La représentation que se fait spontanément un contemporain de l'inspiration en général et de l'inspiration poétique en particulier remonte pour l'essentiel aux idées formulées par Platon au ive siècle avant J.-C. Or, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, Platon opère un renversement complet par rapport à tout ce qui avait été traditionnellement accepté avant lui. D'où la nécessité de remonter plus avant dans le temps, et de considérer ce qu'ont pu dire de l'inspiration les poètes, qui se prétendaient inspirés.
Dans le Phèdre, Platon critique la rhétorique pratiquée à son époque. Pour garder à sa critique une dimension raisonnable, il la fait porter sur un exemple, un discours rédigé par Lysias et que Phèdre lit à Socrate au début du dialogue. Ce discours développe, comme c'était souvent le cas à l'époque, un thème paradoxal : un garçon doit accorder ses faveurs à qui les sollicite, à condition que ce dernier déclare ne pas être amoureux. L'amoureux en effet est un fou, qui ne peut qu'être désagréable et malfaisant à l'égard de celui qu'il prétend aimer. Dans un premier temps, Socrate tente […]
