TAÏWAN [T'AI-WAN] (FORMOSE)

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Nom officielTaïwan, République de Chine (TW) [n'est plus membre de l'O.N.U. depuis 1971]
Chef de l'ÉtatTsai Ing-wen (depuis le 20 mai 2016)
Chef du gouvernementSu Tseng-chang (depuis le 14 janvier 2019)
Siège du gouvernementTaipei
Langue officiellechinois mandarin
Unité monétairenouveau dollar de Taïwan (TWD)
Population23 487 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)36 197

La littérature

L'étude de la littérature taïwanaise devrait théoriquement envisager la diversité ethnique de l'île, y compris dans sa composante autochtone. En réalité, celle-ci a été pratiquement ignorée jusqu'aux années 1980, époque à laquelle des écrivains d'origine aborigène, mais s'exprimant en langue chinoise, ont commencé à attirer l'attention. La tradition orale de ces peuples a alors fait l'objet d'une collecte et d'une mise en forme. C'est donc, pour l'essentiel, de la littérature des immigrés chinois, largement majoritaires sur l'île, qu'il sera question ici, même si l'identité taïwanaise demeure éminemment problématique.

L'occupation japonaise

On sait que l'immigration en provenance du continent atteignit des proportions importantes à partir de la dynastie des Ming (1368-1644). Sous l'influence de Zheng Chenggong (Koxinga), l'île est devenue par la suite un bastion de la résistance aux Mandchous. C'est un fonctionnaire réfractaire à la dynastie mandchoue des Qing (1644-1911), Shen Guangwen (Shen Kwang-wen, 1612-1688), qui, après s'être exilé à Taïwan, y introduisit la culture lettrée chinoise.

Lorsque Taïwan passe aux mains des Japonais, en 1895 – après l'éphémère expérience républicaine –, la culture traditionnelle est donc solidement implantée. Elle sera remise en cause lors du mouvement dit de la « nouvelle littérature » (Xin wenxue yundong), qui démarre avec le lancement en 1920, par des étudiants résidant à Tokyo, de la revue Taiwan qingnian (Jeunesse taïwanaise), et qui promeut l'usage de la langue vernaculaire, l'éducation des masses et la critique sociale menée sur un mode réaliste. À la résistance armée, sporadique durant les vingt premières années d'occupation, succède alors la résistance culturelle. Toutefois, à Taïwan comme sur le continent, et probablement à un degré plus élevé, ce projet patriotique revêt une nécessaire ambiguïté, liée au fait que la défense de la nation passe par sa régénérescence, et donc par la dénonciation, de son système social et de ses valeurs passées (féodalisme, confucianisme) autant que par l'ouverture à une modernité incarnée précisément par l'occupant nippon.

La parenté entre le mouvement de la nouvelle littérature taïwanaise et la révolution littéraire née du mouvement du 4 mai 1919, sur le continent, est évidente : Zhang Wojun (Chang Wo-chun, 1902-1955), un de ses principaux artisans, avait fait ses études à Pékin, où il résidera de 1926 à 1946. De son côté, Lai He (Lai Ho, 1894-1943), considéré comme le père de la littérature taïwanaise moderne, est comparé à Lu Xun. Néanmoins, le problème de la langue et de l'identité taïwanaises ne pouvait manquer de se poser rapidement : si Zhang Wojun estimait que le parler local de Taïwan ne réussirait à entrer dans la littérature qu'à la condition de se réformer, d'autres, surtout dans les milieux de gauche – Huang Shihui (Huang Shih-hui) ou Guo Qiusheng (Kuo Chiu-sheng) –, préconisent, à l'aube des années 1930, son usage immédiat. Ce qui n'était pas sans comporter de réelles difficultés linguistiques, la forme écrite du parler taïwanais étant encore largement à construire.

La question est restée d'ailleurs en suspens, le japonais ayant peu à peu supplanté le chinois au cours de la décennie suivante : à partir de 1930, en effet, l'emprise coloniale se renforce, et l'enseignement en langue japonaise se généralise chez les élites et dans la classe moyenne. Les écrivains, formés au Japon, utilisent ordinairement le japonais dans leurs œuvres, et concourent même pour des prix littéraires décernés dans ce pays – Yang Kui (Yang Kuei, 1905-1985), Lü Heruo (Lu Ho-jo, 1914-1950), Long Yingzong (Lung Ying-tsung, né en 1911). Après le déclenchement de la guerre sino-japonaise, en 1937, le Japon va intensifier sa politique d'assimilation et bannir l'usage du chinois dans les publications. Et tandis qu'il tente de rallier les intellectuels à sa politique de la « Grande Asie orientale » et lance la revue Wenyi Taiwan (Taïwan littéraire et artistique), la résistance de certains écrivains – Zhang Wenhuan (Chang Wen-huan, 1909-1978), Lü Heruo, Yang Kui –, autour d'une publication concurrente, Taiwan wenxue (Littérature taïwanaise), se traduit indirectement par le réalisme et la couleur locale des descriptions. En 1943, Wu Zhuoliu (Wu Chuo-liu, 1900-1976) entreprend en secret la rédaction de son roman Yaxiya de gu'er (Orphelins d'Asie), qui paraîtra au Japon en 1956.

Après le retour à la Chine

La fin de la guerre, proclamée le 15 août 1945, et suivie quelques mois après par l'arrivée de fonctionnaires venus de Chine, provoque une rupture avec la période antérieure en balayant à la fois la littérature en langue japonaise et la conscience taïwanaise naissante pour imposer la suprématie des continentaux. L'éducation chinoise est immédiatement rétablie, mais le désenchantement ne tarde pas à gagner la population. La situation se durcit après l'incident du 28 février 1947, qui aura pour conséquence de réduire au silence l'élite de l'île. La rubrique littéraire en langue japonaise du Zhonghua ribao (Quotidien la Chine) est supprimée. Adaptées du japonais ou rédigées dans un chinois indigent, les œuvres taïwanaises publiées dans Qiao (Le Pont), le supplément littéraire du Xin sheng bao (Journal de la vie nouvelle), révèlent le handicap dont souffrent les écrivains locaux. Si continentaux et insulaires semblent mus par une volonté commune de reconstruction de la littérature taïwanaise, le fossé qui les sépare n'en est pas moins profond : les premiers, peu au fait du développement de la littérature taïwanaise au cours du demi-siècle écoulé, oscillent à son égard entre méfiance et condescendance ; elle doit, à leurs yeux, se débarrasser en priorité des influences nippones et rattraper son retard sur celle du continent plutôt que de cultiver ses spécificités locales.

Au lendemain de la débâcle nationaliste et du repli de Tchiang Kai-chek à Taïwan en décembre 1949, les années 1950 sont marquées par la « terreur blanche » : maints intellectuels sont victimes de la répression qui frappe sympathisants communistes et indépendantistes (ces deux engagements allant parfois de pair). Yang Kui, arrêté dès 1949 pour avoir rédigé un Manifeste en faveur de la paix, passera douze ans sur la tristement célèbre « Île verte », qui accueillera plus tard d'autres opposants politiques, comme Chen Yingzhen (Ch'en Ying-chen, né en 1937) ou Bo Yang (Po Yang, né en 1920). L'Association des lettres et des arts de Chine (Zhongguo wenyi xiehui), instituée en mai 1950 et qui contrôle toute la vie littéraire, a fait de la lutte contre le communisme un de ses objectifs (c'est le temps de la guerre froide, avec le conflit en Corée et le Pacte de défense mutuelle signé par Taïwan et les États-Unis). Les écrivains taïwanais, bâillonnés ou disqualifiés par leur méconnaissance du mandarin, laissent le champ libre à leurs confrères du continent, spécialement aux militaires comme Zhu Xining (Chu Hsi-ning, 1926-1998), Sima Zhongyuan (Ssu-ma Chung [...]

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Taïwan : carte physique

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Taïwan : drapeau

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Taïwan : contraintes naturelles et industrialisation

Taïwan : contraintes naturelles et industrialisation
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Conférence du Caire, 1943

Conférence du Caire, 1943
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Écrit par :

  • : docteur en études chinoises (Institut national des langues et civilisations orientales, Paris), maître de conférences en langue et civilisation chinoises à l'université Charles-de-Gaulle Lille 3
  • : chercheur de troisième cycle à l'université de Paris-VII
  • : docteur ès lettres, professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne
  • : maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales, maître de recherche à l'Institut français des relations internationales
  • : journaliste
  • : maïtre de conférences à l'université nationale centrale, Taïwan
  • : professeur à l'université de Bordeaux-III-Michel-de-Montaigne, responsable du département d'études chinoises, directeur du Centre d'études et de recherches sur l'Extrême-Orient
  • : docteur de troisième cycle en études sur l'Extrême-Orient et l'Asie-Pacifique, consultant-formateur Chine, journaliste
  • : critique de cinéma, maître de conférences en histoire et esthétique de cinéma, université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Philippe CHEVALÉRIAS, Évelyne COHEN, Jean DELVERT, François GODEMENT, Adrien GOMBEAUD, Frank MUYARD, Angel PINO, Pierre SIGWALT, Charles TESSON, « TAÏWAN [T'AI-WAN] (FORMOSE) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/taiwan-t-ai-wan/