ALLEMAGNE (Histoire)Allemagne moderne et contemporaine

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Le Deuxième Reich (1871-1918)

L'Allemagne sort agrandie de la guerre de 1870 qu'elle vient de remporter sur la France, grâce à la victoire de Sedan (2 sept. 1870) et à la reddition de Paris (28 janv. 1871). Son accroissement est double : la Confédération de l'Allemagne du Nord voit s'agréger à elle les quatre États du Sud qui s'étaient tenus écartés en 1867. Le nouvel Empire ainsi constitué acquiert, par le traité de Francfort (10 mai 1871), l'Alsace-Lorraine érigée en Reichsland, propriété commune des vingt-cinq États allemands. En tout 540 858 km2 : 1 300 km de Memel à la frontière suisse proche de Bâle, 760 de Trèves à Breslau, 900 de la frontière danoise à la frontière autrichienne au sud de Munich.

Sedan

Photographie : Sedan

L'infanterie prussienne à la bataille de Sedan (France), lors de la guerre de 1870. 

Crédits : Henry Guttmann/ Hulton Archive/ Getty Images

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Paris assiégé

Photographie : Paris assiégé

À Montmartre (Paris), on gonfle le ballon Neptune, sous la surveillance du photographe Nadar, pour une mission de reconnaissance. C'est à bord d'un ballon de ce type que Léon Gambetta a pu quitter Paris assiégé par les Prussiens, en octobre 1870. 

Crédits : Nadar/ Hulton Archive/ Getty Images

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1850 à 1914. L'Europe émigre

Vidéo : 1850 à 1914. L'Europe émigre

Expansion mondiale des Blancs. Ère victorienne. Unité de l'Allemagne et de l'Italie.Les empires coloniaux atteignent leur apogée à la charnière des XIXe et XXe siècles. L'ensemble de l'Afrique ainsi qu'une grande partie de l'Asie sont alors sous la domination d'une Europe triomphante et... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Allemagne, 1870-1871

Dessin : Allemagne, 1870-1871

La formation de l'empire allemand, le IIe Reich (1870-1871). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Le IIe Reich est un empire fédéral marqué par la personnalité de Guillaume Ier (1871-1888) et de Guillaume II (1888-1918), séparés par le règne éphémère de Frédéric III, et l'action des chanceliers Bismarck (1871-1890), Caprivi (1890-1894), Hohenlohe (1894-1900), Bülow (1900-1909) et Bethmann-Hollweg (1909-1917).

Proclamation de l'empire allemand

Photographie : Proclamation de l'empire allemand

Le roi de Prusse Guillaume Ier est proclamé «empereur allemand» le 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces du château de Versailles. Anton von Werner, La Proclamation de l'Empire allemand, 1885. Bismarck-Museum, Friedrichsruh. 

Crédits : AKG

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Theobald von Bethmann-Hollweg

Photographie : Theobald von Bethmann-Hollweg

Le chancelier allemand Theobald von Bethmann-Hollweg (1856-1921), à gauche, en conversation avec le vice-chancelier Karl Helferrich. Successeur de von Bülow en 1909, il est remplacé par Georg Michaelis en juillet 1917. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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L'Allemagne des villes

Un fait essentiel en ce domaine : l'étonnant accroissement numérique de la population, dans des frontières qui restent stables entre 1871 et 1919. De 41 millions d'habitants en 1871, on passe à 45 millions en 1880, 49 en 1890, 56 en 1900, 64 en 1910, 69 en 1914 – en face d'une France qui se hausse avec peine de 36 à 39 millions d'habitants. À quoi est dû cet accroissement démographique ? Le taux de natalité baisse de 39 à 26 p. 1 000. L'émigration est forte jusqu'en 1892, avec deux pointes en 1872 (130 000), puis en 1880 et 1881 (310 000 pour ces deux années), pour se maintenir ensuite au rythme annuel de 100 000, puis de 25 000 de 1895 à 1914. Mais le taux de mortalité diminue de 30 à 20 p. 1 000. L'accroissement de la population s'explique donc par l'excédent des naissances sur les décès : 10 à 11 p. 1 000 en 1871-1880, 15,6 en 1898, pour redescendre à 12 en 1913, soit 800 000 Allemands de plus, en moyenne, chaque année.

Allemagne : évolution de la population des villes de 1700 à 1939

Tableau : Allemagne : évolution de la population des villes de 1700 à 1939

Évolution de la population de quelques villes d'Allemagne jusqu'à la Seconde Guerre mondiale (1939). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Cette population se concentre en certains points privilégiés du territoire du Reich. Forte densité (supérieure à 100) : pays rhénans avec leurs annexes (vallées du Neckar et du Main, de la Sarre et de la Moselle, plaines du Rhin inférieur et de Westphalie), Saxes royale et prussienne, campagnes limoneuses de Hanovre, de Brunswick et de Magdebourg, basses vallées de la Weser et de l'Elbe, versant silésien des Sudètes sur la rive gauche de l'Oder, agglomération berlinoise. Moyenne densité (de 50 à 100) : Forêt-Noire, plateaux souabes, franconiens, bavarois et hessois, côtes de la mer du Nord et (par endroits) de la Baltique, majeure partie de la vallée de l'Oder. Faible densité (inférieure à 50) : grande plaine du Nord, de l'Ems au Niémen.

Ces disparités régionales sont nuancées par la proportion des populations rurales et urbaines. L'accroissement démographique va de pair avec celui du taux d'urbanisation, taux en rapport lui-même avec la transformation de l'économie qui marque l'histoire du IIe Reich. La population urbaine représente 36 p. 100 en 1871, 61 p. 100 en 1910. L'Allemagne, qui compte 8 villes de plus de 100 000 habitants en 1871, en possède 40 en 1900, 48 en 1914 (10 dépassent 300 000). Toutes les villes participent au mouvement : Berlin passe en trente ans (1875-1905) de 966 000 à 2 040 000 habitants, Francfort-sur-le-Main de 230 000 en 1880 à 415 000 en 1912, Stuttgart de 120 000 en 1883 à 250 000 en 1910 ; Nuremberg triple de 1880 à 1910, atteignant 300 000 ; Munich a 250 000 habitants en 1885, 400 000 en 1895, 539 000 en 1900, 607 000 en 1910 ; Magdebourg double (107 000, 214 000) entre 1870 et 1900 ; Hanovre passe de 140 000 en 1885 à 400 000 en 1910, Dresde de 177 000 en 1871 à 548 000 en 1910 ; Leipzig, qui dépassait 100 000 en 1871, atteint 590 000 en 1910. L'évolution de quelques villes de la région rhéno-westphalienne, repérée en 1871, 1890 et 1910, fait apparaître l'importance croissante de cet énorme complexe industriel : Münster 25 000, 49 000, 90 000 ; Bochum 21 000, 48 000, 137 000 ; Gelsenkirchen 8 000, 28 000, 178 000 ; Dortmund 44 000, 90 000, 214 000 ; Essen 52 000, 79 000, 295 000 ; Cologne 129 000, 282 000, 517 000. Les migrations intérieures se font, pour une très large part, en direction du bassin de la Ruhr et de ses prolongements.

Les structures sociales

L'essor démographique s'accompagne d'une certaine transformation des structures sociales, dont beaucoup de traits sont communs à tous les États de l'Europe centrale et occidentale : diminution de la paysannerie, accroissement de la population ouvrière. Ce qui caractérise l'Allemagne, tant bismarckienne que wilhelminienne, c'est la forte position de la noblesse. Sa puissance repose sur la possession (non exclusive) du sol ; les grands domaines – dans la partie orientale de l'Empire surtout – sont de véritables exploitations où l'agriculture perfectionnée se complète par des industries qui en transforment les produits : sucreries, distilleries, féculeries, scieries, extraction de la tourbe. Durs comme maîtres, les junkers se montrent, en général, bons administrateurs, informés des progrès de l'agronomie et habiles à tirer de la terre le maximum. Mais, à partir de 1880-1890, la concurrence des blés russes et américains provoque une crise de mévente qui se traduit par l'endettement croissant des propriétaires et les pousse à réclamer des tarifs protecteurs. Plus avisés, certains d'entre eux ont investi leurs bénéfices dans la grande industrie, tels les Henckel von Donnersmarck dont l'action a été capitale pour le développement de la Silésie. Ceux-ci appartiennent à la noblesse ancienne ; mais le cas inverse peut se rencontrer, la puissance industrielle conférant, par la grâce du souverain, la noblesse héréditaire : tels les Krupp von Bohlen und Halbach. L'opposition des médiatisés – la « noblesse d'ancien régime » – forte dans les chambres hautes des parlements jusqu'en 1848, et même jusqu'en 1866, a bien diminué avec le renouvellement des générations : la noblesse forme un corps uni et influent qui peuple non seulement les cours des souverains allemands, mais la haute administration, la diplomatie et surtout l'armée, où les cadres de certaines unités (de la Garde, en particulier) sont pratiquement le monopole de la noblesse.

Allemagne : population de 1830 à 1939

Tableau : Allemagne : population de 1830 à 1939

Composition de la population allemande de 1830 à 1939. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La bourgeoisie allemande est, elle aussi, bien individualisée, même si l'on tient compte de ses différents niveaux et des facilités d'accession à ce qui n'est nullement – sauf pour le patriciat des villes hanséatiques – une caste fermée. Fonctionnaires, professeurs d'université, « juristes », médecins, ingénieurs, industriels, commerçants, sans oublier les membres du clergé, au moins dans l'Église luthérienne, [...]

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Allemagne, 1648

Allemagne, 1648
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1850 à 1914. L'Europe émigre

1850 à 1914. L'Europe émigre
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  • : maître assistant à la faculté des lettres et sciences humaines de Rouen
  • : professeur émérite des Universités, Institut d'études politiques de Paris

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Pour citer l’article

Michel EUDE, Alfred GROSSER, « ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne moderne et contemporaine », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/allemagne-histoire-allemagne-moderne-et-contemporaine/