DICTIONNAIRE BAUDELAIRE (C. Pichois et J.-P. Avice)

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Le nom de Claude Pichois est inséparable de ceux de Baudelaire, Nerval et Colette, auxquels il a consacré des éditions et des biographies qui font date. Avec ce Dictionnaire Baudelaire (Du Lérot, 2003), cosigné par Jean-Paul Avice, conservateur à la bibliothèque historique de la Ville de Paris, avec qui il avait réalisé en 1993 une superbe exposition Baudelaire/Paris, le lecteur dispose, en près de cinq cents pages, de tout ce qu'on peut connaître aujourd'hui sur l'auteur des Fleurs du mal.

La revue Histoires littéraires (no 7, 2001) a eu l'excellente idée de s'entretenir avec Claude Pichois pour retracer son parcours de professeur et d'historien de la littérature. Voué par tradition familiale à H.E.C., celui-ci avait d'autres centres d'intérêt. « Je m'y suis beaucoup ennuyé », explique-t-il. Aussi, ses études achevées, opte-t-il pour le commerce des classiques. Engagé comme enseignant chez les marianistes, il commence par travailler sur le critique Philarète Chasles. Sa fréquentation des dix-neuvièmistes l'amène à faire la connaissance de Jacques Crépet. Claude Pichois ne pouvait faire de rencontre plus opportune. Fils d'Eugène Crépet (1827-1892), qui était entré en relation avec Baudelaire lors de la rédaction de l'anthologie Les Poètes français et qui édita les Œuvres posthumes du poète, ainsi que sa première biographie, Jacques Crépet lui proposa de le seconder lorsqu'il mit en œuvre, pour l'Imprimerie nationale, la correspondance de Baudelaire. Claude Pichois fit ainsi la connaissance de Jean Ziegler (1907-2001), fils de Jacques Crépet, avec qui il allait co-signer de nombreux ouvrages, notamment une monumentale biographie de Baudelaire. Sa carrière passa par Aix, puis par Bâle, avant que le célèbre baudelairiste William Thomas Bandy (1903-1989) ne l'appelle pour venir enseigner aux États-Unis ; d'abord à Madison puis à Vanderbilt, où Claude Pichois demeura vingt-huit ans.

Superbement imprimé, accompagné d'une riche iconographie, le Dictionnaire Baudelaire est le résultat de plusieurs dizaines d'années d'un patient travail sur l'établissement de l'œuvre et de la correspondance, sur leur annotation, et sur l'histoire de la réception baudelairienne. De Charles Abbatucci, ministre de la Justice à l'époque du procès des Fleurs du mal, à Émile Zola, qui écrivait en 1881 « Baudelaire est un maître dangereux », l'ouvrage prend également en considération la vie du poète, en proposant des notices sur les membres des familles Baudelaire et Aupick, sur Ancelle, sur les nombreux logis de Baudelaire, sur l'histoire mouvementée de la publication de ses poèmes, mais aussi sur la vie littéraire et artistique de l'époque. C'est un monument d'érudition digne des chercheurs de la galaxie Pascal Pia, ici bien présent à travers le Baudelaire qu'il écrivit pour la collection « Écrivains de toujours », mais aussi avec « Les Années de Bruxelles », un faux qui mystifia les chercheurs. La moindre allusion de Baudelaire ou de ses mémorialistes à une personnalité ou à un lieu s'y trouve commentée : Hippolyte Babou, qui trouva au café Lamblin le titre « Les Fleurs du mal » ; les compagnons des années du Corsaire-Satan sous la direction de l'ineffable Le Poitevin Saint-Alme ; Champfleury, qui fut l'auteur d'une des premières évocations de Baudelaire dans son roman à clés, Les Aventures de Mademoiselle Mariette ; Murger bien sûr, sans oublier Gautier, Banville, ou Fernand Boissard et la bande de l'Hôtel Pimodan, adepte des fantasias de haschich. C'est aussi la litanie des cafés et des bouillons fréquentés par le poète, des journaux où il publia (L'Artiste, la Revue des Deux mondes...), des groupes où il commença à « faire école » : le dernier Parnasse, les décadents, le symbolisme avec Mallarmé. Son univers esthétique et littéraire : Delacroix, Meryon et Constantin Guys ; ses lectures : De Maistre et Poe, Custine, Byron, De Quincey occupent évidemment ici une grande place. De même que ses haines bien connues : la Belgique, la canaille et la crapule littéraire.

On a le sentiment, avec ce Dictionnaire Baudelaire, d'assister avec un immense plaisir à l'épanouissement de milliers de notes, libérées du bas de page où elles étaient réduites à la portion congrue. Et la joie du lecteur est proportionnelle à la richesse de l'ouvrage. C'est celle de la flânerie, de la digression, qui fait passer de vies minuscules aux « phares », du salon de Madame Sabatier à l'Hôtel du Grand-Miroir à Bruxelles, qui permet au [...]

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Jean-Didier WAGNEUR, « DICTIONNAIRE BAUDELAIRE (C. Pichois et J.-P. Avice) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dictionnaire-baudelaire/