Observée dans des contextes culturels très divers, la possession par des entités divines – « esprits », « génies », etc. – est un phénomène social d'une grande fréquence, qui a suscité des interrogations et reçu des interprétations multiples. Une très vaste littérature a tenté de rendre compte de ce « fait social total », qui qualifie aussi bien les cultes dionysiaques grecs (le ménadisme notamment) que certains épisodes qui ont jalonné l'histoire du christianisme européen. Si la possession, dont les multiples manifestations se traduisent par une incertitude lexicale – transe, extase, démonisme, médiumnité, etc. –, a longtemps ressorti au domaine de la psychologie, où elle a été analysée en termes d'états dissociatifs, de perte de la conscience, de déstructuration psychique, etc., la manière dont l'étudie l'anthropologie contemporaine s'articule autour de questions différentes. Rarement équipés pour aborder de tels problèmes dans leurs dimensions physiologiques et psychologiques – quand ils ne sont pas nettement hostiles à l'usage de concepts psychologiques –, les anthropologues qui ont rencontré sur le terrain des phénomènes d'altérations codifiées de la personnalité se sont intéressés à ce qui, dans la possession, dépend à l'évidence d'un contexte culturel et social déterminé : l'appareil rituel et symbolique qui se trouve par là mis en œuvre, la position sociale de l'individu « possédé », les systèmes de causalités repérables et les modifications statutaires individuelles qui en résultent, la place, enfin, de la possession dans l'ensemble de l'organisation sociale du groupe. L'examen de ce dernier point conduit à des questions plus générales : de quelle manière s'opère ou échoue à s'effectuer l'insertion de la possession dans un cadre culturel socialement institutionnalisé ? Pour quelles raisons la possession demeure-t-elle un fait « marginal » ? Dans quelle mesure la possession de sous-groupes d'individus par des entités extra-humaines intéresse-t-elle, dans le cas d'un culte institué, l'ensemble de la communauté ou seulement le devenir biographique des possédés ?
1. Le christianisme et les possédés
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