  : […] L'art abstrait, en tant que tel, apparaît au début des années 1910. Deux modèles explicatifs rendent compte de sa « naissance », conséquence raisonnable d'une évolution logique ou saut inattendu dans l'inconnu. Le premier, le plus répandu, s'appuie sur une conception darwinienne de l'histoire de l'art et de la création. Au xix e  siècle, la modernité, si elle ne songe pas encore à se débarrasser d […] Lire la suite

AMOUR

  • Écrit par 
  • Georges BRUNEL, 
  • Baldine SAINT GIRONS
  •  • 10 164 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « « Ô Satan, prends pitié de ma longue misère... » »  : […] Nul n'a peut-être mieux exploré que Baudelaire le double abîme où sombrait l'amour : d'un côté, le coït simple et heureux ; de l'autre, l'amour pudibond, tendre et sensible. Désavouant sa propre sensualité, le poète couvre de sarcasmes la brute, qui « seule bande bien », parce qu'elle trouve dans la « foutrerie » l'unique « lyrisme » auquel elle ait accès. Mais il garde ses meilleures flèches con […] Lire la suite

ANCIENS ET MODERNES

  • Écrit par 
  • Milovan STANIC, 
  • François TRÉMOLIÈRES
  •  • 5 036 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « « Être absolument moderne » »  : […] Dans plusieurs de ses essais critiques, Baudelaire , se référant explicitement à la persistance de la Querelle, a tenté de donner une nouvelle définition de la modernité qui ne trahirait pas la beauté des œuvres antiques. Il cherche une voie commune à sa conviction « que l'absence du juste et du vrai dans l'art équivaut à l'absence de l'art », comme à son dévouement aux expressions de l'art et a […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Pierre BRUNEL, « BAUDELAIRE CHARLES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-baudelaire/