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Royaume-Uni : carte physique

Royaume-Uni : carte physique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Snowdonia

Snowdonia
Crédits : Travelpix Ltd/ The Image Bank/ Getty Images

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Chaussée des Géants, Irlande

Chaussée des Géants, Irlande
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Loch Shiel, Royaume-Uni

Loch Shiel, Royaume-Uni
Crédits : J. Richardson/ National Geographic/ Getty

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CapitaleLondres
Langues officiellesanglais ; gaélique et gallois (langues officielles localement)
Unité monétairelivre sterling (GBP)
Population66 834 000 (estim. 2019)
Superficie (km2)242 500

La Grande-Bretagne et l'Irlande du Nord constituent le Royaume-Uni, qui s'étend sur 244 030 km2 et abrite, selon les estimations de 2011, 62,6 millions d'habitants. La Grande-Bretagne est elle-même formée de l'Angleterre, du pays de Galles et de l'Écosse, tandis que l'Irlande du Nord n'est que l'extrémité orientale de la seconde des deux grandes îles Britanniques, dont le reste constitue une autre unité politique pleinement indépendante depuis 1949, l'Eire ou Irlande du Sud. L'Angleterre et le pays de Galles occupent ensemble une superficie de 151 120 km2. L'Écosse a une superficie qui correspond à peu près à la moitié de celle de l'Angleterre et du pays de Galles réunis (78 764 km2). Enfin, l'Irlande du Nord, ou Ulster, couvre 14 146 km2.

Royaume-Uni : carte physique

Royaume-Uni : carte physique

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Carte physique du Royaume-Uni. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Ces premiers chiffres montrent que le Royaume-Uni est loin de former un ensemble homogène : les conditions physiques sont nettement différentes au nord et à l'ouest de ce qu'elles sont à l'est, et surtout au sud-est. Les montagnes d'Écosse, celles du pays de Galles et les petits massifs de Cornouailles, plus arrosés, plus éventés, servent d'abris aux collines et aux plaines des bords de la mer du Nord et du bassin de Londres. L'Irlande du nord elle-même a un relief compartimenté. Dans ce cadre physique morcelé, les entreprises humaines sont très diversifiées : non seulement l'Angleterre est, de toutes les parties de la Grande-Bretagne, celle qui est la plus industrialisée, la plus peuplée, celle qui renferme le plus grand nombre de métropoles, mais, à l'intérieur même de ce cadre, comme à travers tout le Royaume-Uni, les oppositions sont fortes : les Lowlands, peuplés et industriels, contrastent fortement avec les landes et les prairies dénudées des montagnes voisines ; le sud du pays de Galles est accroché au rebord méridional du massif gallois, presque vide d'installations humaines ; dans le bassin de Londres même et les plaines du Sud, les estuaires et les côtes rassemblent les principales agglomérations (Londres, Liverpool, les grandes villes du Sud-Est, Bristol, Brighton, Southampton), tandis qu'une seconde couronne de régions à la population dense accompagne les bassins houillers qui encadrent de leurs affleurements et de leurs prolongements toute la petite chaîne centrale nord-sud des Pennines (Lancashire, Midlands, Yorkshire, dont les grandes villes sont Leeds, Bradford, Birmingham, Manchester).

Snowdonia

Snowdonia

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Paysage du Snowdonia National Park, pays de Galles. 

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Ainsi apparaissent, dès le premier coup d'œil sur une carte, trois influences fondamentales caractéristiques : les milieux hostiles de la montagne, battue par le climat océanique ; l'accumulation des populations attirées par la mer et ses multiples ressources ; la formation des grandes régions industrielles autour des bassins houillers depuis le xviiie siècle, et qui polarisent encore une bonne partie de l'industrie nationale. Malgré les transformations récentes de l'économie, l'étalement des banlieues autour des villes importantes et la prolifération des cités balnéaires et des lieux de retraite, notamment sur la côte sud, la répartition des hommes au Royaume-Uni apparaît fortement liée au milieu naturel, ce qui peut sembler une sorte de paradoxe dans ce pays hautement industrialisé, et qui est actuellement un des plus urbanisés du monde.

—  Jacqueline BEAUJEU-GARNIER, Catherine LEFORT

Après un profond recul de sa puissance industrielle dans les années 1970, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord est passé en moins de trente ans du statut de grand malade européen à celui de bon élève, voire de modèle à suivre, tout au moins jusqu'’à la crise financière et économique de 2008. De fait, sur le long terme, son redressement économique a été spectaculaire. Avec 2 189 milliards de dollars en 2009 (contre 2 345 milliards de dollars en 2006), il s'agissait de la cinquième économie du monde en volume (juste devant la France). En 2008, le P.I.B. par habitant s’élevait à 43 544 dollars, contre 45 230 pour les États-Unis et 44 675 pour la France. Jusqu’à la crise de 2008, le Royaume-Uni affichait de bons indicateurs macroéconomiques (croissance dynamique, faible taux de chômage, taux d'activité record, etc.). Il apparaît, chaque année, parmi les toutes premières destinations en matière d'investissements directs étrangers. En outre, conformément au souhait formulé par l'ancien Premier ministre Tony Blair, à l'occasion du nouveau millénaire, d'en faire « le nouveau phare du monde », le Royaume-Uni a réaffirmé son poids dans les relations internationales, par exemple en s'engageant aux côtés des États-Unis sur plusieurs théâtres d'opération militaires (Afghanistan et Irak). Cependant, l'engagement enthousiaste des gouvernements successifs dans la voie de la mondialisation n'a pas eu que d'heureuses conséquences. La transformation brutale de son appareil productif traditionnel en économie postindustrielle fortement dérégulée et la remise en cause de nombreux acquis de l'État-Providence ont fragilisé une partie non négligeable de la société britannique et fait de la pauvreté une réalité structurelle qui s'est trouvée aggravée par la crise de la fin des années 2000.

Ces manifestations économiques et sociales de l'entrée du Royaume-Uni dans la mondialisation s'accompagnent de recompositions territoriales considérables. Certes, à l'image de la répartition régionale de la population, de la polarisation des flux migratoires internationaux par Londres, ou de la métropolisation de l'espace, certaines composantes géographiques restent inchangées, notamment parce que liées parfois aux contraintes et aux milieux naturels. En revanche, désindustrialisation, tertiairisation, et plus précisément financiarisation de l'économie ont très inégalement affecté le pays, sans être corrigées ou compensées par de trop timides politiques d'aménagement. La tendance au déséquilibre, en particulier en termes de production et de richesse, conduit même à s'interroger sur un éventuel processus de dualisation qui opposerait territoires gagnants, plutôt au sud, et territoires perdants, la plupart des régions du nord. Toutefois, un examen attentif des nouvelles lignes de fractures sociale et géographique inciterait à penser qu'elles se mettent en œuvre à toutes les échelles, c'est-à-dire de l'échelon national au niveau le plus local.

—  Frédéric RICHARD

Le milieu physique

Massifs anciens et bassins sédimentaires

Situées au nord-ouest de l'Europe, loin des grandes zones de plissements et de sédimentations secondaires et tertiaires, les îles Britanniques ne sont pas une région de relief majestueux ; le point le plus élevé, le Ben Nevis, se trouve en Écosse occidentale et n'atteint que 1 344 m d'altitude ; les sommets dépassent rarement 1 000 m et ils ont des formes lourdes, arrondies ou tabulaires, caractéristiques d'une érosion massive et prolongée. En effet, les terrains sont en majorité fort anciens, archéens et primaires, sauf dans l'est et le sud-est de l'Angleterre, où l'on trouve une importante sédimentation secondaire et tertiaire.

Au nord et au centre, les plissements datent du Calédonien ; les plissements hercyniens n'affectent que l'extrême sud de l'Irlande, du pays de Galles et de l'Angleterre occidentale. Les mouvements tertiaires se sont traduits par des cassures gigantesques, provoquant l'affaissement ou la surrection de grands blocs bordés par des limites rectilignes, comme les masses montagneuses écossaises encadrant les Lowlands. Cette tectonique « atlantique » explique les alignements des reliefs, la rectitude de certaines lignes de côtes, au nord de l'Écosse par exemple ; elle s'est parfois accompagnée de venues volcaniques, soit primaires, à l'époque du premier rejeu des cassures (collines volcaniques des Lowlands), soit tertiaires, comme les belles falaises des îles de Skye ou de Mull, ou bien le plateau d'Antrim, au nord-est de l'Irlande, où des coulées de basaltes dessinent les degrés monumentaux de la Chaussée des Géants.

Chaussée des Géants, Irlande

Chaussée des Géants, Irlande

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La Chaussée des Géants, dans le comté d'Antrim (nord de l'Irlande), présente un étonnant pavage naturel de pièces hexagonales et pentagonales. Ce phénomène, appelé prismation, est dû à des fissures de retrait caractéristiques lors du refroidissement de certaines laves, en particulier du... 

Crédits : Tom Till/ The Image Bank/ Getty Images

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Au contraire, appuyées à ces môles primaires soulevés, les plaines du bassin de Londres et de ses prolongements annoncent le Bassin parisien, qu'elles prolongent au-delà de la Manche, ouverte seulement vers 7000 avant J.-C.

La presque totalité des îles Britanniques, sauf le Sud-Est, a été en outre soumise à l'action glaciaire : une calotte de glaciers a couvert à deux reprises au moins l'ensemble des îles, y compris la mer d'Irlande, et une grande partie de la mer du Nord. L'avancée extrême a atteint le chenal de Bristol, à l'ouest, et le nord de l'estuaire de la Tamise, à l'est. Ce fait a engendré toutes sortes de formes d'érosion ou d'accumulation, marquant profondément les paysages britanniques actuels.

Dans les montagnes, on trouve des cirques et des vallées en auge, comme ceux qui trouent les flancs du Ben Nevis ou du Snowdon, ou ceux qui sont disposés en étoile autour du sommet du petit massif du Cumberland ; certaines auges sont occupées par des lacs, et sont à l'origine des « lochs » écossais les plus célèbres ; d'autres, au bord de la mer, forment des fjords, surtout depuis l'île d'Arran jusqu'à la pointe de Strathy. Dans les plaines et les dépressions, les phénomènes d'accumulation, liés aux anciennes moraines, l'emportent : drift glaciaire qui empâte le relief et change parfois la fertilité des sols, encombre les plaines et, en Irlande centrale, perturbe complètement le réseau hydrographique ; collines molles correspondant à des lignes d'eskers, à des moutonnements de drumlins, se prolongeant jusque dans la mer, dans les baies de l'Irlande septentrionale. Enfin, les changements de niveau marin, aux périodes glaciaires et postglaciaires, sont responsables de terrasses étagées, particulièrement utilisées par l'homme le long de certaines côtes, ou de la profonde découpure des estuaires qui, dans les Lowlands, coupent presque la Grande-Bretagne en deux et ont favorisé l'installation d'excellents ports.

Loch Shiel, Royaume-Uni

Loch Shiel, Royaume-Uni

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Le loch Shiel dans les Highlands écossais. À droite se dresse le monument de Glenfinnan qui marque l'endroit où le prince Charles-Édouard, «Bonnie Prince Charlie», prétendant au trône d'Angleterre, a dressé son étendard lors des guerres jacobites en 1745, date à laquelle il s'empare de... 

Crédits : J. Richardson/ National Geographic/ Getty

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Un climat océanique

Les conséquences de cette position géographique affectent également le domaine climatique. Îles septentrionales, les îles Britanniques ont été particulièrement marquées par les glaciations quaternaires, en raison non seulement de leur latitude, mais aussi de leur humidité. Pourtant, la présence des dérives des eaux tropicales atlantiques, qui traversent l'Océan du sud-ouest au nord-est et viennent baigner les rivages occidentaux, apportent des influences adoucissantes et permettent à un peuple actif et dense de vivre à la latitude où, sur l'autre rive de l'Océan, les terres du Labrador sont vides de toute installation humaine.

Le climat a des caractères océaniques bien marqués : une grande variabilité du temps, une douceur relative de l'hiver, parfois troublée par des invasions d'air polaire continental, quelques rares gelées. Au contraire, les étés sont tièdes. Les amplitudes moyennes annuelles sont faibles : inférieures à 9 0C en Cornouailles, égales à 15 0C dans l'est du bassin de Londres.

Les pluies tombent en toutes saisons et l'humidité atmosphérique est constante. L'Ouest – surtout les montagnes – est beaucoup plus arrosé que l'Est (plus de 2 m sur les Highlands, moins de 500 mm sur la côte centrale orientale). Les brouillards sont fréquents, et le fog londonien est célèbre. La côte méridionale jouit d'un ensoleillement relatif.

Les cadres de vie naturels

La superposition d'éléments de relief, souvent bien marqués, et de caractères climatiques océaniques, nuancés par la latitude, l'altitude et l'exposition, donne des milieux naturels originaux et se succédant avec une certaine régularité.

L'Écosse

L'Écosse forme la partie septentrionale de la Grande-Bretagne et, malgré son rattachement au royaume par l'Acte d'union de 1707, n'a pas perdu tout sentiment d'indépendance. Ce dernier tient non seulement à l'originalité de ses habitants, mais également aux caractères du milieu physique. L'Écosse est limitée au sud par des hauteurs de plus de 500 m, qui s'étendent de Galloway à Berwick, au sud desquelles a longtemps été fixée la frontière historique, marquée par le mur d'Hadrien, qui coupait l'île de Carlisle à Newcastle.

Au nord, de hautes terres sont divisées par de grandes fractures sud-sud-ouest - nord-nord-est. C'est tout d'abord le chapelet des Hébrides, complexe gneissique plongeant du sud-est au nord-ouest et comprenant les plus vieilles terres de Grande-Bretagne, séparées par des fractures perpendiculaires en plusieurs blocs, dont le plus important forme l'île de Lewis. Cet archipel est séparé des Highlands proprement dits par les détroits de Minch. Les « hautes terres » d'Écosse septentrionale sont dissymétriques ; les altitudes sont plus élevées à l'ouest, où se trouve le Ben Nevis, qu'à l'est, et les pentes y sont beaucoup plus rapides, alors qu'elles descendent doucement vers la mer du Nord. Des accumulations de roches volcaniques tertiaires ont recouvert une grande partie des îles occidentales, où le relief est plus violent, disloqué géométriquement, profondément érodé par des fjords grandioses bordés de côtes majestueuses. Toute cette région est littéralement baignée par l'humidité : il tombe plus de 1,50 m de pluie sur la côte occidentale des Hébrides, et 748 mm à Aberdeen, sur le rebord de plaine orientale, plus doux et plus abrité ; la neige recouvre, pendant une grande partie de l'année, les montagnes occidentales. L'opposition entre les deux versants se retrouve entre les modes de vie : les côtes occidentales sont occupées par de petits fermiers, les crofters, avec leurs lopins de terre et leurs chaumières au ras de la mer, tandis que vers l'est apparaissent quelques cultures et de petites villes desservies par une voie ferrée. Les Orcades et, plus loin vers le nord-est, les Shetlands, peuplés de pêcheurs et de bergers, prolongent le bloc septentrional. Les hauteurs sont le domaine de la lande de bruyère, des fougères, des pâturages naturels de mauvaise qualité, abandonnés aux moutons.

Îles Shetland

Îles Shetland

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Îlots ciselé par l'érosion, dans l'archipel des Shetland, à l'extrême nord de l'Écosse. 

Crédits : Pubbli Aer Foto/ De Agostini/ Getty Images

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Au centre, la dépression nord-est - sud-ouest du Glen More est une zone d'effondrements tectoniques anciens et répétés, parsemée de lacs (dont le fameux loch Ness, 229 m de profondeur) sur la majeure partie de son étendue ; la mer s'y infiltre à chaque extrémité (firth de Lorne à l'ouest et de Moray à l'est). Le canal Calédonien a été tracé pour permettre la navigation, mais il est peu employé.

Au sud du Glen More, la partie méridionale des Highlands, appelée souvent monts Grampian, est plus compacte. Les hauteurs centrales sont formées par des granits ; la couverture de drift glaciaire est importante. À l'ouest se dresse le Ben Nevis, tandis que, vers l'est, des plaines cultivées et abritées portent, malgré des printemps tardifs, de l'avoine, des pommes de terre, des raves, et sont utilisées par les naisseurs de la montagne comme pâturages pour leurs jeunes bovins. Des villes aussi importantes qu'Aberdeen ont pu s'édifier, et le nord-est de l'Écosse a profité du développement de la production de pétrole et de gaz naturel en mer du Nord.

Raffinerie

Raffinerie

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Une raffinerie dans la partie méridionale des Highlands, les monts Grampian, en Écosse. 

Crédits : Mark A Leman/ The Image Bank/ Getty Images

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Les Lowlands s'ouvrent au pied des monts Grampian : région vitale de l'Écosse grâce à la présence du charbon et d'une agriculture prospère, ils occupent un quart de la surface du pays et regroupent les quatre cinquièmes de sa population.

L'origine des Lowlands s'explique par un fossé tectonique qui a rejoué à plusieurs reprises et dont les fractures septentrionales se sont accompagnées d'éruptions volcaniques primaires, donnant des petites collines (Ochil, Campsie). À chaque extrémité, la mer pénètre profondément : à l'ouest par le firth de la Clyde, à l'est par celui du Forth. Abritées des violences climatiques septentrionales et occidentales par les régions montagneuses du Nord, ces plaines sont relativement chaudes et humides ; le temps de Glasgow est plus doux et plus humide ; celui d'Édimbourg plus rigoureux et plus sec. À l'ouest, l'élevage l'emporte sur les cultures, bien que, stimulée par la demande urbaine, la production des légumes sous serres soit en progrès ; à l'est, les cultures sont beaucoup plus variées et prospères. La richesse régionale a dépendu pendant longtemps du charbon et des activités maritimes. Édimbourg et Glasgow dominent la vie économique de l'Écosse.

Au sud, les Southern Uplands n'atteignent que 800 m d'altitude ; elles sont plus élevées au sud-ouest – plus humide, domaine des landes et des prairies naturelles – et s'abaissent vers l'est. Les points culminants correspondent à des schistes métamorphiques très durs, encadrant des cuvettes creusées dans des granits relativement tendres et dont les fonds sont occupés par des lacs et des tourbières. C'est un pays de bocages, tourné vers l'élevage du mouton et coupé d'une dépression privilégiée par ses cultures : le bassin de la Tweed. Cette ligne de hauteurs marque la limite avec l'Angleterre.

Le pays de Galles

Le pays de Galles est une masse montagneuse entourée de trois côtés par la mer et à l'est par les plaines anglaises. On peut opposer les hautes terres du Nord-Ouest et du Centre et les plaines et collines du bassin houiller méridional. Dans le pays de Galles montagneux, le Snowdon (1 085 m), creusé de cirques glaciaires et de vallées en auge, domine une sorte de haut plateau situé vers 400 à 500 m d'altitude, découpé par de profondes vallées. Cet ensemble coïncide au nord avec les roches dures volcaniques dominant les grès et les schistes, tandis que la crête de Brecon Beacons est dessinée dans les plissements du Vieux Grès rouge. Cette montagne galloise est un réservoir d'eau pour les plaines voisines, en raison de son humidité : il tombe plus de 1,50 m d'eau au-dessus de 300 m, et la pluie fouette les landes et les tourbières des sommets et les prairies bocagères du plateau périphérique deux jours sur trois. Pourtant, les côtes et les plaines jouissent d'un climat assez régulier, plus doux au sud qu'au nord. Les vallées abritées et les plaines orientales sont favorisées ; c'est surtout le domaine de l'élevage. Après le déclin de l'industrie charbonnière, le travail des métaux modernisé et diversifié (fer-blanc, étamé, galvanisé), l'introduction de l'informatique, des industries chimiques, l'amélioration des voies de communication intérieures ont permis le maintien des villes-ports : Cardiff, Swansea, Newport. À l'est, la montagne se détache en croupes sombres au-dessus des prairies verdoyantes et des vergers de pommiers, tandis qu'au sud-est s'infiltre profondément l'estuaire de la Severn.

Le Glyder Fawr

Le Glyder Fawr

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Les pics enneigés du Glyder Fawr, dans le Snowdonia National Park, pays de Galles. 

Crédits : David Woodfall/ Getty Images

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L'Angleterre

L'Angleterre, adossée au nord aux hauteurs méridionales de l'Écosse, au centre-ouest au massif du pays de Galles, comprend un large éventail de plaines, à travers lesquelles la chaîne des Pennines constitue une dorsale régulière au nord, tandis que les petits massifs du Devon et de la Cornouailles (Cornwall) en forment l'extrémité sud-ouest.

La réputation climatique du Devon et de la Cornouailles est bien établie : c'est une sorte de Riviera anglaise, surtout sur la côte méridionale ; la douceur océanique et une humidité relativement faible, particulièrement de mars à août, en font un lieu de séjour réputé, malgré les vents violents qui soufflent un jour sur cinq, et des brouillards dont les bancs traînent sur les hauteurs. Celles-ci sont formées de plusieurs petits blocs plus ou moins séparés, dus à des massifs granitiques (Dartmoor), à des crêtes appalachiennes de grès dévonien (Exmoor), à des pointements de roches ignées (Lizard). Le paysage est renommé pour sa beauté et son charme : les landes de bruyères couvrent les sommets, tandis que de magnifiques falaises de vieux grès rouges dominent la mer ou les baies sableuses. La côte sud est pénétrée de longues rias ramifiées. Les plaines abritées du Devon sont couvertes d'un bocage vigoureux. L'élevage des moutons sur les hauteurs, les cultures délicates dans les plaines abritées, la villégiature sous toutes ses formes utilisent au mieux la riche variété des paysages naturels.

Pâturage anglais

Pâturage anglais

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Pâturage du Devon, en Grande-Bretagne. 

Crédits : Images Etc Ltd/ Getty Images

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L'Angleterre septentrionale est charpentée par le petit massif du Cumberland et la chaîne pennine. Le Cumberland, culminant à Scawfell (978 m), est le célèbre « Pays des lacs ». Tout autour des hauteurs centrales rayonnent de profondes et longues vallées naguère glaciaires, souvent encore occupées par des lacs romantiques dominés par les pentes sombres, plus ou moins boisées, aux versants assez raides recouverts de landes de bruyères. Les cascades, la verdure, les bancs de brume qui traînent sur les hauteurs, les vieux murs construits en schiste vert, le souvenir des poètes et des peintres attirent le tourisme dans la montagne, qui ne vit guère, par ailleurs, que de l'élevage du mouton ; les plaines sont plus fortunées : à l'ouest, la métallurgie de Barrow in Furness, née de l'exploitation du charbon et du fer, a disparu, tandis qu'au nord la plaine de Carlisle doit sa richesse à la fois à l'agriculture et à l'industrie.

Comté de Cumbria dans le nord de l'Angleterre

Comté de Cumbria dans le nord de l'Angleterre

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Paysage de Cumbria (Angleterre) dans le National Lake District, au pied des monts souvent brumeux nommés fells. Cette contrée de lacs naturels fut glorifiée par le poète lakiste et enfant du pays William Wordsworth : «Aucune autre région du pays n'embrasse une si grande variété de jeux... 

Crédits : Insight Guides

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Au-delà du fossé de l'Eden commence la chaîne des Pennines, qui s'allonge sur 240 km, depuis la Tyne au nord jusqu'à la Trent au sud. Les sommets sont peu élevés (Cross Fell, au nord-ouest, 893 m ; High Peak, au sud, 636 m). On y distingue généralement trois parties. Au nord, un bloc de calcaires carbonifères, basculé vers l'est, est limité par de grandes fractures et coupé d'est en ouest par le fossé de la Tyne ; les landes et les forêts de reboisement se partagent les sommets, tandis que sur les argiles glaciaires du fond des vallées, l'élevage et l'exploitation des carrières font vivre de petits villages. Au sud des failles de Stainmore, la montagne est tout aussi massive, constituée de calcaires et de grès, plongeant vers l'est et fracturés à l'ouest ; sur les calcaires, un paysage karstique typique occupe une bonne partie des sommets ; au contraire, sur les grès sculptés en blocs ruiniformes, l'humidité l'emporte (tourbières, landes de bruyères). Vers le sud, les Pennines méridionales se terminent par une série de collines qui tombent progressivement sur la vallée de la Trent. L'ensemble de ces hauteurs est très arrosé (1 250 mm d'eau par an) ; leur importance comme château d'eau est donc considérable : au cours des siècles passés, cette eau fut utilisée comme force motrice ; elle alimente actuellement les grands centres industriels périphériques. La montagne est à peu près déserte, mais elle est presque complètement coupée dans sa partie centrale par les hautes têtes de vallées industrielles qui se rattachent aux principales zones d'activité de la bordure.

De chaque côté de ce puissant anticlinal faillé qui constitue schématiquement la chaîne des Pennines, les couches plongent doucement, faisant affleurer de manière symétrique les mêmes roches et, parmi elles, les terrains productifs du Houiller. Ainsi étaient nés toute une série de bassins charbonniers périphériques, naguère exploités en affleurements et prolongés maintenant à l'est sous la mer. À l'ouest, les plaines, étroites au nord, s'élargissent vers le sud autour de l'estuaire de la Mersey ; elles appartiennent au Lancashire, naguère célèbre pour son industrie cotonnière, et au Cheshire, réputé pour ses fromages et son industrie chimique, qui utilise le sel gemme. Une côte sableuse borde la mer d'Irlande. Les richesses minières, les grasses prairies, l'ouverture maritime ont permis l'implantation de l'industrie et la création de grandes villes, Liverpool, Manchester, Oldham, Blackburn, Preston. Au sud-est, les plaines ouvrent une trouée entre le sud des Pennines et le massif du pays de Galles.

À l'est des Pennines se succèdent toute une série de plaines, plus étroites au nord, plus larges au sud, que l'on peut rattacher aux dernières ramifications du bassin de Londres. Celui-ci est un ensemble de plaines et de collines alternées qui dessinent une gigantesque accolade ouverte vers l'est et les rivages de la mer du Nord, et se replient en un long V sinueux double, encadrant la dépression de la Tamise, où a grandi l'agglomération londonienne. La disposition du relief est étroitement liée à la structure et rappelle trait pour trait celle du Bassin parisien oriental. Les collines, dissymétriques, sont des cuestas formées par les affleurements des calcaires durs du Jurassique (qui se suivent depuis les Cleveland Hills au nord-est jusqu'aux Cotswolds au sud-ouest) et les affleurements de la craie, plus résistante que les argiles voisines (qui dessinent les Yorkshire Wolds et les Lincoln Wolds à l'est, les rides du Norfolk, des Chiltern Hills, au nord du bassin de la Tamise, et se replient en lobes compliqués dans les Downs, lesquels encadrent la boutonnière du Weald). Entre ces hauteurs très adoucies s'ouvrent des plaines plus ou moins larges ; au nord-est, depuis la retombée des Pennines jusqu'à la mer du Nord, le Northumberland et le Durham, aux terres imperméables couvertes de bonnes prairies, avaient été envahis par les installations industrielles nées de l'exploitation du charbon. Les nombreux estuaires de la côte, basse et sableuse, abritent des ports industriels : Newcastle sur la Tyne ; Middlesbrough, sur la Tees. Plus au sud, le Yorkshire et les régions de Nottingham et de Derby concentraient la production charbonnière anglaise et restent des régions industrielles. Leeds, Bradford, Nottingham, auxquelles il faut ajouter Sheffield, sont les principaux noyaux urbains.

Les plaines orientales, depuis le cap Flamborough, le point le plus sec d'Angleterre, où il ne tombe guère que 500 mm de pluie, jusqu'au Devon, sont les grandes régions agricoles ; morcelées par les cuestas, accidentées par d'anciennes moraines terminales, comme dans le Norfolk, ouvertes par les estuaires du Humber, du Wash, de la Tamise, et par les chenaux qui séparent l'île de Wight, ces plaines sont des terres à céréales, à betteraves, à cultures légumières (Fens), à vergers (Kent, Sussex). La vallée de la Tamise correspond en partie à une ondulation synclinale : la convergence des pentes, la présence d'un estuaire vaste et profond ont favorisé l'installation et la prospérité de Londres, capitale du Royaume-Uni.

Big Ben

Big Ben

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Big Ben et le palais de Westminster, un bâtiment de style néo-gothique construit par C. Barry et A. Pugin, à Londres. 

Crédits : Joe Cornish/ The Image Bank/ Getty Images

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L'Irlande du Nord

L'Irlande du Nord comprend les deux tiers de l'ancienne province de l'Ulster, soit six comtés, séparés des vingt-six autres, qui forment un État indépendant depuis 1922. La disposition des éléments de relief correspond à celle de l'Écosse, en face de laquelle se trouve située l'Irlande du Nord : la plaine centrale, occupée en grande partie par le Lough Neagh et par un étoilement de vallées, prolonge les Lowlands d'Écosse ; l'emprise glaciaire a façonné un paysage mou, mélange de terre et d'eau, accidenté de drumlins. Au nord, le plateau d'Antrim, dû aux épanchements de basaltes tertiaires, étend vers 400 m d'altitude ses landes, qui se terminent sur la mer par de célèbres falaises, tandis que, plus à l'ouest, les monts Sperrin atteignent 683 m d'altitude et correspondent aux Highlands ; au contraire, au sud, les monts Mourne (852 m) prolongent les Southern Uplands. Ces hauteurs sont faites de terrains primaires, fortement plissés, dominés par quelques pointements granitiques ou métamorphiques, et profondément entaillés par les vallées. Les sommets sont couverts de landes, de tourbières, et il tombe plus de 1,50 m de pluie par an. Tout comme en Écosse, les hauteurs sont abandonnées aux moutons ; les prairies occupent les lourds sols glaciaires des plaines, et Belfast utilise un site d'estuaire et une convergence de vallées.

—  Jacqueline BEAUJEU-GARNIER, Catherine LEFORT

Dynamiques démographiques et distribution de la population

Une population croissante mais vieillissante

Avec ses 62,6 millions d'habitants en 2011 (selon l'Office national des statistiques, O.N.S.), le Royaume-Uni se place au 3e rang des vingt-sept pays de l'Union européenne, derrière l'Allemagne (82) et la France (65 millions). Cette situation résulte d'une croissance démographique singulièrement différente de celle qu'a connue la France. Alors qu'elle atteignait à peine plus de 10 millions d'habitants en 1800, la population britannique va croître de manière spectaculaire durant tout le xixe siècle, et ce en dépit d'une émigration continue, pour atteindre 38 millions d'âmes (sur la même période la population française passe de 27 à 40 millions). En dépit d'une baisse de fécondité sensible et des déficits de naissances occasionnés par les deux guerres mondiales, le Royaume-Uni conserve une dynamique démographique positive (50 millions d'hab. en 1950). Ce n'est qu'avec les années 1970 qu'un fort ralentissement de la croissance intervient (avec même un solde naturel négatif en 1976), lequel s'accompagne d'un rapide vieillissement de la population, aussi bien par le haut que par le bas de la pyramide des âges. De 1971 à 2001, la population britannique n'a ainsi augmenté que de 3 millions d'unités. En revanche, depuis le début du xxie siècle, elle connaît une croissance beaucoup plus vigoureuse qui s'est traduite par le gain de 2,7 millions de nouveaux résidents de 2001 à 2009 (+ 0,6 p. 100/an), dont un tiers dû à l'excédent naturel.

Pour autant, la croissance démographique du Royaume-Uni n'a pas concerné l'ensemble des classes d'âge : tandis que les effectifs des moins de seize ans se réduisaient massivement en passant de 14,2 à 11,5 millions (— 19 p.100), les plus de soixante-cinq ans voyaient leur nombre progresser de 7,4 à 9,7 millions (+ 31,1 p. 100). Et cette tendance va s'aggraver avec l'entrée des enfants du baby-boom dans cette classe d'âge. Pour l'heure, c'est surtout l'allongement de l'espérance de vie (soixante-dix-huit ans pour les hommes, quatre-vingt-deux ans pour les femmes) qui contribue au vieillissement de la population. Le Royaume-Uni comptait, en 2009, environ 11 600 centenaires, effectif qui, selon les projections officielles, devrait s'élever à 80 000 en 2033. De même, le ratio de dépendance (rapport entre les plus de soixante-cinq ans et la population en âge de travailler, c'est-à-dire les 16-64 ans outre-Manche) ne cesse de croître (pour atteindre 30,5 p. 100 en 2008) tout comme l'indice de vieillissement de la population (rapport entre les effectifs des plus de soixante-cinq ans et des moins de seize ans), passé de 64 à 86,1 entre 1971 et 2008.

Du champ migratoire britannique à la composition ethnique de la population

Si l'essentiel de la progression démographique des années 2001-2008 a été assuré par apport migratoire, cela ne va pas forcément de soi dans un pays pour lequel l'émigration constitue une tradition aussi bien ancrée que la fonction d'accueil. À tel point qu'après un solde migratoire modeste pour les années 1950 (+ 60 000 sur 10 ans), les années 1960 et 1970 ont enregistré des déficits plus significatifs (respectivement — 120 000 et — 270 000). Cette période ne doit donc pas être appréciée qu'au regard des seuls flux d'immigration, dite de couleur, car le plus souvent originaire du Commonwealth, dont l'ampleur est effectivement historique. Un retournement de tendance s'est ensuite amorcé dans la décennie de 1980, avec un solde légèrement positif (+ 50 000) avant de se confirmer dans la seconde moitié des années 1990 (1992 et 1993 ayant été les deux dernières années déficitaires) avec un excédent migratoire global de 680 000 personnes. Le mouvement s'est depuis spectaculairement accéléré puisque, pour la seule période 2001-2008, la balance du solde migratoire laisse apparaître un gain de près de 1,4 million d'entrées, reflet d'une intensification des échanges entre le Royaume-Uni et les pays qui composent son champ migratoire. Les flux annuels sortants sont ainsi passés en moyenne de 250 000 personnes dans les années 1990 à 350 000 personnes dans les années 2000. Mais surtout, les flux entrants ont progressé dans des proportions tout à fait extraordinaires : de 300 000 personnes en moyenne au début des années 1990 à 400 000 personnes en 1998, 500 000 personnes en 2001 et 574 000 personnes en 2005.

Royaume-Uni : composition de la population

Royaume-Uni : composition de la population

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tabl. 1 - Composition ethnique de la population du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, en 2001 (source : Office for National Statistics, Office for Scotland, Northern Ireland Statistics and Research Agency). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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En ce qui concerne leurs origines et destinations, ces flux migratoires sont marqués à la fois par une indiscutable permanence liée à l'histoire coloniale britannique et par une forme de renouveau liée au processus d'intégration européenne. Les premières destinations des émigrants (la plupart du temps britanniques) sont l'Australie, l'Espagne, les États-Unis et la France. Parmi les principaux pays d'origine des immigrants, figurent d'anciennes colonies, des pays appartenant au Commonwealth, Australie, Nouvelle-Zélande, Inde, Bangladesh, Afrique du Sud, ou n'y appartenant pas, États-Unis, Chine, Philippines, Afghanistan. L'Afrique s'est aussi affirmée comme un foyer d'émigration non négligeable (40 000 personnes par an en moyenne depuis 1998). Enfin, l'un des traits les plus notables du nouveau champ migratoire britannique réside indiscutablement dans la part croissante prise par les migrants originaires des États d'Europe centrale et orientale, en particulier les Polonais, depuis le début des années 2000 et plus encore depuis l'adhésion de ces pays à l'Union européenne en 2004. Toutefois, ces derniers pays sont également ceux qui ont connu le plus grand nombre de retours depuis la récession économique de 2008. Au total, les migrations récentes combinées aux flux migratoires plus traditionnels des années 1950 à 1970, lesquels avaient prioritairement concerné des migrants originaires des Caraïbes, du sous-continent indien (Inde, Pakistan, Bangladesh), sans oublier la Chine et l'Afrique, ont fait du Royaume-Uni des années 2000 un pays d'une grande diversité ethnique.

Royaume-Uni : nationalité des résidents nés hors du territoire

Royaume-Uni : nationalité des résidents nés hors du territoire

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Nationalité de la population née à l'étranger vivant au Royaume-Uni, 2001/2002 (source : Annual Labour Force Survey, Office for National Statistics). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Entre déséquilibres et redistributions interrégionales

L'estimation globale faisant état de 62,6 millions d'habitants au Royaume-Uni en 2011 dissimule en fait de profondes disparités, notamment en ce qui concerne le poids démographique de chacune des nations constitutives du Royaume. Avec ses 52,6 millions d'habitants, l'Angleterre concentre 84 p. 100 de la population totale. Les trois autres nations ne comptent respectivement que 5,2 millions d'habitants (8,3 p. 100) pour l'Écosse, 3 millions (4,8 p. 100) pour le pays de Galles et 1,8 million pour l'Irlande (2,9 p. 100). En termes de densités de peuplement, ce déséquilibre est plus accentué. Avec une densité moyenne de 254 habitants par kilomètre carré (114 hab./km2 pour la France), le Royaume-Uni est un petit pays au regard de sa population. En l'espèce, la situation de l'Angleterre et de ses 399 habitants par kilomètre carré (soit 49 hab./km2 de plus que la Belgique) sont moins enviables encore. Par contraste, les 144 habitants par kilomètre carré du pays de Galles, les 128 de l'Irlande et surtout les 66 de l'Écosse, donnent des marges celtes l'impression de territoires « sous-peuplés ».

Royaume-Uni : population

Royaume-Uni : population

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Déséquilibres et dynamiques régionales de peuplement au Royaume-Uni (source : Office for National Statistics). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Pourtant, pour apprécier la pleine réalité de la distribution géographique de la population britannique, il est plus pertinent d'aborder la question au niveau régional. Apparaît alors une opposition entre foyers de forte concentration de population et secteurs plus ou moins « vides ». En Écosse, plus des trois quarts de la population résident dans le corridor central qui s'étend de Glasgow à Édimbourg, séparées d'à peine plus de 50 kilomètres, et qui est encadré par deux régions parmi les moins peuplées de Grande-Bretagne : les Highlands au nord (8 hab./km2) et les Scottish Borders au sud (23 hab./km2). Au pays de Galles, la grande majorité de la population réside à l'extrême sud, sur toute l'étendue de la rive nord du canal de Bristol, de Swansea à l'ouest à Newport à l'est, en passant par les districts de la vallée de Glamorgan et de Cardiff, qui comptent respectivement de 350 à 500 habitants par kilomètre carré. Les 25 habitants par kilomètre carré des Powys (région montagneuse du sud-ouest du Pays de Galles) produisent donc une opposition spectaculaire entre cette frange littorale et l'intérieur des terres. Quant à l'Irlande du Nord, le peuplement y est fortement polarisé par Belfast dont les 730 000 résidents de l'aire urbaine (définie par les migrations pendulaires) représentent pratiquement un Nord-Irlandais sur deux, tandis que l'ouest se distingue par des densités très modestes (35 hab./km2 dans le comté de Fermanagh). En Angleterre enfin, les régions les plus peuplées s'étendent de la région du Nord-Ouest à celle du Sud-Est en passant par la partie occidentale des Midlands. Les densités y atteignent des niveaux exceptionnels : 1 035 habitants par kilomètre carré pour le West Yorkshire, 2 875 pour les West Midlands, 640 pour le Hertfordshire au nord du Grand Londres (4 700 hab./km2).

Cette répartition inégale de la population est liée à l'organisation des reliefs et des milieux naturels dont l'influence a été confortée par l'industrialisation et l'urbanisation du territoire britannique. En effet, les zones les plus peuplées correspondent aux Lowlands, d'une altitude maximum de 250 mètres et les plus faciles à mettre en valeur. Dans certaines conditions, en particulier lorsque l'accès aux minerais ou aux ressources hydrauliques est aisé, les Uplands (250-500 mètres) sont eux aussi convoités. En revanche, les conditions naturelles des Highlands les ont rendus beaucoup moins attractifs, qu'il s'agisse des reliefs écossais, en particulier au nord, anglais (Cumbria, Pennines, Cornouailles) ou gallois (monts Cambriens).

Une nouvelle économie, de nouveaux territoires

Exposée à une concurrence internationale croissante et à de lourds handicaps structurels, l'économie britannique de la fin des années 1960 a été complètement refondée sur la base d'une philosophie néolibérale pleinement assumée par des gouvernements conservateurs volontaristes. Pour autant, un certain nombre des éléments de cette économie dorénavant postindustrielle n'ont rien d'inédit. C'est vrai en particulier de sa grande ouverture au reste du monde ou des spécialisations productives régionales très marquées.

Les mutations de l'outil industriel

Figurant au rang de 3e économie mondiale en 1945 et, par exemple, de première puissance textile, le Royaume-Uni a bénéficié du « long boom » (l'équivalent des Trente Glorieuses en France) pour développer encore son tissu industriel. Cette période faste n'efface pourtant pas les nombreux handicaps structurels de l'économie britannique (déficit commercial, faiblesse des investissements industriels, faible productivité, etc.) qui se muent peu à peu en difficultés insurmontables. Celles-ci sont bien illustrées par la rapide érosion de la part du Royaume-Uni dans le commerce mondial des produits manufacturés qui passe de 25,5 p. 100 en 1950 à 16,5 p. 100 dix ans plus tard et à tout juste 10 p. 100 en 1970. D'ailleurs, souffrant de sous-investissement, peu compétitif et insuffisamment rentable, le secteur industriel est souvent présenté comme le point faible de l'économie nationale. Dès les années 1960, les signes de faiblesse se multiplient et c'est pour tenter d'en limiter les contrecoups que l'État procède à la nationalisation de pans entiers de l'industrie, automobile avec British Leyland (futur Rover) et Rolls-Royce, ou sidérurgique avec British Steel.

Malheureusement, les années 1970 confirment l'inexorable déclin de l'industrie britannique, dont le nombre d'emplois passe de 8,5 millions en 1966 à 7,4 millions en 1979. Plus encore, une conjoncture désastreuse et la mise en œuvre rigoureuse d'une politique néolibérale (abandon des aides publiques aux entreprises en difficulté, privatisations, politique monétariste pesant sur la compétitivité, mise au pas des syndicats, etc.) précipitent la désindustrialisation du pays : 2 millions d'emplois sont supprimés entre 1979 et 1986. Des secteurs entiers disparaissent du paysage économique britannique, parmi lesquels la sidérurgie, la construction navale ou l'extraction minière, figure emblématique de ces bouleversements. Pesant quelque 710 000 emplois répartis sur près de mille sites au sortir de la Seconde Guerre mondiale, après la fermeture brutale et systématique des puits non rentables au début des années 1980 (d'où les grèves de 1984-1985), puis la privatisation en 1994 de British Coal, le secteur minier ne représente plus aujourd'hui qu'à peine plus de 10 000 emplois.

Depuis les années 1980, faute de politique publique de réindustrialisation significative et en dépit de l'implantation d'industries étrangères attirées par un marché du travail très sensiblement dérégulé (avec par exemple la suppression du salaire minimum), le nombre d'emplois industriels a continué de fléchir : 5,2 millions en 1990, 3,3 millions en 2005, et 2,5 millions en 2009 soit 10 p. 100 de la population active.

Dans le détail, l'étude de ce processus global de désindustrialisation mérite d'être affinée. D'abord, du point de vue géographique puisque, en fonction de leur profil, toutes les régions n'ont pas été affectées de manière similaire. Pour schématiser, les régions les plus méridionales, à savoir le Sud-Ouest, le Sud-Est, l'Est et le Grand Londres ont été les moins concernées. Inversement, les régions les plus durement touchées se situent au nord et à l'ouest, avec le cas particulier d'une Irlande du Nord aujourd'hui encore particulièrement sinistrée. Pourtant, en dépit de leur long déclin, ces régions ont maintenu des systèmes productifs fortement industriels au regard de la contribution du secteur à la production régionale totale (entre 16,8 et 18,4 p. 100 dans le Yorkshire, le Nord-Est, le Pays de Galles et les East Midlands), ou de la structure de l'emploi (17,4 p. 100 en Yorkshire ou au pays de Galles en 2005).

Mais le constat de la désindustrialisation du Royaume-Uni doit également être nuancé du point de vue sectoriel. En effet, à l'image du textile qui ne s'est pratiquement plus concentré que sur les segments les plus techniques de la production, la plupart des industries traditionnelles n'ont pas résisté. À cet égard, la sidérurgie peut être considérée comme une exception dans le sens où, marquée par la fusion de British Steel et de Hoogovens en 1999 qui a accouché du leader national Corus (propriété de l'indien Tata Steel depuis 2007), elle pesait toujours 10 p. 100 de la production industrielle totale en 2003. Pour autant, d'autres secteurs ont relativement bien tiré leur épingle du jeu. C'est le cas de l'agroalimentaire et de ses multinationales de premier ordre (Cadburry, Heinz, Schweppes ou Nestlé UK Ltd), qui représentent 15 p. 100 de la production industrielle nationale. Les brasseurs (Tetley's, Scot & Newcastle), britanniques ou non, ainsi que les producteurs de whisky, ou de scotch écossais, contribuent grandement au succès et aux exportations de la branche agroalimentaire. Surfant sur la diffusion de la langue anglaise qui accompagne la mondialisation de l'économie, les industries graphiques et de l'édition sont elles aussi dans une dynamique positive et génèrent un produit équivalent à celui de l'agroalimentaire. L'industrie chimique, classée parmi les meilleures en Europe, repose sur des assises solides et déjà anciennes (dont Unilever, sur la rive sud de la Mersey à Liverpool, demeure un excellent exemple) que le développement du secteur de la santé a renforcé. Quatrième producteur mondial de médicaments en 2003 (avec GlaxoSmithKline, AstraZeneca), le Royaume-Uni se positionne en particulier comme leader européen en matière de biotechnologies. Dans le secteur de l'aéronautique, l'intégration et la coopération européennes bénéficient au Royaume-Uni par l'intermédiaire d'industriels britanniques comme le motoriste Rolls-Royce et le groupe BAE Systems ou étrangers tels qu'Airbus (qui y conçoit et fabrique les ailes des A 318 et 380 notamment), Thales ou Bombardier.

Concernant les industries fortement intégratrices des technologies les plus récentes, les années 1980 et 1990 ont été marquées par la création de nombreux parcs scientifiques et technologiques (mouvement comparable aux technopôles français), souvent à l'initiative des pouvoirs publics (gouvernement central et collectivités locales) et d'acteurs parapublics tels que les universités. En 2003, le secteur des matériels électriques, électroniques, informatiques et de précision intervenait à hauteur de 11 p. 100 dans la valeur de la production industrielle totale. Certaines zones de concentration de ces productions de pointe, structurées autour d'acteurs majeurs comme Hewlett Packard, Philips, IBM, Sun Microsystems ou Alcatel, bénéficient d'une visibilité internationale : c'est le cas du Silicon Glen écossais, ou des « corridors » du M4 et M11, autoroutes reliant respectivement Londres à Bristol via Oxford et Londres à Cambridge.

Quant au secteur automobile, il est à la fois singulier et symptomatique des mutations de l'ensemble de l'industrie, pour ne pas dire de l'économie, britannique. Née en même temps que l'automobile, l'industrie locale (installée le plus souvent autour de Londres et surtout Birmingham/Coventry) s'impose rapidement comme l'une des plus performantes grâce à l'émergence de quelques constructeurs comme Austin, Rolls-Royce, Jaguar. Très tôt, les constructeurs étrangers, américains en l'occurrence, s'installent au Royaume-Uni, soit directement comme Ford à Dagenham en 1932, soit en se portant acquéreur de constructeurs britanniques (General Motors fait l'acquisition de Vauxhall en 1926). Alors qu'elle atteint son pic de production au début des années 1970, l'industrie automobile britannique fait face aux mêmes difficultés que les autres secteurs et s'enfonce rapidement dans une crise qui se traduit par la contraction parallèle de la main-d'œuvre et de la production qui chute à moins de 900 000 unités en 1982. Paradoxalement, les années 1980 seront également celles de l'arrivée des constructeurs japonais (Nissan, Toyota et Honda) qui choisissent de s'implanter en Europe pour contourner les barrières douanières et précisément au Royaume-Uni où les conditions salariales promettent d'être durablement avantageuses. Mais les constructeurs asiatiques ne sont pas les seuls investisseurs étrangers. À force de fermetures d'entreprises nationales, d'acquisitions par les firmes étrangères et d'implantations de la part de constructeurs souvent européens, la production automobile du Royaume-Uni est devenue de moins en moins britannique : en 2005, 90 p. 100 des 1,6 million d'automobiles assemblées l'ont été par des multinationales non britanniques. Comme un symbole, l'américain Ford a cédé, en 2008, à l'indien Tata Motors les marques emblématiques que sont Jaguar et Land Rover (dont la production devrait être maintenue sur le site de Solihull). Cette restructuration spectaculaire illustre l'étonnante ouverture de l'économie, positive à certains égards. La production est dorénavant tournée vers les exportations (75 p. 100 de la production) alors qu'elle visait très majoritairement le marché intérieur jusque dans les années 1970. Inversement, cette nouvelle donne pose parfois problème aux Britanniques qui n'exercent plus aucun contrôle sur le secteur et doivent se contenter de prendre acte des compressions de personnels, voire des fermetures d'usines auxquelles procèdent les multinationales étrangères lorsque la conjoncture ou les impératifs de rentabilité les y conduisent (à l'image de Peugeot qui a fermé son établissement de Ryton à la mi-2007). De fait, et comme conséquence de la crise de 2008, l'effondrement du marché intérieur et des exportations a lourdement touché le secteur en réduisant d'environ 40 p. 100 la production annuelle entre 2006 et 2010 (1 million de véhicules produit cette dernière année).

Un secteur des services aussi dominant qu'hétérogène

La tentation de considérer le Royaume-Uni comme une économie post-industrielle vient autant de sa désindustrialisation massive que du développement d'une catégorie très singulière de services supérieurs intimement liés à la mondialisation de l'économie. De fait, avec 77 p. 100 du P.I.B. en 2010, les services occupent une place majeure dans la production nationale. En termes d'emploi, la tendance à la tertiairisation est aussi lourde, puisque le nombre d'employés dans le secteur des services (construction exclue) a progressé de 7,6 millions, soit plus de 50 p. 100 en passant de 14,4 millions en 1981 à 22 millions en 2006. En 2010, les services regroupaient environ neuf actifs occupés sur dix. Mais au-delà de ces chiffres globaux se dissimule une réalité beaucoup plus complexe. En premier lieu, la tertiairisation de l'emploi est liée à d'autres mutations du marché de l'emploi, telles que sa féminisation (le taux d'activité féminin est passé de 57 à 71 p. 100 entre 1971 et 2006) ou le processus d'externalisation. On considère ainsi que plus de deux millions d'emplois, dont la nature n'a pas changé, comme le ménage ou le transport par exemple, sont aujourd'hui classés dans le secteur des services aux entreprises alors qu'ils relevaient précédemment de l'industrie.

Royaume-Uni : géographie des mutations économiques  (2003-2004)

Royaume-Uni : géographie des mutations économiques  (2003-2004)

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L'inégalité des régions britanniques face aux mutations économiques (source : Office for National Statistics). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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En second lieu, le secteur des services est très hétérogène, y compris dans le domaine de la banque et des assurances. Une partie de ces activités ne sont que des services relativement élémentaires destinés à la clientèle locale, particuliers ou entreprises. Il ne faudrait pas sous-estimer leur importance puisqu'à l'échelle nationale elles sont assurées par plus de 4 millions d'actifs et qu'à l'échelle locale les directions régionales peuvent figurer parmi les plus gros établissements dans de nombreuses villes de province. L'autre partie de ces activités bancaires et des assurances appartient plutôt à la catégorie des services supérieurs et « hyper spécialisés » aux entreprises et n'ont plus qu'un lien ténu avec les réalités économiques et territoriales britanniques. Elles sont directement liées à la mondialisation et à ses principaux acteurs que sont les firmes multi- et transnationales. Elles sont complétées par une gamme étendue de services aussi spécialisés dans les domaines de l'audit, de la communication, du marketing, du conseil juridique, etc., qui sont très majoritairement concentrés à Londres. Ville globale, celle-ci a repris à New York et Tōkyō, ses deux principales concurrentes, le titre de première place financière mondiale. Si la capitale, et en particulier son cœur, la City, ou le Square Mile, est depuis des siècles le lieu d'une intense activité bancaire et assurantielle, la position traditionnellement dominante du London Stock Exchange, la dérégulation des marchés boursiers (le big bang de 1986) et d'autres facteurs favorables, dont la bienveillance des gouvernants britanniques à l'égard de la mondialisation, ont fortement dynamisé le secteur depuis les années 1980. En dépit des crises qui la frappent plus ou moins violemment et de manière cyclique, Londres reste le premier marché des changes au monde, premier marché de gré à gré, premier marché international des obligations. Mais elle est également le leader de l'assurance maritime et aéronautique ou encore de la réassurance, dont la Lloyd's reste le symbole.

Au total, ces services hyper-spécialisés contribuent de manière non négligeable à la richesse nationale. En 2007, la richesse produite par le seul domaine dit de « l'intermédiation financière » s'élevait à 104 milliards de livres (environ 120 milliards d'euros). Selon une étude de la City of London, les services bancaires et assurantiels représenteraient 300 000 emplois directs et 400 000 indirects, presque exclusivement localisés dans la capitale, et dont une partie (15 p. 100 selon certaines estimations) ont disparu entre 2008 et 2010. Pour autant, au fil des ans, ces services supérieurs ont eu tendance à se diffuser à quelques autres régions ou plus précisément à quelques autres métropoles anglaises, notamment Manchester (qui dispose d'une Bourse) et Leeds qui se positionne comme centre financier du nord de l'Angleterre (la Banque d'Angleterre y a ainsi décentralisé une partie de ses services). De même, Édimbourg a su conforter son rôle de métropole financière (elle arrive au 4e rang européen du point de vue du volume des échanges d'actions) en s'appuyant notamment sur la Royal Bank of Scotland, la cinquième banque mondiale (au regard du produit net bancaire). Moteur de l'économie écossaise (avec la construction), le secteur bancaire a vu son P.I.B. progresser de 57 p. 100 de 2000 à 2006, s'accompagnant d'une croissance de 70 p. 100 du nombre d'emplois occupés dans le secteur entre 1998 et 2004. En 2006, les seuls services financiers généraient 108 000 emplois directs et autant d'indirects. Plus globalement, et peut-être de manière paradoxale d'ailleurs, le spectaculaire et coûteux sauvetage (via des prêts de la Banque d'Angleterre et des prises de participations majoritaires de l'État) des principales banques d'outre-Manche (de la Royal Bank of Scotland à H.S.B.C. en passant par la Northern Rock) n'a fait qu'entériner le caractère absolument vital du secteur financier pour l'ensemble de l'économie britannique.

Édimbourg

Édimbourg

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Princes Street, à Édimbourg, capitale de l'Écosse. 

Crédits : Michael McQueen/ The Image Bank/ Getty Images

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Parfois liée à ces activités tertiaires supérieures via le tourisme d'affaires, l'industrie touristique constitue un secteur de poids dans l'économie du Royaume-Uni, sixième destination au monde avec 30 millions de visiteurs étrangers en 2008, auxquels il faut ajouter les 380 millions de nuitées des touristes nationaux, occupant au total plus de 2 millions d'actifs. Affecté par les attentats de Londres de juillet 2005, le tourisme est dépendant de la conjoncture, comme des fluctuations monétaires. Par ailleurs, s'il concerne potentiellement tout le pays, Londres et Édimbourg concentrent une part importante des flux de touristes. Le contraste avec une région sensiblement moins touristique comme l'Irlande du Nord est saisissant : en 2005, l'activité touristique liée aux visiteurs « étrangers » (britanniques compris) ne contribuait au P.I.B. qu'à hauteur de 300 millions d'euros et employait moins de 10 000 personnes.

Enfin, si les emplois publics ont souffert de la politique de privatisation et de réduction des dépenses publiques des gouvernements Thatcher (1979-1990), les services publics, c'est-à-dire les administrations et collectivités territoriales, le secteur de la santé et celui de l'enseignement ont vu leurs effectifs croître significativement, en particulier avec le retour aux affaires des travaillistes en 1997. À eux seuls, le National Health Service et l'éducation ont bénéficié de plus de la moitié des créations de postes, qui se sont élevées à environ 600 000 entre 1991 et 2001 et à plus de 800 000 de 2001 à 2006. En revanche, la lutte contre les déficits publics et l'austérité budgétaire amorcée par Gordon Brown et renforcée par la nouvelle coalition gouvernementale au pouvoir depuis 2010 conduit à la suppression de centaines de milliers d'emplois publics et parapublics, aussi bien dans les services de l'État que dans les collectivités locales.

Un paysage urbain recomposé

Urbanisation et réseaux urbains

Comme le laisse supposer sa densité moyenne, le Royaume-Uni est un pays exceptionnellement urbanisé. Dans la mesure où les définitions de l'espace urbain (qui mêlent usage des sols et densité de peuplement) diffèrent d'un organisme à l'autre, d'une nation à l'autre et d'un recensement à l'autre, les estimations quantitatives peuvent elles aussi varier. Toutefois, selon les critères retenus pour le recensement de la population de 2001, et hors Irlande du Nord, les espaces urbanisés ne représentent que 8,9 p. 100 de la Grande-Bretagne mais regroupent 80 p. 100 de la population. Plus précisément, 40 p. 100 des ménages britanniques, soit un tiers de la population totale, résident dans l'une des dix premières aires urbaines (urban areas) du pays, qu'on doit distinguer des municipalités, entités purement administratives aux territoires beaucoup moins étendus. Ces grandes agglomérations, certaines millionnaires et même multimillionnaires, sont parfois peu distantes les unes des autres et reliées par un réseau autoroutier très dense, au point de donner de certaines régions l'impression qu'elles ne sont guère que de vastes conurbations.

Royaume-Uni : principales aires urbaines

Royaume-Uni : principales aires urbaines

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Population et densité de peuplement des 15 premières aires urbaines du Royaume-Uni (source : Office for National Statistics, Census 2001). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Historiquement, une bonne partie du réseau urbain britannique, en tout cas anglais, est héritée des villes et garnisons romaines mises en place pour contrôler les voies commerciales. Le reste est lié à la géographie des sites portuaires les plus favorables et/où à la géographie des ressources naturelles qui a commandé l'implantation et le développement des grandes villes industrielles aux xviiie et xixe siècles. Pour certaines cités, leur existence tient des deux facteurs. C'est par exemple le cas de Manchester, où on peut encore observer les vestiges du mur d'enceinte romain mais dont l'explosion démographique est intervenue au moment de l'essor de l'industrie textile (bien amorcé dès le xviiie siècle) à laquelle elle doit son surnom de Cottonopolis.

Du fait de la division du pays en sous-unités nationales auxquelles correspondent des réalités administratives et économiques spécifiques, on ne peut décrire le système urbain britannique comme un réseau unique. Pour autant, le poids démographique, économique et politique de Londres lui permet de dominer l'ensemble de la structure urbaine. Celle-ci est marquée par une certaine macrocéphalie, puisque la première ville du pays concentre 14 p. 100 de la population britannique (16,5 p. 100 de la population anglaise) et affiche une primatie (rapport du poids démographique entre la première et la deuxième ville d'un pays) moyenne, 3,6, avec celle de la deuxième conurbation, celle des West Midlands (2,3 millions d'hab.). Pour ce qui est des niveaux inférieurs de la hiérarchie urbaine, Birmingham et Manchester se placent à un niveau intermédiaire entre Londres et des villes de rang inférieur au rayonnement régional indiscutable comme Liverpool, Leeds, Bristol ou Newcastle. En Écosse, la structure urbaine est fondée sur la répartition des fonctions entre Glasgow l'industrieuse et Édimbourg la cité royale, qui polarise l'essentiel des pouvoirs (politiques et économiques). Les réseaux urbains nord-irlandais et gallois sont plus élémentaires encore. Londonderry, la deuxième agglomération ne peut évidemment pas rivaliser avec Belfast. Au pays de Galles, Cardiff, grâce à ses fonctions politiques, touristiques et à l'affirmation de son rôle de relais régional en matière de services supérieurs aux entreprises, émerge aisément au sein d'un complexe urbain qui concentre les quatre premières villes du pays dans un rayon de 30 kilomètres. Globalement ce réseau urbain et ses sous-ensembles n'ont pas été bouleversés par les évolutions démographiques parfois contrastées des villes qui les composent. En effet, parmi les plus grandes agglomérations, quelques-unes perdaient des habitants entre 1981 et 2010 (Liverpool notamment), d'autres telles que Manchester et Birmingham en gagnaient de nouveau après en avoir perdu sur le début de la période, alors que d'autres encore, telles que Bristol ou Londres, voyaient croître leur nombre d'habitants depuis les années 1980 (avec des gains respectivement de 100 000 et 900 000 hab.)..

Château d'Édimbourg

Château d'Édimbourg

photographie

Le château d'Édimbourg sur sa colline fortifiée, Écosse. 

Crédits : Marcus Brooke/ The Image Bank/ Getty Images

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Processus de recompositions socio-spatiales des métropoles et politiques urbaines

Cependant, en affinant l'échelle d'observation, il apparaît que les processus démographiques de recomposition urbaine les plus lourds sont à l'œuvre à l'intérieur même des agglomérations. En effet, dans la plupart des cas, la tendance à l'étalement urbain est maintenue, souvent par exurbanisation de la population des villes-centres vers les périphéries plus ou moins proches. Par exemple, les municipalités de Manchester City ou de Liverpool ont respectivement perdu 150 700 et 169 000 habitants entre 1971 et 2001. Dans les agglomérations où se sont cumulés étalement et tassement démographique, c'est donc la densité de peuplement qui a fini par fléchir, parfois dans des proportions non négligeables (par exemple, — 3,8 p. 100 à Liverpool ou — 6,8 p. 100 à Manchester entre 1991 et 2001).

Ce phénomène s'explique, d'une part, par les profondes mutations économiques, et, d'autre part, par une organisation socio-spatiale spécifiquement anglo-saxonne. À cet égard, les villes britanniques ressemblent plus aux villes nord-américaines qu'aux villes d'Europe continentale. Tandis que les centres-villes sont dédiés aux affaires, les zones péricentrales ont longtemps concentré les équipements industriels autour desquels les logements populaires (essentiellement publics après 1945) accueillaient les populations ouvrières. Au-delà des péricentres s'étendent les zones résidentielles plus ou moins aisées (parfois sous la forme de quartiers fermés pour les plus huppées) qui, au fil des ans, ont accueilli tous ceux qui pouvaient se permettre d'accéder à la propriété en plus ou moins proche banlieue. Par conséquent, les quartiers péricentraux et leurs habitants ont été les plus directement affectés par la désindustrialisation des économies urbaines. Se sont alors accumulés, dans les Inner Cities (terme générique désignant les quartiers défavorisés et localisés la plupart du temps dans les zones péricentrales), tous les symptômes de la crise sociale et urbaine : friches industrielles et/ou portuaires, dégradation du cadre bâti, chômage de masse, délinquance, ghettoïsation des minorités ethniques, etc. Ce sont naturellement ces quartiers marginalisés qui sont les principaux théâtres des émeutes urbaines qui éclatent ponctuellement en Grande-Bretagne, notamment en 1981 (Notting Hill à Londres, Moss Side à Manchester, Toxteth à Liverpool) ou durant l'été de 2001.

Ce contexte explique que les quartiers péricentraux aient bénéficié de l'essentiel des politiques urbaines mises en place depuis les années 1960, dont le Urban Programme à partir de 1968. Dans les années 1980, les opérations phares ont été conduites par les Urban Development Corporations (U.D.C.). Il s'agissait d'organismes parapublics d'une durée de vie moyenne de dix ans à la tête desquels le ministère de tutelle nommait un président chargé d'utiliser les finances publiques pour attirer les investissements privés et procéder à la requalification économique et résidentielle de secteurs (souvent localisés sur les fronts d'eau ou waterfront) touchés par la désindustrialisation. C'est sous ce régime dérogatoire (car le territoire de compétence et d'action des U.D.C. était arbitrairement soustrait à la responsabilité des municipalités sur lesquelles il s'étendait) qu'ont été conduites les principales opérations de régénération des années 1980 et 1990, notamment dans les Docklands de Londres, mais aussi à Newcastle, Leeds ou encore à Cardiff. Par ailleurs, les U.D.C. ont été complétées par une trentaine de zones d'entreprises, c'est-à-dire des zones au sein desquelles les exemptions fiscales (pour une durée de dix ans) et autres formes de déréglementation (en matière d'urbanisme notamment) étaient censées attirer les investisseurs. De tailles, de configurations (uni ou multi-sites), de natures (services ou industries) et de localisations (périurbaines, péricentrales, centrales) différentes, elles ont eu des succès très inégaux et ont été d'une efficacité économique toute relative. Quant à la politique urbaine des années Blair et Brown (1997-2007, 2007-2010), elle a été construite autour des notions d'Urban Renaissance (reprise démographique des villes) suggérées par le rapport commandé à l'architecte Lord Rogers (1999) et de Neighbourhood Renewal (renouvellement urbain). Complétée par les initiatives des collectivités locales, cette régénération urbaine a contribué à enrayer le déclin démographique des villes-centres de certaines grandes agglomérations. Si elle reste au cœur des politiques urbaines amorcées par le gouvernement Cameron, elle devrait, plus encore que par le passé, s'appuyer sur le secteur privé et sur la mobilisation des populations locales et des quartiers susceptibles d'être les plus concernés.

Au final, le bilan de ces politiques est mitigé. Certaines villes, comme Leeds ou Cardiff, ont trouvé un second souffle, qui se concrétise dans l'espace par la reconquête et la réappropriation sociale et culturelle des fronts d'eau ou de quartiers péricentraux autrefois répulsifs et aujourd'hui embourgeoisés, ou gentrifiés. Toutefois, des villes entières restent en marge de la nouvelle économie (Bradford, ancienne capitale de l'industrie lainière, en est une triste illustration), de même que de grands quartiers d'habitat social (qui a fait l'objet d'une privatisation massive), y compris à Londres. Enfin, chose probablement unique en Europe de l'Ouest, de vastes portions de villes, souvent des îlots d'alignements victoriens, édouardiens voire géorgiens dont les portes et fenêtres des maisons ont été murées par les pouvoirs publics, sont presque totalement désertées (notamment à Liverpool, ou même à Leeds, en dépit de son indiscutable renouveau économique).

La question de l'environnement et du développement durable

Au Royaume-Uni comme ailleurs, les questions de la gestion de l'environnement et du développement durable méritent un traitement nuancé, à l'image des contradictions qui peuvent pointer entre, d'un côté des discours et des actions politiques volontaristes, et de l'autre des pratiques moins vertueuses.

L'agriculture peut faire office de première illustration. Activité généralement pertinente pour apprécier la relation qu'entretient une société avec son milieu ou son environnement, elle l'est plus particulièrement encore au Royaume-Uni où la valeur symbolique des espaces agricoles, et plus généralement ruraux, est inversement proportionnelle à l'emprise urbaine et industrielle. Au sein d'un pays aux dimensions finalement réduites, les espaces agricoles, qui représentent 70 p. 100 du territoire national frappent par l'intensité de leur mise en valeur : les friches sont quasi inexistantes et, à l'exception des forêts à usage récréatif, périurbaines et/ou des parcs nationaux, les grandes zones boisées sont rares. Même dans les milieux les plus « hostiles », l'agriculture est présente, sous la forme d'élevages ovins ou bovins plus ou moins extensifs. Au total, les cultures, prairies artificielles ou naturelles et les forêts occupent respectivement 19 p. 100, 52 p. 100 et 12 p. 100 du territoire (en 2005). La préservation de ces campagnes jardinées a plusieurs explications. La première réside dans la culture vivace et revendiquée de la rurality et des traditions et modes de vie qui sont supposés en être l'expression. Ainsi, l'une des plus grandes manifestations de ces trente dernières années est celle qui a réuni les 250 000 défenseurs de la chasse à courre à Londres en 2005. Par ailleurs, en dépit d'un poids économique quasi négligeable (moins de 1 p. 100 du P.I.B.), l'activité agricole reposait sur 320 000 exploitations en 2007 (dont un tiers de moins de 10 ha et un quart de plus de 50 ha), soit quelque 520 000 actifs agricoles. Aidés par des règles d'urbanisme strictes, les espaces ruraux et agricoles résistent donc plutôt bien à l'étalement urbain : les surfaces agricoles transformées en surfaces bâties sont passées de 3 800 hectares en 1990 à moins de 1 700 en 2001. Cette législation a notamment permis aux campagnes britanniques de se prémunir du mitage qui, outre son caractère non durable, constitue une nuisance paysagère. Dans cette même logique de préservation des campagnes, l'agriculture biologique est soutenue par les pouvoirs publics et progresse rapidement. De 1995 à 2005, les surfaces en cultures bio sont passées de moins de 50 000 à plus de 600 000 hectares pour se réduire à 500 000 hectares en 2007 (avec néanmoins une reprise des surfaces en phase de conversion vers ces nouvelles formes de production), dont la moitié localisée en Écosse et 1 p. 100 en Irlande du Nord. Toutefois, en dépit de ces signes encourageants, l'agriculture britannique reste l'une des plus intensives au monde. Extraordinairement mécanisée, elle recourt massivement aux intrants et autres traitements visant à maintenir des rendements très élevés (même si les spécificités bioclimatiques et les spécialisations productives impliquent de grosses différences régionales). De même, les quelques crises sanitaires, en particulier celles de la « tremblante du mouton » et surtout « de la vache folle », qui ont secoué l'agriculture britannique depuis le milieu des années 1990, ont été l'occasion de stigmatiser des pratiques productivistes irresponsables.

En matière de politique énergétique, les contradictions britanniques sont plus franches encore. Au-delà des enjeux sociaux et environnementaux de l'effet de serre, la publication du rapport de l'économiste Nicholas Stern en 2006 a accéléré la prise de conscience du coût exorbitant qu'imposerait la lutte contre le changement climatique si celle-ci était entreprise trop tard. À l'automne de 2007, le ministre de l'Environnement a annoncé la mise en œuvre d'un plan ambitieux de développement de l'énergie éolienne, à partir de l'implantation de sept mille turbines réparties le long des côtes britanniques. Avant même la concrétisation de ce projet, la capacité installée avait quintuplé depuis 2001 et la production d'électricité a atteint 9 300 GWh en 2009. De fait, le cadre législatif adopté en 2008 a contribué à accélérer l'implantation de nouvelles fermes éoliennes. D'autres initiatives fortement médiatisées vont également dans le sens du développement durable. C'est le cas par exemple du quartier à énergie positive BedZED, ou de la Congestion Charge, péage d'entrée en centre-ville, appliquée à Londres depuis 2003 et envisagée à Manchester pour le début des années 2010, sans concrétisation jusque-là. Il en est de même du projet gouvernemental, présenté à l'été de 2010, envisageant la conversion de la très polluante centrale de Drax, la plus grosse usine thermoélectrique du Royaume-Uni, du charbon à la biomasse à l'horizon de 2020. Pour l'heure, au regard des fondamentaux de la politique énergétique britannique, et plus précisément des énergies fossiles, ces mesures relèvent plutôt de l'effet d’annonce. En effet, en 2007, la production électrique ne provient qu'à 7 p. 100 de l'ensemble des énergies renouvelables, contre 31 p. 100 du gaz naturel, 14 p. 100 du nucléaire, mais surtout 33 p. 100 du charbon. En 2006, ces centrales thermoélectriques sont justement la principale source d'émission de CO2 (33 p. 100) devant l'industrie (18,5 p. 100) et les transports (24,7 p. 100), dont les émissions ont augmenté de 50 p. 100 entre 1990 et 2006 (près de 100 Mt en 2006). Or cet état de fait résulte en grande partie des politiques publiques dont les orientations principales ne semblent pas remises en cause. La première responsabilité concerne les transports publics, en particulier ferroviaires, dont la privatisation, en 1993, n'a fait que dégrader encore la qualité et la crédibilité (du point de vue des dessertes, de la sécurité, de la ponctualité ou de la rapidité) que le sous-investissement public avait déjà entamée. De meilleure qualité aujourd'hui, ils ont néanmoins la particularité d'être très onéreux. Plus encore, grâce à ses gisements de la mer du Nord, le Royaume-Uni est un producteur de pétrole non négligeable (77 Mt en 2006) et n'est devenu importateur net qu'à partir de 2005. L'envolée des cours de l'or noir à la mi-2004 puis durant l'hiver de 2010 n'inciteront pas les pouvoirs publics à abandonner l'exploitation de ce qui est en même temps source d'économie et d'émission de CO2. Pis, sauf à supposer un renchérissement de la tonne de CO2, à mesure que les prix du baril et du charbon progressent, le manque de compétitivité de l'exploitation houillère britannique se réduit et permet d'envisager à terme la réouverture de certaines mines ou de gisements à ciel ouvert, privilégiés parce que plus rentables, bien que plus polluants que les puits.

En revanche, le Royaume-Uni peut s'enorgueillir de disposer d'un réseau de parcs nationaux qui sont probablement les structures les plus emblématiques des actions entreprises en faveur de la préservation de l'environnement. Après plus d'un siècle de lobbying et de tensions entre, d'un côté les passionnés de grands espaces, de nature et de randonnée, et de l'autre les grands propriétaires et agriculteurs soucieux de préserver l'intégrité et l'exclusivité de l'usage de leurs terres, une loi de 1949 confirme la création des parcs nationaux afin de préserver la beauté naturelle des sites et de rendre accessibles au public de vastes zones de loisirs. Le réseau (fédéré par le Council for National Parks) est constitué de neuf parcs anglais (parmi lesquels ceux de Peak District, Lake District et Dartmoor ont été les premiers créés en 1951), prochainement complétés d'un dixième (South Downs), de trois parcs gallois et, depuis 2003, de deux parcs écossais, dont celui de Cairngorms, le plus étendu du pays (3 800 km2). Ils couvrent environ 10 p. 100 du territoire national (jusqu'à 20 p. 100 au pays de Galles) et accueillent (avant la création des parcs écossais) plus de 100 millions de visiteurs par an.

Un Royaume uni ?

Les mutations économiques, sociales, territoriales et institutionnelles qu'a connues le Royaume-Uni depuis une trentaine d'années ont eu de telles conséquences qu'elles ont incité de nombreux observateurs à s'interroger sur l'unité du pays.

Nations et processus de dévolution

L'unité politique du Royaume-Uni s'est construite progressivement. Elle date formellement du xvie siècle pour le pays de Galles (avec son annexion par Henri VIII), de 1707 et l'Acte d'Union avec l'Écosse, de 1801 avec l'Irlande dans son ensemble et plus précisément de 1922 avec l'Irlande du Nord alors séparée de la partie sud de l'île. Pourtant, si leurs modes d'expression ont été très différents, les revendications nationalistes n'ont jamais totalement disparu des périphéries celtes. Elles ont pris une expression essentiellement linguistique et culturelle au pays de Galles dont plus de 20 p. 100 des habitants sont encore locuteurs du gaélique, devenue langue officielle au même titre que l'anglais depuis 1993. En Écosse, si la résistance armée incarnée par les Wallace et Bruce reste un vrai motif de fierté, les résurgences nationalistes ne datent que de la première moitié du xxe siècle et se sont essentiellement exprimées par la voie des urnes, jusqu'à représenter pratiquement un tiers des suffrages dans les années 1980. En Irlande du Nord, même si elle fut sporadique jusqu'au soulèvement général de 1914, la lutte armée n'a jamais vraiment cessé, de l'Acte d'Union jusqu'à l'explosion de violence des années 1970-1980. La question nord-irlandaise semble toutefois être en voie de règlement pacifique à en juger par l'existence du gouvernement d'union depuis les élections de 2007.

Ces dernières sont d'ailleurs le résultat du processus dit de dévolution (qu'on pourrait assimiler à une forme très avancée de décentralisation) mis en œuvre par Tony Blair, à la suite des consultations référendaires du 11 et 18 septembre 1997, en Écosse (favorable à une large majorité) et au pays de Galles (résultat beaucoup plus serré), puis en 1998 en Irlande (sur la base de l'accord de Stormont). Concrètement, cette réforme se traduit, depuis 1999 pour l'Écosse et le pays de Galles, par la création d'assemblées (ou parlement en Écosse) de membres élus devant lesquels le nouvel exécutif est responsable. Au-delà des nuances notables d'une nation à l'autre, ces nouveaux pouvoirs disposent de larges prérogatives dans des domaines aussi variés que la santé, l'enseignement, l'aide sociale, le logement, l'environnement, le développement économique, voire la justice en Écosse, etc. En revanche, leur échappent les questions de budget, de fiscalité (pour l'essentiel), de sécurité intérieure et extérieure, et des relations internationales. Dans un contexte d'intégration européenne valorisant l'échelon régional, certains considèrent ce système quasi fédéral comme le prélude à la fragmentation du Royaume-Uni.

Une société multiculturelle ou des sociétés ?

Les thèmes de l'identité (la « britannicité »), de la nation et de sa cohésion qui sont au cœur des enjeux de la dévolution sous-tendent également la problématique du multiculturalisme. Avec l'élargissement du champ migratoire britannique dans l'immédiat après-guerre et l'intensification des flux d'immigration, le Royaume-Uni a confirmé son approche multiculturaliste de la diversité des populations et des communautés (notamment religieuses) en situation de cohabitation. Les politiques publiques favorisent par exemple l'accès à la citoyenneté (droit de vote aux élections locales), le développement des écoles religieuses, l'enseignement en langues étrangères (le bangladais par exemple), la lutte précoce contre les discriminations (avec les Race Relations Act de 1965, 1968 et 1976), les mesures dites de positive action, etc. Pourtant, les minorités ethniques ne sont pas plus à l'abri que dans la plupart des autres grands pays d'accueil contre les discriminations (accès au logement ou à l'emploi, ou encore post code discrimination, liée au code postal, c'est-à-dire à la « mauvaise réputation » d'un quartier), voire le racisme dont les manifestations, telles le meurtre de Stephen Lawrence en 1993 (à l'origine d'un rapport d'enquête sur le racisme institutionnel, notamment dans la police), sont parfois tragiques. De même, l'efficacité du modèle multiculturel britannique s'est trouvée régulièrement remise en question, comme lors des émeutes de 1981 (notamment à Brixton) ayant opposé minorités noires aux forces de police, ou celles des étés de 2001 (essentiellement dans les villes du nord de l'Angleterre comme Bradford) et 2003 (à Birmingham) de nature indiscutablement interethnique. Le scepticisme est plus profond encore depuis les attentats de juillet 2005 perpétrés dans le métro de Londres par quatre jeunes d'origine pakistanaise nés en Angleterre. Les Britanniques se posent aujourd'hui la question de savoir si, dans une certaine mesure, le multiculturalisme et le respect des cultures qu'il sous-tend n'ont pas été dévoyés pour finalement maintenir des traditions culturelles qui justifieraient (pour certains) le repli communautaire, le monoculturalisme et l'intolérance.

Inégalités sociales et territoriales

L'image de la division, de la dualisation, de la bi-polarisation est souvent utilisée pour exprimer l'ampleur des inégalités sociales et territoriales qui frappent le pays depuis les mutations socio-économiques intervenues à partir des années 1970.

En ce qui concerne les inégalités sociales, elles sont patentes. En 1980, le rapport entre les revenus hebdomadaires des 10 p. 100 les plus pauvres et ceux des 10 p. 100 les plus riches était de 1 à 3. Passé à 4 en 1991, il a atteint 4,15 en 2007. En ce qui concerne la part de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté (c'est-à-dire vivant avec moins de 60 p. 100 du revenu médian avant coût de logement), elle est passée de 10 p. 100 en 1976 à 21 p. 100 en 1992 avant de reculer, pour s'établir à 17 p. 100 en 2005 (soit 2 points au-dessus de la moyenne des pays de l'U.E. des 25), puis remonter à 18 p. 100 en 2007, avant même le début de la crise économique. En intégrant les coûts du logement, ces proportions seraient sensiblement plus élevées puisqu'ils représentaient 19 p. 100 des dépenses des ménages les plus modestes, contre seulement 7 p. 100 de celles des plus aisés. Enfin, en dépit d'une légère amélioration de la tendance depuis la fin des années 1990, 27 p. 100 des enfants britanniques vivaient encore dans un ménage considéré comme pauvre en 2004 (familles d'origine étrangère ou monoparentales pour la plupart). Ces inégalités tiennent à de nombreux facteurs, tels que la remise en cause de certains mécanismes de redistribution et plus généralement le recul de l'État-providence, en particulier à travers la diminution des prestations sociales, mais elles sont surtout dues au marché du travail puisque celui-ci constitue la principale source de revenus des ménages. En effet, les écarts sont de plus en plus importants entre les salaires les plus élevés (liés à l'économie globale) et les plus modestes (qu'on recense plutôt parmi les emplois les moins qualifiés des services que dans l'industrie). Toutefois, les principales lignes de fracture opposent ceux qui travaillent à ceux qui travaillent moins (temps partiel, contrats précaires, etc.) et à ceux qui ne travaillent pas ou plus du tout. En effet, en dépit d'un taux de chômage plus faible que chez certains voisins, 8 p. 100 à l'automne de 2010 (contre 5,9 p. 100 en 2007) l'exclusion du marché du travail est une réalité pour une masse de personnes en âge de travailler mais déclarées comme malades permanents et donc considérées comme inactives. Ces personnes, dont le plus grand nombre est tout bonnement exclu du marché de l'emploi, étaient environ 2 250 000 en 2007, soit 650 000 de plus que de chômeurs officiels à cette date.

Ces inégalités sociales ont une traduction géographique qui doit être appréhendée à plusieurs échelles. À l'échelle nationale, la richesse par habitant reflète la nouvelle géographie de l'économie britannique dont le moteur principal est le grand Sud-Est. Avec un P.I.B. de 56 600 dollars par habitant en 2007 (39 207 dollars/hab. pour le Royaume-Uni), Londres apparaît comme l'une des régions les plus riches au monde. Pour 2008, en cumulant Londres, l'Est et le Sud-Est, on obtient 43 p. 100 de la production de richesse annuelle (contre 39,5 p. 100 en 1992), de sorte qu'une lecture de l'organisation territoriale du Royaume-Uni de type centre/périphéries peut s'avérer pertinente. Cependant, les lignes de fractures de la nouvelle société britannique apparaissent au sein de chacun de ces ensembles. À Londres par exemple, 28 p. 100 des habitants appartiennent aux 20 p. 100 des Britanniques les plus riches mais dans le même temps, plus de 25 p. 100 des ménages font partie du cinquième le plus modeste du pays ; dans le Inner London, ces pourcentages sont respectivement de 33 et 25 p. 100. En Cumbria, l'opposition est frappante entre un centre rural et opulent (qui bénéficie de l'économie générée par le parc national de Lake District) et les petites villes côtières de Whitehaven et Workington que la fermeture des mines a plongées durablement dans la misère. Le contraste est aussi saisissant entre Bradford et Leeds. La première ne s'est pas relevée de la crise du textile et les innombrables friches industrielles sont là pour en témoigner. À 50 kilomètres de là, les opérations de régénération ont permis au centre-ville de Leeds et au front d'eau de faire peau neuve au point d'être envahis chaque week-end par des milliers de personnes (notamment des étudiants originaires d'autres villes anglaises) venues prendre du bon temps. Mais c'est au sein même des grandes métropoles que les inégalités entre les extrêmes de l'échelle sociale sont les plus prononcées. Du fait des recompositions des espaces urbains, en particulier péricentraux, les quartiers ou micro-quartiers les plus riches et les plus miséreux sont parfois entremêlés. Ces violents contrastes soulignent le caractère tout relatif de la valeur d'exemplarité du modèle britannique. En revanche, son acceptation par la société elle-même suppose de la part de celle-ci une capacité d'autorégulation étonnante qui semble, pour l'heure en tout cas, suffire à désamorcer la plupart des conflits potentiels. S'agirait-il d'une énième démonstration du flegme britannique ?

—  Frédéric RICHARD

BIBLIOGRAPHIE

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ROYAUME-UNI - Économie

  • Écrit par 
  • Emmanuel HACHE
  •  • 7 976 mots
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Le Royaume-Uni est l'un des rares pays de l'O.C.D.E., avec les États-Unis et le Canada, à bénéficier de ressources énergétiques importantes, ressources sur lesquelles il a pu fonder son développement et sa puissance industrielle. Le charbon au xixe siècle, l'énergie nucléaire dans les années 1950, le pétrole et le gaz dès 1975 lui ont longtemps donné […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Jacqueline BEAUJEU-GARNIER, Catherine LEFORT, Frédéric RICHARD, « ROYAUME-UNI - Géographie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/royaume-uni-geographie/