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ROYAUME-UNI Géographie

Capitale Londres
Langue officielle Anglais (Le gaélique et le gallois sont reconnus comme langues officielles localement.)
Population 68 350 000 habitants (2023)
    Superficie 243 610 km²

      Article modifié le

      Un paysage urbain recomposé

      Urbanisation et réseaux urbains

      Royaume-Uni : principales aires urbaines - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Royaume-Uni : principales aires urbaines

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      Comme le laisse supposer sa densité moyenne, le Royaume-Uni est un pays exceptionnellement urbanisé. Dans la mesure où les définitions de l'espace urbain (qui mêlent usage des sols et densité de peuplement) diffèrent d'un organisme à l'autre, d'une nation à l'autre et d'un recensement à l'autre, les estimations quantitatives peuvent elles aussi varier. Toutefois, selon les critères qui avaient été retenus pour le recensement de la population de 2001, et hors Irlande du Nord, les espaces urbanisés représentent moins de 10 % de la Grande-Bretagne mais regroupent 80 % de la population. Plus précisément, 40 % des ménages britanniques, soit un tiers de la population totale, résident dans l'une des dix premières aires urbaines (urban areas) du pays, qu'on doit distinguer des municipalités, entités purement administratives aux territoires beaucoup moins étendus. Ces grandes agglomérations, certaines millionnaires et même multimillionnaires, sont parfois peu distantes les unes des autres et reliées par un réseau autoroutier très dense, au point de donner de certaines régions l'impression qu'elles ne sont guère que de vastes conurbations.

      Historiquement, une bonne partie du réseau urbain britannique, en tout cas anglais, est héritée des villes et garnisons romaines mises en place pour contrôler les voies commerciales. Le reste est lié à la géographie des sites portuaires les plus favorables et/ou à la géographie des ressources naturelles qui a commandé l'implantation et le développement des grandes villes industrielles aux xviiie et xixe siècles. Pour certaines cités, leur existence tient des deux facteurs. C'est par exemple le cas de Manchester, où on peut encore observer les vestiges du mur d'enceinte romain mais dont l'explosion démographique est intervenue au moment de l'essor de l'industrie textile (bien amorcé dès le xviiie siècle) à laquelle elle doit son surnom de Cottonopolis.

      Château d'Édimbourg - crédits : Marcus Brooke/ The Image Bank/ Getty Images

      Château d'Édimbourg

      Du fait de la division du pays en sous-unités nationales auxquelles correspondent des réalités administratives et économiques spécifiques, on ne peut décrire le système urbain britannique comme un réseau unique. Pour autant, le poids démographique, économique et politique de Londres lui permet de dominer l'ensemble de la structure urbaine qui est marquée par une certaine macrocéphalie. Pour ce qui est des niveaux inférieurs de la hiérarchie urbaine, Birmingham et Manchester se placent à un niveau intermédiaire entre Londres et des villes de rang inférieur au rayonnement régional indiscutable comme Liverpool, Leeds, Bristol ou Newcastle. En Écosse, la structure urbaine est fondée sur la répartition des fonctions entre Glasgow l'industrieuse et Édimbourg la cité royale, qui polarise l'essentiel des pouvoirs (politiques et économiques). Les réseaux urbains nord-irlandais et gallois sont plus élémentaires encore. Londonderry, la deuxième agglomération ne peut évidemment pas rivaliser avec Belfast. Au pays de Galles, Cardiff, grâce à ses fonctions politiques, touristiques et à l'affirmation de son rôle de relais régional en matière de services supérieurs aux entreprises, émerge aisément au sein d'un complexe urbain qui concentre les quatre premières villes du pays dans un rayon de 30 kilomètres. Globalement ce réseau urbain et ses sous-ensembles n'ont pas été bouleversés par les évolutions démographiques parfois contrastées des villes qui les composent. En effet, parmi les plus grandes agglomérations, quelques-unes perdaient des habitants entre 1981 et 2010 (Liverpool notamment), d'autres telles que Manchester et Birmingham en gagnaient de nouveau après en avoir perdu sur le début de la période, alors que d'autres encore, telles que Bristol ou Londres, voyaient croître leur nombre d'habitants depuis les années 1980.

      Processus de recompositions socio-spatiales des métropoles et politiques urbaines

      Cependant, en affinant l'échelle d'observation, il apparaît que les processus démographiques de recomposition urbaine les plus lourds sont à l'œuvre à l'intérieur même des agglomérations. En effet, dans la plupart des cas, la tendance à l'étalement urbain est maintenue, souvent par exurbanisation de la population des villes-centres vers les périphéries plus ou moins proches. Par exemple, les municipalités de Manchester City ou de Liverpool ont respectivement perdu 150 700 et 169 000 habitants entre 1971 et 2001. Dans les agglomérations où se sont cumulés étalement et tassement démographique, c'est donc la densité de peuplement qui a fini par fléchir, parfois dans des proportions non négligeables.

      Ce phénomène s'explique, d'une part, par les profondes mutations économiques, et, d'autre part, par une organisation socio-spatiale spécifiquement anglo-saxonne. À cet égard, les villes britanniques ressemblent plus aux villes nord-américaines qu'aux villes d'Europe continentale. Tandis que les centres-villes sont dédiés aux affaires, les zones péricentrales ont longtemps concentré les équipements industriels autour desquels les logements populaires (essentiellement publics après 1945) accueillaient les populations ouvrières. Au-delà des péricentres s'étendent les zones résidentielles plus ou moins aisées (parfois sous la forme de quartiers fermés pour les plus huppées) qui, au fil des ans, ont accueilli tous ceux qui pouvaient se permettre d'accéder à la propriété en plus ou moins proche banlieue. Par conséquent, les quartiers péricentraux et leurs habitants ont été les plus directement affectés par la désindustrialisation des économies urbaines. Se sont alors accumulés, dans les Inner Cities (terme générique désignant les quartiers défavorisés et localisés la plupart du temps dans les zones péricentrales), tous les symptômes de la crise sociale et urbaine : friches industrielles et/ou portuaires, dégradation du cadre bâti, chômage de masse, délinquance, ghettoïsation des minorités ethniques, etc. Ce sont naturellement ces quartiers marginalisés qui sont les principaux théâtres des émeutes urbaines qui éclatent ponctuellement en Grande-Bretagne, notamment en 1981 (Notting Hill à Londres, Moss Side à Manchester, Toxteth à Liverpool), durant l'été de 2001 et de 2011.

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      Ce contexte explique que les quartiers péricentraux aient bénéficié de l'essentiel des politiques urbaines mises en place depuis les années 1960, dont le Urban Programme à partir de 1968. Dans les années 1980, les opérations phares ont été conduites par les Urban Development Corporations (UDC). Il s'agissait d'organismes parapublics d'une durée de vie moyenne de dix ans à la tête desquels le ministère de tutelle nommait un président chargé d'utiliser les finances publiques pour attirer les investissements privés et procéder à la requalification économique et résidentielle de secteurs (souvent localisés sur les fronts d'eau ou waterfront) touchés par la désindustrialisation. C'est sous ce régime dérogatoire (car le territoire de compétence et d'action des UDC était arbitrairement soustrait à la responsabilité des municipalités sur lesquelles il s'étendait) qu'ont été conduites les principales opérations de régénération des années 1980 et 1990, notamment dans les Docklands de Londres, mais aussi à Newcastle, Leeds ou encore à Cardiff. Par ailleurs, les UDC ont été complétées par une trentaine de zones d'entreprises, c'est-à-dire des zones au sein desquelles les exemptions fiscales (pour une durée de dix ans) et autres formes de déréglementation (en matière d'urbanisme notamment) étaient censées attirer les investisseurs. De tailles, de configurations (uni ou multi-sites), de natures (services ou industries) et de localisations (périurbaines, péricentrales, centrales) différentes, elles ont eu des succès très inégaux et ont été d'une efficacité économique toute relative. Quant à la politique urbaine des années 2000, elle a été construite autour des notions d'Urban Renaissance (reprise démographique des villes) suggérées par le rapport commandé à l'architecte Lord Rogers (1999) et de NeighbourhoodRenewal(renouvellement urbain). Complétée par les initiatives des collectivités locales, cette régénération urbaine a contribué à enrayer le déclin démographique des villes-centres de certaines grandes agglomérations.

      Au final, le bilan de ces politiques est mitigé. Certaines villes, comme Leeds ou Cardiff, ont trouvé un second souffle, qui se concrétise dans l'espace par la reconquête et la réappropriation sociale et culturelle des fronts d'eau ou de quartiers péricentraux autrefois répulsifs et aujourd'hui embourgeoisés, ou gentrifiés. Toutefois, des villes entières restent en marge de la nouvelle économie (Bradford, ancienne capitale de l'industrie lainière, en est une triste illustration), de même que de grands quartiers d'habitat social (qui a fait l'objet d'une privatisation massive), y compris à Londres. Enfin, chose probablement unique en Europe de l'Ouest, de vastes portions de villes, souvent des îlots d'alignements victoriens, édouardiens voire géorgiens dont les portes et fenêtres des maisons ont été murées par les pouvoirs publics, sont presque totalement désertées (notamment à Liverpool, ou même à Leeds, en dépit de son indiscutable renouveau économique).

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      Royaume-Uni : carte physique - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Royaume-Uni : carte physique

      Buachaille Etive Mor - crédits : Gannet77/ Getty Images

      Buachaille Etive Mor

      Snowdonia - crédits : Travelpix Ltd/ The Image Bank/ Getty Images

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