POE EDGAR ALLAN (1809-1849)

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Edgar Allan Poe, un des écrivains américains les plus célèbres, longtemps controversé dans son pays, a très tôt été reconnu comme un auteur majeur en France grâce aux traductions de Baudelaire et Mallarmé, et aux propos admiratifs de Paul Valéry. Grand inventeur de formes, il est l’un des fondateurs du genre du roman policier avec la trilogie consacrée au chevalier Dupin, mais il est aussi considéré comme un précurseur de la science-fiction, et un des artisans du renouvellement du récit gothique qu’il intériorise (« la terreur ne vient pas d’Allemagne mais de l’âme ») et marque de son empreinte. Célébré au départ seulement pour quelques récits et poèmes, Poe a été redécouvert à partir des années 1950-1960 par les critiques anglo-saxonne puis française (en particulier Claude Richard et Henri Justin) qui ont permis une réévaluation en profondeur de toute son œuvre, après des décennies de falsifications de textes et de mensonges.

Journaliste, critique littéraire, nouvelliste, romancier, essayiste, Poe est un écrivain à multiples facettes. Formé à la culture classique, grand lecteur (Shakespeare, les romanciers gothiques, Walter Scott, etc.), riche d’un savoir encyclopédique qui se reflète dans son œuvre à travers de nombreuses citations, références et allusions, il s’intéresse aussi à l’actualité scientifique, aux explorations, aux voyages en ballon et en bateau, au mesmérisme, aux enterrés vivants, aux automates, à la philosophie, aux mathématiques, au mysticisme allemand, à l’astronomie, à la peste, au télégraphe, au bateau à vapeur, au galvanisme, aux transes post-mortem… La richesse et la complexité de son œuvre se nourrissent de cette curiosité intellectuelle insatiable.

Edgar Allan Poe

Photographie : Edgar Allan Poe

Longtemps sous-estimé dans son pays, Edgar Allan Poe (1809-1849) a vite trouvé la célébrité en France grâce à Charles Baudelaire qui, par ses traductions et ses présentations, a largement contribué à faire connaître l'univers fantasmagorique de l'écrivain. 

Crédits : C.T. Talman/ Library of Congress, Washington, D.C.

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L’œuvre de cet auteur reconnu et célébré partout dans le monde a généré une masse critique considérable de part et d’autre de l’Atlantique. Mais Poe, en raison de son esprit tourmenté, de son destin tragique, de son aura romantique et de sa réputation sulfureuse (alcoolisme, drogue, perversité morale), alimentée par divers biographes et exégètes –  en premier lieu Rufus Griswold, son exécuteur testamentaire, mais aussi Marie Bonaparte dont l’approche freudienne est réductrice –, est devenu dès le début du xxe siècle, une « icône » de la culture populaire à travers la transposition de ses œuvres dans différents médias (cinéma, peinture, bande dessinée, jeux vidéo, radio, musique). Un mythe s’est construit au cours des décennies, fondé sur la confusion persistante entre l’écrivain et ses personnages et une vision parfois fantasmatique de l’œuvre. Poe lui-même a contribué à ce mythe en mettant sa vie en fiction et en se construisant des identités d’emprunt. Comme l’a écrit Claude Richard : « Chacun voudra se mirer dans l’œuvre de Poe. »

Entre vie et fiction

Né à Boston le 19 janvier 1809, fils d’Elizabeth Arnold, actrice de talent, et de David Poe, comédien, Poe, orphelin dès 1811, est recueilli (mais non adopté) par John Allan, riche négociant à Richmond (Virginie) avec qui il aura des relations très conflictuelles. Éduqué en partie en Angleterre et en Écosse, puis à Richmond, après un bref séjour à l’université de Virginie (1826), il s’engage dans l’armée américaine sous le pseudonyme d’Edgar A. Perry, quitte l’armée, puis, provisoirement réconcilié avec Allan, est admis à l’académie militaire de West Point dont il se fait renvoyer après quelques mois, cette fois définitivement brouillé avec Allan et ne supportant plus la discipline militaire. Dès 1829, il publie Al Aaraaf, Tamerlane and Minor Poems. Séjournant à Baltimore chez sa tante Maria Clemm, il soumet cinq contes à un concours organisé par le Saturday Courier de Philadelphie. S’il ne remporte pas le prix, ses contes, appréciés du jury, sont publiés en 1832. En 1833, Manuscrit trouvé dans une bouteille obtient le prix (50 dollars) du concours du Saturday Visiter de Baltimore. En 1835, après avoir publié quelques contes et articles critiques, il est engagé comme rédacteur adjoint du Southern Literary Messenger de Richmond. En mai 1836, il épouse sa cousine Virginia Clemm, âgée de quatorze ans. Il donne de nombreuses critiques et rédige des nouvelles et son roman, Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, qui sera publié en 1838 chez Harper et non dans sa revue qu’il quitte en 1837. Cette même année 1838, il devient rédacteur en chef du Burton’s Gentleman’s Magazine à Philadelphie et publie des contes marquants comme La Chute de la maison Usher. Rédacteur en chef puis propriétaire du Broadway Journal jusqu’en 1846 et la faillite du journal, il y donne des critiques incisives contre Henry Longfellow entre autres, qu’il accuse de plagiat, mais aussi des versions révisées de ses propres contes. En dépit de son amour pour Virginia, Poe entretient des relations platoniques avec diverses femmes, dont la poétesse Frances S. Osgood. Il publie La Genèse d’un poème, à la fois commentaire précis du Corbeau et art poétique, et La Barrique d’Amontillado  (1846), un conte très abouti. Virginia meurt en 1847 et Poe en est gravement affecté. En 1848, il publie Eureka, poème en prose sur la structure de l’univers et rédige Le Principe poétique, édité après sa mort (The Poetic Principle, 1850). Sa liaison avec la poétesse Sarah Helen Whitman n’aboutit pas au mariage en raison de son alcoolisme. Son état physique et mental se dégrade assez rapidement et ses amours (avec Elmira Royster) sont sans lendemain. Il donne cependant des conférences à succès et compose Annabel Lee, un poème majeur. Trouvé inconscient dans une rue de Baltimore, il meurt le 3 octobre 1849. La cause de son décès demeure incertaine.

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Edgar Allan Poe

Edgar Allan Poe
Crédits : C.T. Talman/ Library of Congress, Washington, D.C.

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Double Assassinat dans la rue Morgue, R. Florey

Double Assassinat dans la rue Morgue, R. Florey
Crédits : Everett Collection/ Aurimages

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Le Corbeau, E. Manet

Le Corbeau, E. Manet
Crédits : Heritage Art/ Heritage Images/ Getty Images

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Gilles MENEGALDO, « POE EDGAR ALLAN (1809-1849) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edgar-poe/