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TAÏWAN [T'AI-WAN]

Nom officiel

Taïwan, République de Chine (TW) [n'est plus membre de l'O.N.U. depuis 1971]

    Chef de l'État

    Tsai Ing-wen (depuis le 20 mai 2016)

      Chef du gouvernement

      Chen Chien-jen (depuis le 31 janvier 2023)

        Siège du gouvernement

        Taipei

          Langue officielle

          Chinois mandarin

            Unité monétaire

            Nouveau dollar de Taïwan (TWD)

              Population (estim.) 23 356 000 (2024)
                Superficie 36 197 km²

                  Les prémices de la démocratisation

                  Taïwan vit depuis 1949, sur le plan des institutions politiques, dans le mythe de la réunification du continent sous l'égide de la république de Chine. Le Kuomintang, vaincu de la guerre civile, y a appliqué depuis 1948 la loi martiale, dont un des effets est l'interdiction des autres partis politiques et des manifestations. Les législateurs élus lors de la défaite pour « représenter », dans l'exil, leur province de Chine sont restés en place de façon ininterrompue.

                  Pourtant, la libéralisation qui s'engageait depuis le début des années 1970 a franchi des étapes décisives. Depuis 1969, des élections complémentaires permettaient, tous les trois ans, de choisir des représentants pour la « province » de Taïwan, c'est-à-dire pour la population de l'île. Le mouvement des dangwai, candidats « hors parti », a souffert de la reconnaissance de la Chine populaire par les États-Unis : elle a été en effet le prétexte utilisé par le gouvernement pour annuler les élections prévues à cette date. L'interdiction de la revue Formose et le procès qui suivit les manifestations de protestation marquèrent l'apogée de la confrontation avec le gouvernement.

                  Chiang Ching-kuo, 1975 - crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

                  Chiang Ching-kuo, 1975

                  Depuis lors, le président Chiang Ching-kuo (fils et successeur de Chiang Kai-shek), poussé il est vrai par les progrès de l'électorat d'opposition et par les pressions américaines, a franchi les étapes d'une libéralisation prudente : jusqu'en 1986, celle-ci a concerné les libertés d'expression et le droit d'organisation officieux plutôt qu'une refonte du système politique. Certains incidents ont plutôt servi à affirmer cette tendance. Ainsi en fut-il de l'assassinat aux États-Unis de Henry Liu, auteur d'une biographie critique de Chiang Ching-kuo : sous la pression américaine, des responsables des services secrets taïwanais furent jugés et condamnés ; parallèlement, Chiang Ching-kuo se voyait contraint d'écarter ses fils de la succession politique.

                  C'est à partir de 1986 que surviennent les événements décisifs de la démocratisation. La chute du régime de Ferdinand Marcos aux Philippines, les grandes manifestations coréennes et même l'atmosphère de dégel en Chine populaire encouragent intellectuels et jeunes Taïwanais. Avec la levée des restrictions concernant les voyages à l'étranger et l'enrichissement des classes moyennes, Taïwan est devenue une société informée et partiellement internationalisée. Sans doute la volonté de Chiang Ching-kuo de construire lui-même la transition politique a-t-elle joué : l'homme qui avait été le chef de la police de son père a joué un rôle constamment réformateur dans ses dernières années, appuyé sur Lee Huan, secrétaire général du Kuomintang, et Lee Teng-hui, vice-président de la République et Taïwanais de souche. À partir de mars 1986, c'est Chiang Ching-kuo qui a annoncé au KMT le passage à des institutions démocratiques ; en septembre 1986, les opposants fondent le Parti démocrate progressiste (DPP, Democratic Progressive Party), sans encourir les foudres des autorités. La levée de la loi martiale, annoncée dès octobre 1986, est effective en juillet 1987 ; toutefois, une loi de sécurité nationale interdit de prôner le séparatisme taïwanais et laisse aux autorités le contrôle des voyages hors de l'île.

                  Le rythme de la libéralisation s'accélère alors, bien que les élections provinciales ne donnent pas plus d'un tiers des voix à l'opposition : celle-ci ne peut être représentée dans toutes les circonscriptions. Le DPP est divisé entre une faction modérée, dirigée essentiellement par le vétéran Kang Ning-hsiang, et des Jeunes-Turcs plus favorables à l'affrontement et à l'indépendance. Mais le Kuomintang est, lui aussi, traversé de courants, la vieille garde conservatrice regroupée autour[...]

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                  Écrit par

                  • : docteur en études chinoises (Institut national des langues et civilisations orientales, Paris), maître de conférences en langue et civilisation chinoises à l'université Charles-de-Gaulle Lille 3
                  • : chercheur de troisième cycle à l'université de Paris-VII
                  • : docteur ès lettres, professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne
                  • : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis
                  • : maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales, maître de recherche à l'Institut français des relations internationales
                  • : journaliste
                  • : maître de conférences, responsable du centre de Taipei de l'Ecole française d'Extrême-Orient
                  • : professeur émérite des Université, université Bordeaux Montaigne
                  • : professeure émérite à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO)
                  • : docteur de troisième cycle en études sur l'Extrême-Orient et l'Asie-Pacifique, consultant-formateur Chine, journaliste
                  • : critique de cinéma, maître de conférences en histoire et esthétique de cinéma, université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

                  Classification

                  Pour citer cet article

                  Philippe CHEVALÉRIAS, Évelyne COHEN, Jean DELVERT, Encyclopædia Universalis, François GODEMENT, Adrien GOMBEAUD, Frank MUYARD, Angel PINO, Isabelle RABUT, Pierre SIGWALT et Charles TESSON. TAÏWAN [T'AI-WAN] [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

                  Article mis en ligne le et modifié le 18/01/2024

                  Médias

                  Taïwan : carte physique - crédits : Encyclopædia Universalis France

                  Taïwan : carte physique

                  Taïwan : drapeau - crédits : Encyclopædia Universalis France

                  Taïwan : drapeau

                  Taïwan : contraintes naturelles et industrialisation - crédits : Encyclopædia Universalis France

                  Taïwan : contraintes naturelles et industrialisation

                  Autres références

                  • TAÏWAN, chronologie contemporaine

                    • Écrit par Universalis
                  • SHIMONOSEKI TRAITÉ DE (17 avr. 1895)

                    • Écrit par
                    • 184 mots

                    L'annexion de Formose par le Japon est réalisée par le traité de Shimonoseki (17 avril 1895) qui achève la courte guerre sino-japonaise de 1894-1895. Elle marque la véritable entrée du Japon dans le cercle restreint des puissances impérialistes de la fin du xixe siècle. Longtemps fermé...

                  • ASIE (Structure et milieu) - Géographie physique

                    • Écrit par , et
                    • 34 872 mots
                    • 8 médias
                    Taiwan, 35 970 km2, qu'un détroit peu profond, vraisemblablement un fossé tectonique, sépare de la Chine, est une île très montagneuse : le point culminant atteint 3 997 m dans le Yushan et le tiers de l'île a plus de 1 000 m d'altitude. Le relief dissymétrique dessine une concavité vers le Pacifique...
                  • ASIE (Géographie humaine et régionale) - Dynamiques régionales

                    • Écrit par , , , et
                    • 24 799 mots
                    • 10 médias
                    Pendant la colonisation japonaise, la Corée etTaïwan se modernisent : infrastructures, quelques industries lourdes, développement agricole, instruction publique, formation d'une classe de technocrates. Une fois l'indépendance acquise et les troubles de la « guerre froide » dissipés, la réforme agraire...
                  • CHIANG CHING-KUO (1909-1988)

                    • Écrit par
                    • 493 mots
                    • 1 média

                    Fils de Chiang Kai-chek (Tchiang Kai-chek) qui l'envoie, adolescent, suivre les cours de l'université Sun Yat-sen à Moscou, Chiang Ching-kuo (Jiang Jingguo) ne regagne la Chine qu'en 1937, soit dix ans après la rupture intervenue entre son père et Moscou. En Union soviétique, le jeune Chiang est entré...

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