ALLEMAGNE (Histoire)Allemagne moderne et contemporaine

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L'époque des confédérations (1806-1871)

1806-1871 : ces deux tiers de siècle ont-ils, dans l'histoire de l'Allemagne, une unité ? Du point de vue du droit public, ils représentent un Zwischenreich, entre la dissolution du Saint Empire romain germanique et la fondation de l'Empire bismarckien.

Mais les trois confédérations qui s'y sont succédé ont à la fois des traits communs et des différences. La Confédération germanique a repris certains aspects de la Confédération du Rhin ; celle de l'Allemagne du Nord a gardé, sous le nom de Bundesrat, l'ancienne Diète de la Confédération germanique, amputée seulement des représentants des quatre États du Sud. Mais ni le nombre des États membres ni la direction fédérale ne sont les mêmes : en 1806, l'empereur des Français est protecteur de la Confédération du Rhin ; en 1815, l'Autriche exerce les droits de Präsidialmacht ; en 1867, le Bundespräsidium est attribué au roi de Prusse.

Si l'on considère l'évolution des pays allemands pendant cette période, les différences n'apparaissent pas moins sensibles : l'Allemagne de 1860 n'est plus celle de 1810, voire de 1820. Politiquement, un événement s'est produit, d'importance capitale, même si les dirigeants de la Confédération affectent d'y voir une regrettable parenthèse, une année de troubles heureusement surmontés : la Révolution de 1848-1849. Le mouvement d'idées qui l'a préparée, les enseignements qu'on en a tirés forment l'un des courants les plus profonds et les plus vigoureux de la psychologie collective.

Dans le domaine social et économique, on ne saurait exagérer l'importance des années 1850-1870 : elles marquent pour l'Allemagne, comme pour l'Europe occidentale et centrale, l'avènement de l'ère industrielle et, à ce titre, le début d'une transformation profonde de la société.

La tonalité générale de l'époque, le décor de la vie ont eux-mêmes évolué au cours de ces soixante-cinq ans. Jusque vers 1840, c'est l'Allemagne Biedermeier, terme qui évoque moins certaine médiocrité bourgeoise qu'une vie à la fois simple et confortable, équilibrée et heureuse, exempte de préoccupations angoissantes pour l'avenir. Avec l'arrivée à l'âge d'homme d'une génération qui n'a pas vécu la guerre de libération, commence une nouvelle période, le Vormärz : prélude du grand mouvement de 1848-1849, bouillonnement d'idées politiques et sociales, espoir d'une Allemagne plus moderne et plus forte. Si l'échec de cette tentative engendre un certain découragement sur le plan politique, celui-ci contraste avec l'effort économique du pays. C'est encore une autre Allemagne qui apparaît vers 1860 : l'Allemagne des chemins de fer et des usines, avec les changements qu'entraîne cette mutation dans la vie de tous les jours et dans la mentalité collective. Confiance inspirée par les progrès de l'économie, poussée de l'esprit d'entreprise, conscience de plus en plus nette de l'unité morale et intellectuelle du peuple allemand, désir d'une véritable réforme du Bund qui donne satisfaction à ces aspirations composent le climat des années qui précèdent l'unité retrouvée.

L'essor démographique et urbain

Les variations des limites des confédérations, les stipulations qui incluent dans la plus durable – le Deutscher Bund de 1815 – certains territoires autrichiens mais laissent en dehors les provinces orientales du royaume de Prusse rendent difficile l'étude démographique de l'Allemagne pendant la période considérée. En 1810, au moment de sa plus grande extension, la Confédération du Rhin englobe 20 millions d'habitants. La Confédération germanique en compte (sans l'Autriche) 24 à 25 en 1815, 30 en 1840, 35 en 1850, 38 en 1860. L'accroissement est dû à une forte natalité dont le taux avoisine 37 p. 1 000, et qui compense largement l'émigration. Celle-ci commence dès 1816-1817 mais se développe surtout à partir du milieu du siècle (crise économique de 1846-1847, réaction politique de 1849-1850). Entre 1850 et 1870 l'émigration allemande représente le quart du total européen. S'embarquant à Hambourg, mais plus encore à Brême, les émigrants gagnent principalement les États-Unis, terre de promesses : ce mouvement s'accentuera à la fin du siècle, mais précède la fondation du IIe Reich.

L'industrialisation qui caractérise les années 1850-1870 va de pair avec l'urbanisation de l'Allemagne. Mais ce sont les villes possédant déjà une certaine importance – capitales d'États ou de provinces – qui s'accroissent. Dans les années soixante, les villes de Cologne et de Nuremberg atteignent 80 000 habitants, Leipzig 91 000, Hanovre et Magdebourg 100 000, Hambourg 400 000. Berlin, qui dépassait les 100 000 vers 1800, renferme 200 000 habitants en 1820, 420 000 en 1848, un demi-million en 1865. Mais le grand essor des villes est postérieur à 1870 ou même à 1880. Au moment de la fondation du IIe Reich, l'Allemagne reste un pays de villes petites ou moyennes, de bourgs et de villages : la population rurale, qui forme 80 p. 100 du total en 1830, en représente encore 64 p. 100 en 1870.

La société : le siècle de la bourgeoisie

Les paysans forment toujours la majorité de la population allemande. Mais la noblesse demeure puissante, et la bourgeoisie connaît un essor qui correspond à celui de l'économie industrielle de type capitaliste.

Les paysans ont bénéficié, dans le premier quart du xixe siècle, de la suppression ou de l'atténuation du régime seigneurial, par les réformes de Stein et de Hardenberg en Prusse (1807-1808, 1811), et aussi par les mesures prises, à l'imitation de la France, dans plusieurs États de la Confédération du Rhin (royaume de Bavière et de Westphalie, grands-duchés de Bade, de Berg et de Hesse-Darmstadt). Le sort des paysans varie suivant les régions. À l'est de l'Elbe, et malgré l'abolition de l'Unterthänigkeit, ils restent sous la domination des junkers, propriétaires du sol et possesseurs de grands domaines. Si, dans les pays rhénans, au Wurtemberg et en Bavière, les paysans sont relativement aisés, la condition de ceux de Hesse-Cassel et de vastes étendues du Hanovre est misérable. Dans l'ensemble du pays, la première moitié du xixe siècle est marquée par la liquidation de la propriété féodale et la disparition des servitudes collectives. Il se forme ainsi une classe de paysans propriétaires et libres. Mais, si ce changement a été un bienfait pour le cultivateur intelligent et actif, il n'en est pas de même dans le cas de terres trop exiguës. Faibles revenus, lourds impôts, dettes hypothécaires sont le lot des petits propriétaires, qui commencent à quitter les campagnes pour les villes et grossissent les rangs du prolétariat industriel. Ou bien, mêlés aux petits fermiers et aux métayers, ils sont réduits à la condition très dure et précair [...]

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Allemagne, 1648

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1850 à 1914. L'Europe émigre

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  • : maître assistant à la faculté des lettres et sciences humaines de Rouen
  • : professeur émérite des Universités, Institut d'études politiques de Paris

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Pour citer l’article

Michel EUDE, Alfred GROSSER, « ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne moderne et contemporaine », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/allemagne-histoire-allemagne-moderne-et-contemporaine/